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tous ces attributs n’appartiennent qu’à la seule nature humaine et soient bien éloignés de la divine.
Je dis donc qu’il faut entendre de la gorte tous les prophètes qui ont prescrit des lois au nom de Dieu ; mais tout ceci n’est point applicable au Christ. Il faut admettre en effet que le Christ, bien qu’il paraisse, lui aussi, avoir prescrit des lois au nom de Dieu, comprenait les choses dans leur vérité d’une manière adéquate. Car le Christ a moins été un prophète que la bouche même de Dieu. C’est par l’àme du Christ (nous l’avons prouvé au chap. i*r) que Dieu a révélé au genre humain certaines vérités, comme il avait fait auparavant aux Juifs par l’intermédiaire des anges, par une voix créée, par des visions , etc. Et il serait aussi déraisonnable de prétendre que Dieu accommoda ses révélations aux opinions du Christ , que de soutenir que dans les révélations antérieures accordées aux prophètes, il accommoda sa parole aux opinions des anges qui lui servaient d’intermédiaires, c’est-à-dire aux opinions d’une voix créée on d’une vision, ce qui est bien la chose du monde la plus absurde. Ajoutez à cela que le Christ n’a pas été envoyé pour les seuls Hébreux, mais bien pour tout le genre humain : d’où il suit qu’il ne suffisait pas d’accommoder ses pensées aux opinions des Juifs, il fallait les approprier aux opinions et aux principes qui sont communs à tout le genre humain ; en d’autres termes, aux notions universelles et vraies. Maintenant que peut-on entendre en disant que Dieu s’est révélé au Christ ou à l’àme du Christ d’une, façon immédiate, et non pas, comme il faisait aux prophètes, par des paroles et des images; sinon que le Christ a conçu les choses révélées dans leur vérité, ou, autrement, qu’il les a comprises? Car comprendre une chose, c’est la concevoir par la seule force de l’esprit pur, sans paroles et sans images.
C’est donc un principe bien établi que Jésus-Christ a conçu la révélation divine en elle-même et d’une manière adéquate. Maintenant, pourquoi l’a-l-il présentée sous la forme d’une loi? Je réponds que ç’a été pour se proportionner à l’ignorance et à la grossièreté du peuple. Et, en agissant ainsi, Jésus-Christ a rempli le rôle de Dieu, puisque, à l’exemple de Dieu , il s’est mis â la portée du vulgaire. Aussi l'on peut remarquer qu’il s’exprime en général d’une manière obscure , quoiqu’un peu plus claire que
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celle des prophètes , et qu’il expose les choses révélées sous forme de paraboles, surtout quand il s’adresse à celte sorte d’hommes (voyez Matthieu, chap. xih, vers. 40, etsuiv.) à qui il n’était point donné encore de comprendre le royaume des cieux ; et il ne faut pas douter qu’en s’adressant à ceux qui étaient capables de comprendre les mystères célestes, il ne leur ait enseigné les choses révélées , non comme des lois , mais comme des vérités éternelles. C’est en ce sens qu’il les délivra de la servitude de la loi, et qu'en même temps il la confirma et l’établit plus profondément dans leurs cœurs. J’entends de cette façon plusieurs passages de Paul, notamment dans YÉpflre aux Romains, chap, vu, vers. 6, et chap. ni, vers. 28. Je conviens qu’il ne s'y explique pas ouvertement , et , comme il dit lui-même ( ibid. , chap. m , vers. 5 , et chap. vi , vers. 4 9), il parle de ces choses à la manière des hommes. Aussi, quand il donne à Dieu le nom.de juste, il marque expressément que c’est là une expression tout humaine; et c’est encore sans doute à cause de l’infirmité de la chair qu’il représente Dieu comme miséricordieux , débonnaire , irrité , etc. Il est évident qu’en tous ces endroits il met son langage à la portée du vulgaire, et, comme il dit, encore lui-mème ( Èpitre In aux Corinthiens , chap. m , vers. 4,2), des hommes charnels. La preuve, c’est que dans YÉpitre aux Romains (chap îx, vers. 18), il enseigne formellement que la colère de Dieu et sa miséricorde ne dépendent point des œuvres de l’homme , mais de la seule vocation de Dieu , c’est-à-dire de sa seule volonté ; et plus haut, il déclare (chap. m , vers. 28) que ce ne sont point les œuvres prescrites par la loi qui rendent l’homme juste , mais bien la seule foi , par où il entend sans aucun doute le plein aquiescement de l’àme ; personne enfin, suivant sa doctrine expresse, ne peut devenir bienheureux s’il n’a en soi l’esprit du Christ [ibid., chap. vm, vers. 9); en d’autres termes, s’il ne comprend les lois de Dieu comme des vérités éternelles. Concluons donc que c'est seulement pour se mettre à la portée du vulgaire et s’accommoder à l’imperfection de sa connaissance, qu’on représente Dieu sous les traits d’un législateur ou d’un prince, et qu’on lui donne les noms de juste, de miséricordieux, et autres semblables. En réalité, Dieu agit et dirige toutes choses par la seule nécessité de sa nature et de sa perfection ; ses décrets et ses volontés sont
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des vérités éternelles, et enveloppent toujours l’absolue nécessité. Voilà le premier point que nous nous proposions d’éclaircir.
Arrivons maintenant au second point, et voyons, en parcourant les saintes Écritures, ce qu’elles nous enseignent touchant la lumière naturelle et la loi divine. Ce que nous rencontrons tout d’abord , c’est l’histoire du premier homme , où il est dit que Dieu ordonna à Adam de ne point toucher au fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Que signifie ce récit? 11 me semble qu’il faut entendre que Dieu ordonna à Adam de faire le bien en tant que bien, et non pas comme contraire du mal ; c’est-à-dire de faire le bien par amour du bien , et non par crainte du mal. Car, comme nous l’avons déjà montré , celui qui fait le bien par connaissance véritable et par amour du bien, agit d’une àme libre et constante ; au lieu que celui que la crainte seule du mal porte au bien, agit en esclave, sous la contrainte du mal, et comme dominé par une force étrangère. Par conséquent, l’ordre que Dieu donne à Adam embrasse toute la loi divine naturelle , et se trouve en parfait accord avec les commandements de la raison universelle. Or, je ne crois pas qu’il fût difficile d'expliquer dans le même esprit toute celle histoire , ou pour mieux dire toute cette parabole du premier homme ; mais j’aime mieux laisser là cette entreprise , soit parce qu’il m’est impossible d’étre absolument certain que mes explications répondent exactement à la pensée de l’écrivain sacré , soit encore parce qu’on admet généralement que celte histoire du premier homme est un récit pur et simple et non pas une parabole. Il est donc beaucoup plus à propos que je continue de citer des passages de l’Écriture , et principalement ceux qui sont sortis de la bouche d’un homme qui a surpassé tous les sages de son temps par la force de sa raison, et dont les discours, quoique inspirés par la seule lumière naturelle, n’ont pas une autorité moins sainte aux yeux de tous que ceux mêmes des prophètes. Je veux parler de Salomon, et l’on sait assez que sa prudence et sa sagesse sont célébrées dans l’Écriture plus encore que sa piété et son caractère de prophète. Ce sage roi dit en ses Proverbes que l’intelligence humaine est la source de la vie véritable , et que le plus grand des maux , c’est l’ignorance. Voici ses propres paroles (chap. xvi, vers. 23) : « La source de la vie c’est l’intelligence de celui qui est
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le maître de l’intelligence, et le supplice des esprits aveuglés est dans leur aveuglement même » On remarquera ici que, par le mot vie, employé dans un sens absolu , il faut entendre en hébreu la vie véritable, ainsi qu’on en trouvera la preuve évidente dans le Deutéronome (chap. xxx, vers. 49). Ainsi donc, pour Salomon, le fruit de l’intelligence est tout entier dans la vie véritable , et tout châtiment consiste dans la seule privation de cette vie. Or, c’est justement là ce qui a fait tout à l’heure l’objet de notre quatrième remarque touchant la loi divine naturelle. Maintenant, que ce soit cette source de vie, c’est-à-dire l’intelligence, qui seule donne des lois aux hommes sages, comme nous l’avons également prouvé plus haut , c’est ce qui résulte encore de la manière la plus formelle des paroles de Salomon : « Im loi de l’homme sage, dit-il (chap. xni, vers. 4), c’est la source de la vie véritable; » en d’autres termes, c’est l’intelligence. Voici encore (chap. m, vers 4 3) des paroles très-expresses pour établir que l’intelligence fait le bonheur et la félicité de l’homme et donne à l’àme la vraie tranquillité : « Heureux, dit-il, l’homme qui a trouvé la science; heureux le fils de l'homme qui est riche en intelligence. » Il explique lui-mème ces paroles un peu plus bas (vers. 46, 47) ! « C’est , dit-il , que l’intelligence donne directement la longueur des jours * , et indirectement les richesses et la gloire. Ses voies sont belles (les voies marquées par la science), et dans tous ses sentiers règne la paix. » Ainsi donc, suivant Salomon , les sages seuls vivent dans la paix et dans la constance, au lieu que l’àme des impies est agitée de mille passions contraires, incapable, comme dit également Isaïe (chap. lvh, vers. 20), de jouir jamais de la paix et du repos. Mais ce que nous devons remarquer avec le plus de soin dans ces Proverbes de Salomon, ce sont les paroles qu’on lit au chapitre ii; elles confirment notre doctrine de la manière du monde la plus claire. Voici le commencement de ce chapitre (vers. 3) : « Car si vous invoques
1. Cette expression : le maître de l’intelligence, est un hébraïsme. Celui qui pos-
sède une chose ou qui la contient dans sa nature est dit le maitre de cette chose. C'est ainsi qu'en hébreu on appelle l'oiseau le maître des ailes, parce qu’il a des ailes; et de même, l'homme Intelligent est le maitre de l’intelligence, parce qu’il est doué d’intelligence j Noie de Spinoza.)