Voyez les Notes marginales de Spinoza , note
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son qu'on peut donner de la publication des livres dont il s’agit à l’époque que j’ai assignée , c’est qu’on avait alors intérêt à montrer au peuple que les prophéties de Daniel s’étaient accomplies, afin de le confirmer de la sorte dans la piété, de relever son courage et de lui donner l’espérance d’une prospérité prochaine au milieu des calamités dont il était accablé. Du reste , bien que ces quatre livres soient si récents et si nouveaux , il s’y trouve néanmoins beaucoup de fautes, qui doivent s’expliquer, si je ne me trompe, par l’extrême précipitation des copistes. On y rencontre en effet , comme dans les autres livres de la Bible, outre plusieurs de ces notes marginales dont nous avons parlé dans le chapitre précédent, un certain nombre de passages qui ne peuvent s’expliquer que par une transcription précipitée, ainsi que je le ferai voir tout à l’heure. Mais je veux d’abord faire remarquer, au sujet de ces leçons marginales, que si l’on accorde aux pharisiens qu’elles sont aussi anciennes que le texte, il faudra dire alors que ceux qui ont écrit ce texte ( en supposant qu’il ait été écrit par plusieurs ) ont ajouté ces notes à la marge, parce qu’ils ne trouvaient pas les chronologies qu’ils avaient sous les yeux d’une exactitude suffisante, et que, tout en y reconnaissant très-clairement des fautes, leur respect pour les anciens les a empêchés de les corriger directement. Mais, pour ne point revenir ici sur un sujet déjà épuisé, je passe à cette espèce de fautes qui ne sont point indiquées à la marge. 4° Il s’en trouve d’abord, je ne sais combien, dans le chap. n d ’Hezras; car au vers. 64 la somme totale de ceux qui sont comptés séparément dans le corps du chapitre est fixée à 42,360 : or, en réunissant les sommes partielles, on ne trouve que 29,818; de sorte qu’il faut nécessairement qu’il y ait une erreur, soit dans le total général , soit dans les sommes partielles. Or, il paraît bien que le total général doit être exact, vu que chacun l’avait très-certainement retenu de souvenir, comme une chose mémorable; et par conséquent, si l’erreur eût porté sur ce total, elle eût été évidente pour chacun et facilement corrigée. Mais pour les sommes partielles, il en est tout autrement. Cette indication est confirmée par le chap. vu de Néhémias, qui n’est (comme on le voit au vers. 5) qu’une transcription du chapitre d ’Hezras dont nous venons de parler, lequel est connu sons le nom d ’Épilre de la généalogie.
Dans Néhcmias, en effet, lo total général est le môme que celui < ÏUezras ; mais les sommes partielles sont notablement différentes, tantôt plus grandes, tantôt plus petites que celles d’Ilezras, et elles donnent , prises ensemble , le chiffre de 31 ,089. Il résulte évidemment de cette comparaison que les erreurs nombreuses qui se rencontrent dans Ilezras et dans Néhémias portent uniquement sur les sommes partielles. Les commentateurs, en présence de contradictions si manifestes, se mettent en devoir de les concilier chacun do son mieux; mais où les conduit cette idolâtrie des Écritures? à exposer au mépris les auteurs des livres saints, et à les faire passer pour incapables d’écrire un récit et d’exposer les événements avec un peu d’ordre. Ils se vantent d’éclaircir l’Écriture; mais ils l’obscurcissent en effet : à ce point que , s’il était permis de l’interpréter suivant leur méthode, il n’est point de passage dont l’explication ne devint incertaine. Mais je ne veux point insister sur ce point, bien convaincu que, si quelque historien voulait suivre dans l’exposition des faits les procédés qu'ils attribuent dévotement aux auteurs de la Bible, ils le tourneraient en ridicule tout les premiers. Mais je les entends s’écrier que c’est être un blasphémateur que d’imputer une erreur à l’Écriture. Quel nom faudra-t-il donc leur donner, à eux qui mettent sur son compte toutesles chimères de leur imagination, et qui , prostituant la Bible à leurs caprices, transforment les auteurs des livres saints en enfants qui balbutient et embrouillent tout? Ne les entend-on pas nier dans l’explication de la Bible les sens les plus clairs, les plus évidents? Y a-t-il, par exemple, rien de plus intelligible dans l’Écriture que ce fait, savoir, qu’Hezras et ses compagnons, dans l’Épître de la généalogie (qui se trouve au chap. h du livre d’Hezras), ont fait, par sommes partielles, le compte de tous les Hébreux partis avec eux pour Jérusalem? La preuve en est qu’on y donne le compte, non-seulement de ceuxqui ont indiqué leur généalogie, mais aussi de ceux qui n’ont pu le faire. N’est-il pas également clair, par le vers, b du chap. vu de Néhcmias, que l’auteur de ce livre n’a fait que transcrire celte épître d’Hezras ? Par conséquent, ceux qui donnent à ces passages uno explication différente nient le vrai sens de l’Écriture : que dis-je ! ils nient l’Écriture elle-même. Ridicule piété, qui, sous prétexte d’expliquer un passage de la Bible par d’autres passages, subordonne
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les endroits clairs à ceux qui sont obscurs, les parties vraies et saines à celles qui sont altérées et corrompues! Loin de moi, toutefois, la pensée d’accuser de blasphème ceux qui expliquent l’Écriture de la sorte ; leurs intentions sont pures, et je sais que l’erreur est le partage inévitable de l’homme. Mais je reviens à mon sujet.
Outre les erreurs qu’il faut bien reconnaître dans les supputations de l’Épître de la généalogie, celles de Néhémias comme celles d’Hezras, il s’en rencontre encore plusieurs autres dans les noms mêmes des familles, dans les généalogies, dans les histoires et aussi, je le crains fort, dans les prophéties. Du moins, je ne vois pas que celle de Jérémie, au chap. xxn, touchant Jéchonias, et surtout les paroles du dernier verset de ce chapitre, aient aucun rapport avec l’histoire de Jéchonias, telle qu’on la trouve sur la On du liv. II des Rois, dans Jérémie, et au liv. Ier des Paralipomènes (chap. m, vers. 17, 18, 19). Je ne vois pas non plus comment Jérémie peut dire de Tsidéchias, à qui on avait crevé les yeux après avoir égorgé ses fils en sa présence : Tu mourras en paix (voyez Jérémie, chap. xxxiv, vers. 5). Que s’il était permis d’interpréter les prophètes d’après l’événement, il faudrait ici, à ce qu’il semble, changer les noms, mettre Jéchonias à la place de Tsidéchias, et réciproquement. Mais j’aime mieux dire que ce point reste obscur; surtout quand je considère que, s’il y a ici quoique erreur, on ne peut l’imputer qu’à l’historien et non à l’altération du texte.
Je ne pousserai pas plus loin l’examen des livres de la Bible ; outre que je craindrais de fatiguer le lecteur, cette critique a déjà été faite. Ainsi, R. Selomo, frappé des contradictions manifestes qu’on rencontre dans les généalogies dont nous venons de parler, n'a pu se contenir ( voyez ses commentaires sur le chap. viii du liv. 1er des Paralipomènes). Il avoue qu’/fe:ras donne les noms des enfants de Benjamin, et expose leur généalogie tout autrement que la Genèse; et qu’il indique aussi tout autrement que Josué la plupart des villes des Lévites, ce- qui vient sans doute de ce qu’il a eu sous les yeux des originaux différents. Selomo remarque un peu plus bas que la généalogie de Gibèon et de plusieurs autres est donnée de deux manières différentes, parce qu'Hezras, ayant eu sous les yeux plusieurs épitres différentes pour chaque généalogie, s’est réglé dans ses choix sur le nombre des exemplaires: et quand ce nombre était
le même pour deux qénéalogies opposées, il les a données toutes deux. Selomo avoue donc ici sans restriction que les livres dont il parle ont été écrits d’après des originaux d’une correction et d’une authenticité insuffisantes. Il est digne de remarque que la plupart du temps les commentateurs eux-mômes, en s’efforçant de concilier des passages contradictoires, nous montrent la cause de l'erreur qu’ils ne veulent pas reconnaître. Du reste, je ne crois pas qu’aucun homme d’un jugement sain se puisse persuader que les écrivains sacrés ont écrit de propos délibéré dans un style obscur et inintelligible, tout exprès pour paraître en contradiction avec eux-mêmes en divers endroits.
On dira peut-être que ma méthode conduit au renversement complet de l’Écriture, parce qu’elle donne à chacun le droit de considérer comme suspect tel passage qu’il lui plaira. Mais j’ai prouvé au contraire que cette méthode préserve l’Écriture de toute atteinte, en empêchant qu’on n’eri accommode les passages clairs à ceux qui sont obscurs, et qu’on n’en corrompe les parties saines au moyen des parties altérées. D’ailleurs, je le demande, de ce qu’un livre a des endroits corrompus, est-ce une raison pour tenir tout le reste pour suspect? S’est-il jamais rencontré un livre qui fût entièrement exempt de fautes? Dira-t-on pour cela que tous les livres en sont pleins? Personne assurément ne tombera dans cet excès, surtout quand on aura affaire à un discours clairement conçu et que la pensée de l’auteur s’y fera aisément reconnaître.
Voilà ce que j’avais à dire touchant l’histoire des livres de- l’ancien Testament. Il est aisé, je crois, d’en conclure qu’avant le temps des Machabées il n’y a point eu de canon des livres saints 1 : ce sont les pharisiens de l’époque du second temple, les mêmes qui instituèrent les formulaires de prières, ce sont eux, dis-je, qui de leur autorité privée ont choisi entre beaucoup d’autres et consacré les livres que nous possédons maintenant. Par conséquent-, pour démontrer l’autorité de l’Écriture, il est nécessaire de prouver celle de chaque livre saint en particulier; et ce n’est évidemment pas assez d’établir la divinité d’un de ces livres pour en inférer la divinité de tous les autres, puisqu’il faudrait supposer po"ur cela