‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 74 sur 136 · Hébraïsme, qui signifie la vie. [Mate de Spinoza · texte numérisé non relu

Hébraïsme, qui signifie la vie. [Mate de Spinoza

THÉOLOGICO-POLITIQUE.

la sagesse, et si vous vous soumettez à V intelligence alors vous

comprendrez la crainte de Dieu , et vous trouverez la science de Dieu (ou, pour mieux traduire, l’amour de Dieu , car le mot jadah a les deux sens). C’est Dieu en effet qui dorme la sagesse, et la science et la prudence (sortent) de sa bouche. » 11 résulte évidemment de ces paroles : premièrement, que la sagesse , c’est-à-dire l'intelligence , nous apprend seule à craindre Dieu raisonnablement; en '

d’autres termes , à lui rendre un culte vraiment religieux ; secondement, que la sagesso et la science coulent de la bouche de Dieu, et que c’est Dieu qui nous les dispense. Or, c’est là ce que nous avons établi nous-mème ci-dessus, en montrant que notre entendement et notre science dépendent de la seule idée ou connaissance de Dieu, et qii’elles ont en cette idée leur origine et leur dernier terme.

Salomon continue (vers. 9) d’enseigner, dans les termes les plus formels, que cette science de Dieu contient la vraie morale et la # vraie politique , qui n’en sont qu’une déduction : <i C'est alors , dit-il, que vous comprendrez la justice, et le jugement, et les voies droites, (et) tout bon sentier. » Et il ajoute encore pour plus de clarté : « Quand la science entrera dans votre cœur et que la sagesse vous sera douce , alors votre prévoyance > veillera sur vous , et votre prudence vous gardera. » Tout cela est parfaitement d’accord avec la science naturelle: car ce n’est qu’après avoir connu la nature des choses et déjà goûté l’excellence de la science, qu’il est possible de poser les bases de la morale et de comprendre la véritable vertu.

Nous pouvons également confirmer par les paroles de Salomon ce principe, que le bonheur et la tranquillité de l’homme voué à la culture de l’intelligence que la nature lui a donnée , dépendent moins de la fortune (c’est-à-dire du secours extérieur de Dieu) que de sa vertu intérieure (c’est-à-dire du secours intérieur de Dieu) ; en d’autres termes, que c’est surtout par la vigilance, l'action et le bon conseil qu’il parvient à se conserver.

Je ne dois point passer ici sous silence un passage de Paul, dans le cliap. 1er, vers. 20, de l ’Épitre aux Romains, où il est dit (je me sers de la traduction donnée par Tremellius d’après le texte syria-

1. L'hébreu porte tnezima, qui signifie proprement rifterion, délibération, vigilance. . [/fuie de Spinoza. }

TRAITÉ

que) : « Les profondeurs invisibles de Dieu, sa puissance et sa divinité éternelles, sont devenues visibles dans ses créatures depuis le commencement du monde, et ainsi ceux qui ne les voient pas sont inexcusables. C’est dire , ce me semble, assez clairement que tout homme comprend par la lumière naturelle , la force et la divinité éternelles de Dieu , et peut déduire de cette, connaissance ce qu’il / doit faire et ce qu’il doit éviter : d’où Paul tire la conclusion que tout homme qui ne suit point cette lumière est inexcusable et ne peut prétexter son ignorance. Or, il en serait tout autrement si Paul entendait parler d’une connaissance surnaturelle de Dieu , de la passion et de la résurrection du Christ selon la chair , et autres vérités semblables. Aussi le voyons-nous poursuivre en ces termes (vers. 24) : « C’est pourquoi Dieu les a abandonnés à l'immonde concupiscence de leur cœur. » Et il continue ainsi jusqu’à la fin du chapitre à décrire les vices qui naissent de l’ignorance et qui en sont la punition. Or, cette doctrine s’accorde à merveille avec ce proverbe de Salomon déjà cité (chap. xvi, vers. 22) : « Le sup- • plice des esprits aveuglés , c'est leur aveuglement même.',» Et il n'y a donc rien de surprenant dans la pensée de Paul que les méchants sont inexcusables. Chacun en effet recueillera suivant ce qu’il aura semé; du mal sortira nécessairement le mal, si le coupable ne se corrige ; et du bien sortira le bien , si celui qui l’accomplit y persiste. Concluons donc enfin que les saintes Écritures reconnaissent pleinement et la lumière naturelle , et la connaissance qu’elle nous donne de la loi divine. C’était tout l’objet de ce chapitre.

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