Voyez les Notes marginales de Spinoza, note
THÉOLOGICO-POLITIQUE. 303
Héli . 40 —
Le peuple, soumis encore une fois par les Philistins, ne fut délivré par Shamuel qu après un intervalle de 20 —
David régna 40 —
Salomon, avant de bâtir le temple, régna 4 —
Toutes ces années réunies composent une somme de * . 380 années.
Or, il faut encore ajouter les années qui suivirent la mort de Josué; pendant lesquelles la nation hébraïque se maintint en grande prospérité, jusqu’au moment où Kusan Rishgataïm la réduisit en servitude. Et cette période prospère a dû être d’assez longue durée; car il est difficile de croire qu'aussitôt après la mort de Josué, tous ceux qui avaient été témoins de ces prodigieux exploits aient péri en un seul moment; et que leurs descendants, abolissant incontinent les lois, soient tombés d’un seul coup au dernier degré de la lâcheté et de l’infamie ; il n’est pas vraisemblable enfin que Kusan Rishgataïm n’ait eu qu’à vouloir les soumettre pour en venir aussitôt à bout. Chacun de ces événements exigeant presqu’un siède entier, il ne faut donc pas douter que l’Écriture n’embrasse dans les vers. 7, 9 et 10 du livre des Juges un grand nombre d’années dont Thistoire est passée sous silence. A ces années omises, il faut joindre celles où Shamuel fut juge des Hébreux, et dont l’Ecriture ne marque pas le nombre. Ce n’est pas tout, on doit y ajouter encore les années du règne de Saül , que j’ai omises à dessein dans la table précédente, parce que l’histoire de Saiil ne fait point connaître assez clairement la durée précise de son règne. Il est dit, à la vérité, au chap. xnt du liv. l«r (vers. i*r) de Shamuel, que Saül régna deux ans; mais ce texte est évidemment tronqué, et il résulte de l'histoire de ce roi qu’il a régné beaucoup plus long-temps. Pour s’assurer que le texte est tronqué effectivement, il suffit de ne pas ignorer les premiers rudiments de la langue hébraïque. Voici en effet les paroles de l’Écriture : Saül était âgé de..., quand il commença de régner, et il régna deux ans sur Israël. Qui ne voit que l’âge de Saül commençant son régne est omis dans ce passage? Reste donc à prouver seulement , par
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TRAITÉ
f histoire de Saul, qu’il a régne plus de deux ans. Ur, il est dit au chap. xxvii du même livre (vers. 7) que David demeura un an et quatre mois parmi les Philistins, chez qui il s’était réfugié, pour se mettre à l’abri de la colère de Saiil. 11 faudrait donc que le reste du règne de Saiil n’eût duré que huit mois ; ce qui est absurde et hors de toute vraisemblance, du moins d’après Josèphe, qui, dans ses Antiquités (à la fin du livre vi), corrige ainsi le texte de l'Écriture : Saiil régna dix-huit ans du vivant de Samuel et deux ans après sa mort. Ajoutez à cela que cette histoire du chap. xm n’a aucun rapport à ce qui précède. Sur la fin du chap. vu il est dit que les Philistins furent défaits par les Hébreux, de sorte qu’ils n'osèrent plus les attaquer tant que vécut Shamuel ; et dans lexin®, queles Hébreux furent tellement pressés par les Philistins (Shamuel vivant encore), et réduits à une telle extrémité, qu’ils n’avaient plus d’armes pour se défendre, ni aucun moyen d’en fabriquer. On voit que ce ne serait pas une entreprise facile que de concilier tous les récits historiques du premier livre de Shamuel, et de les ajuster si bien l'un à l’autre qu’il semblât qu’une seule main les eût tracés et mis en ordre. Mais je reviens à mon sujot, et je conclus qu’il faut ajouter à notre compte les années du règne de Saiil. On peut remarquer que je n’ai pas compté non plus les années de l’anarchie des Hébreux ; c’est que l’Écriture n’en marque pas le nombre. Or, il est impossible, je le répète, de fixer la durée des événements qui sont racontés dans le livre des Juges à partir du chap. xvn jusqu’à la fin. Tout cela prouve donc bien que les récits historiques de la Bible ne sont pas réglés par une exacte chronologie et que, bien loin de s’accorder entre eux , ils contiennent souvent des choses très-diverses. D'où il faut conclure que ces récits ont été en pruntés à des sources différentes , et enregistrés sans critique 1 1 sans ordre.
Il n’y a pas moins de désaccord dans la supputation des années entre les chroniques des rois d’Israël et celles des rois de Juda. Ainsi, il est dit aux Chroniques dos rois d’Israël (voyez Rois. Liv. Il, chap. i, vers. 17) que Joram, fils d’Achab, commenta de régner la seconde année du règne de Joram, fils de Josaphat; et dans les Chroniques des rois de Juda (voyez ibid., chap. vm, vers. 16), que Joram, fils de Josaphat, cumuiein;a de régner la cinquième année
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du règne de Joram, fils d’Achab. Que l’on compare les ParaUjtonicnes avec les Rois , on trouvera une foule de discordances semblables, et il n’est point nécessaire d’en faire ici le dénombrement, et moins encore de discuter les suppositions fantastiques des commentateurs qui ont voulu résoudre toutes ces contradictions. Sur ce point, les rabbins tombent dans un vrai délire. D’autres interprètes , que j’ai également lus, ne paraissent pas dans leur bon sens, tant ils corrompent le texte par les inventions les plus chimériques Par exemple on trouve, au livre 11 des Paralipoménes , qu’Acbasia était âgé de quarante-deux ans quand il commença de régner. Or voici les commentateurs qui imaginent décompter ces années, non point à partir de la naissance d’Achasia, mais depuis le règne d Homri. Il faudrait donc pour attribuer une telle pensée à l’auteur des Paralipoménes, supposer qu’il ne savait point dire ce qu’il avait l’intention de dire. Je pourrais citer beaucoup d’autres imaginations de cette espèce, qui n’iraient à rien moins, si elles étaient vraies, qu’à faire croire que les Hébreux ignoraient leur propre langue, que l’ordre des événements était pour eux uno chose inconnue; par conséquent qu’il n’y a aucune règle, aucune méthode pour interpréter l’Écriture et qu’on y peut voir tout ce qu’on voudra.
Quelqu’un dira peut-être que je raisonne ici d’une manière trop générale et que mes preuves ne sont pas suffisantes; ma réponse, c'est que je prie qu’on veuille bien marquer un ordre déterminé dans les récits historiques de l’Écriture , de telle façon qu’on y puisse établir une exacte chronologie; je prie aussi qu’en interprétant les témoignages de l’historien et les mettant d'accord les uns avec les autres, on n’altère en rien les phrases et les tours dont il s’est servi, ainsi que la disposition et la contexture de ses récits, tout cela avec une si grande fidélité que l'on puisse prendre pour règle, en écrivant soi-même des phrases hébraïques, la manière d’expliquer celles de l'Écriture1; que si quelqu’un parvient à satisfaire à toutes ces conditions, je déclare que j’en passerai par tout ce qu’il voudra, et le regarderai comme un oracle. Pour ma part, j’ai cherché long-temps à réaliser le plan que jo viens de tracer; mais j’a-