Voyez les Notes marginales de Spinoza, note
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vers. 18) c’est que je pense, et plusieurs autres semblables. Outre cela, on trouve d'autres locutions bien éloignées de l'autorité prophétique ; telles que celles-ci : Je dis ceci en homme faible, et non jms par commandement (voyez Epitre I aux Corinthiens, cliap. vn, vers. 6); et encore : Je donne mon avis comme, un homme qui est fidèle par la grâce de Dieu (môme chap., vers. 23) ; on pourrait citer encore beaucoup d’autres expressions. Il faut remarquer que, lorsqu'il dit dans ce chapitre qu’il n’a pas de commandement de Dieu, il n’entend par là ni précepte ni commandement que Dieu lui aurait révélés, il parle seulement des enseignements donnés par le Christ sur la montagne à ses disciples. D’ailleurs, si nous prenons garde à la manière dont les apôtres nous transmettent dans leurs Épitres la doctrine évangélique, nous verrons qu elle est bien différente de celle qu’ont employée les prophètes pour nous transmettre leurs prophéties. Car les apôtres raisonnent sans cesse de telle sorte qu’ils ne semblent pas prophétiser, mais discuter. Les prophéties ne contiennent que de purs dogmes et des décrets ; parce que Dieu est représenté comme prenant lui-môme la parole, non pas pour raisonner, mais pour imposer des ordres, selon le pouvoir absolu qui appartient à sa nature. L’autorité du prophète ne doit pas en en effet souffrir la discussion ; car quiconque veut confirmer ses dogmes par la raison, les soumet par cela même au libre jugement de chacun. C’est bien ainsi que Paul paraît l’entendre, lui qui a l'habitude de raisonner , quand dans 1 Epitre 1 aux Corinthiens (chap. x, vers. 13) il s’exprime en ces termes : Je vous parle comme à des personnes sages; jugez vous-même la vérité de ce que je dis. Il faut dire ensuite que les prophètes percevaient les choses révélées sans les secours de la lumière naturelle, c’est-à-dire sans le raisonnement, comme nous l’avons vu au chap. i. Bien que certaines conclusions dans le Pentateuque semblent le résultat du raisonnement, on verra, si on y prend garde, qu’on ne peut nullement les prendre pour des arguments rigoureux : par exemple, lorsque Moïse, dans le Deutéronome (chap. xxxi, vers. 27), dit aux Israélites : Si vous avez été rebelles contre Dieu tandis que j'ai vécu parmi vous, vous le serez bien plus après ma mort, il faut bien se garder de croire que Moïse veuille prouver, aux Israélites par le raisounomout quïls abandonneront nécessairement après sa mort le
TRAITÉ
vrai cuite de Dieu; car cot argument serait faux, comme on peut ie prouver par l’Écriture elle-même. Les Hébreux ont en effet persévéré constamment dans leur foi, du vivant de Josué et des anciens, et depuis sous Samuel, David, Salomon, etc. Ainsi ces paroles de Moïse ne sont qu’un enseignement moral, une espèce de mouvement oratoire qui lui fait prédire la rébellion du peuple , que son imagination se représente vivement dans l’avenir. Ce qui m’empêche de dire que Moïse ait prononcé ces paroles par une inspiration personnelle et dans le but de montrer au peuple la vraisemblance de sa prédiction , ce qui me porte à croire , au contraire, qu’elles lui ont été suggérées par révélation, et en tant que prophète, c’est qu’au vers. 21 de ce même chapitro on lit que Dieu révéla cette même chose à Moïse en d’autres termes, quoiqu’il ne fût évidemment pas nécessaire de lui confirmer cette prédiction et ce décret par des raisons vraisemblables, et qu’il suffît de les représenter vivement à son imagination (ainsi que nous l’avons montré au chap. i) ; ce qui ne pouvait mieux se faire pour Moïse qu’en lui faisant imaginer comme future une rébellion qu’il avait si souvent éprouvée. C’est ainsi qu’il faut entendre tous les arguments de Moïse qui se trouvent dans les cinq livres qu’on lui attribue; ce ne sont pas des déductions de la raison , mais seulement des façons de parler par lesquelles il exprimait avec plus de force les décrets de Dieu qu’il se représentait vivement. Je ne yeux pas cependant nier d’une manière absolue que les prophètes n’aient pu raisonner d’après les révélations qu’ils recevaient; j’affirme seulement que plus les prophètes raisonnent juste, plus la connaissance qu’ils ont des choses révélées approche des connaissances naturelles, et que rien ne prouve plus évidemment le caractère surnaturel de leur science que de voir que leurs paroles sont ou de purs dogmes, ou des décrets, ou des sentences ; et de tout cela je conclus que ce grand prophète, Moïse, n’a fait aucun argument en forme, tandis qu’au contraire les longues déductions et argumentations de Paul, telles qu’on les lit dans YEpitre aux Romains, n’ont nullement été écrites sous l’inspiration d’une révélation divine. Ainsi les locutions, tout aussi bien que les raisonnements des apôtres dan§ leurs Épitres, démontrent très-clairement que ces ouvrages no furent point composés d’après des révélations et des