‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 100 sur 136 · THÉ0L0G1C0-P0L1T1QUE · texte numérisé non relu

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ordres de Dieu, mais qu’ils furent simplement le fruit du jugement naturel des apôtres qu’ils ne contiennent d’ailleurs que des avis fraternels pleins d’une douceur bien contraire à la rudesse de l’autorité prophétique : je citerai, par exemple, cette expression respectueuse de Paul dans son Èpilre aux Romains, chap. xv, vers. 1 5 : Je vous ai écrit, mes frères, un peu trop librement. Nous pouvons en outre arriver à cette même conclusion au sujet des apôtres, en voyant que nulle part il n’est dit qu’ils aient reçu l’ordre d’écrire, mais seulement celui de prêcher partout où ils iraient et de confirmer leurs prédications par des signes. Car il fallait absolument la présence des apôtres, et il fallait aussi des signes qui témoignassent de leur mission, pour convertir les Gentils à la religion et les y confirmer, ainsi que Paul l’énonce expressément dans sou Epitre aux Romains (chap. i, vers. 14) : Parce que j'ai, dit-il, grand désir de .vous voir et de vous distribuer le don de l'Esprit, pour que vous soyez confirmés dans la foi. Mais on objectera ici peut-être que nous pourrions de la même manière conclure que les apôtres n’ont pas non plus prêché en tant que prophètes ; car, lorsqu’ils allaient prêcher çà et là , ce n’était pas par ordre exprès qu’ils le faisaient, comme autrefois les prophètes. Par exemple, nous lisons dans l’ancien Testament que Jonas alla prêcher à Ninive , et en même temps, qu’il y fut envoyé exprès et qu’il avait su par révélation ce qu’il devait y prêcher, il y est dit aussi très -longuement au sujet de Moïse qu’il partit pour l’Égypte comme ambassadeur de Dieu, qui lui avait fixé d’avance et le langage qu’il tiendrait au peuple hébreu et au roi Pharaon, et les signes qu’il produirait en leur présence pour les convaincre de sa mission. C’est par un ordre exprès qn’Isaïe, Jérémie, Ézéohiel prêchent les Israélites. Et enfin l’Écriture atteste que les prophètes n’ont rien prêché que ce qu’ils avaient reçu de Dieu. Mais le nouveau Testament ne nous dit rien de semblable, ou du moins cela est très-rare, au sujet des apôtres qui allaient prêcher de côté et d’autre. Nous y trouvons au contraire certains passages qui annoncent positivement que les apôtres choisissaient euxmêmes les lieux où ils voulaient prêcher : et cela est si vrai qu’à ce sujet un difTérend qui dégénéra en querelle s’éleva entre Paul et Barna bas ( voyez Actes des apôtres, chap. xv, vers. 47, 48). On voit même que les apôtres ont plusieurs fois tenté vainement d’aller

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dans quelque lieu, comme le prouvent ces paroles de Paul,

( Epitre aux Romains, chap. i, vers. 43) : Souvent j'ai voulu aller vous trouver et j’en ai été empêché ; et (chap. xv, vers. 22) : C’est pour cela que j'ai souvent été empêché d’aller vous trouver ; et enfin dans le dernier chapitre de \’ Epitre aux Corinthiens, vers. 42 : J’ai souvent prié mon frère Apollon d’aller vous trouver avec nos frères, mais il n’en avait nullement la volonté ; cependant, lorsqu'il le pourra, etc. C’est pourquoi, me fondant tant sur ces façons de parler et sur les discussions des apôtres que sur ce fait remarquable, que, lorsqu’ils allaient prêcher quelque part, l’Écriture ne témoigne nullement de leur mission divine, comme elle le fait pour les anciens prophètes, je devais conclure qu’ils ont prêché en tant que docteurs et non en tant que prophètes. Mais on résoudra plus facilement encore cette question , si on prend garde à la différence de vocation des apôtres et des prophètes de l’ancien Testament. Ceux-ci en effet n’ont pas été appelés à prêcher et à prophétiser chez toutes les nations, mais seulement chez quelques unes en particulier ; ce qui exigeait conséquemment pour chacune d’elles un mandat spécial et particulier. Mais les apôtres étaient appelés à prêcher indistinctement toutes les nations; leur vocation s’étendait à la conversion religieuse de tous les peuples. Partout donc où ils allaient, ils exécutaient les ordres du Christ; et ils n’avaient pas besoin, avant de partir , d’une révélation qui leur fit connaître ce qu’ils prêcheraient , aussi bien ils étaient ces disciples à qui Jésus-Christ avait dit ; Quand ils nous livreront, ne vous inquiétez ni de ce que vous direz ni de la manière dont cous le direz ; car à celle heure-là ce que vous aurez à dire vous sera inspiré , etc. (voyez Matthieu, chap. X, vers. 49, 20). Nous concluons donc que les apôtres n’ont eu de révélation spéciale que pour ce qu’ils ont prêché de vive voix et confirmé {lardes signes (voyez ce que nous avons démontré au commencement du chap. ii) ; et que, pour ce qu’ils ont enseigné simplement par écrit et de vive voix, sans recourir à aucun signe qui fût comme un témoignage de la vérité de leur parole, ils l’ont dit ou écrit d’après une connaissance toute naturelle (voyez à ce sujet 1 ’Épitre I aux Corinthiens , chap. xiv, vers. 6) : et ici nous ne nous embarrassons pas de cette circonstance, que toutes les Épîtres commencent par l'apologie de l’Apostolat; car les apôtres ont reçu,

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comme je le prouverai tout à l’heure, non-seulement le pouvoir de prophétiser, mais aussi l’autorité d'enseigner. Et c’est pour cette raison que nous estimons qu’ils ont écrit leurs Épitres en qualité d’apôtres, et quo conséquemment chacun d’eux les a commencées par l’apologie de son apostolat: ou peut-être, pour captiver plus facilement l’esprit du lecteur et exciter plus vivement son attention, ont-ils voulu, avant tout, attester qu’ils étaient les mêmesqui s’étaient fait connaître aux fidèles par leurs prédications, et qui avaient alors prouvé par d’éclatants témoignagesqu’ils enseignaient la vraie religion et la voie du salut. Car tout ce que je lis dans ces Épitres sur la vocation des apôtres et sur l’Esprit saint et divin dont ils étaient animés, se rapporte aux prédications qu’ils avaient faites ; excepté cependant ces passages où l’Esprit de Dieu, l'Esprit saint, marque simplement une êmo saine, heureuse et toute à Dieu, etc. (comme nous l’avons vu dans le ier cliap.). Prenons pour exemple ces paroles de Paul, dans l 'Epitre 1 aux Corinthiens (cliap. vu, vers. .40) : Hile est heureuse, si elle demeure en cet état, ainsi que je lui conseille; et je pense que. l'Esprit de Dieu est aussi en moi. Ici, par Esprit de Dieu, il entend son propre esprit, comme le prouve la construction du discours ; car c’est comme s’il disait : La veuve qui ne veut pas faire un second mariage, je l’estime heureuse, moi qui ai résolu de vivre dans le célibat et qui me trouve heureux de cette condition. On trouve d’autres passages de ce genre qu’il est superllu de rapporter ici. Mais puisque nous voulons établir que les Épitres des apôtres ont été dictées par la seule lumière naturelle, il faut voir maintenant comment ils pouvaient enseigner par la seule science naturelle des choses qui ne tombent pas dans sa sphère. Mais, pour peu que nous prenions garde à ce que nous avons dit sur l’interprétation do l’Écriture au chap. vu® de ce Traité, il n’y aura ici pour nous aucune difficulté. Car, bien que les choses que renferme la Dible dépassent de beaucoup notre intelligence, nous pouvons toutefois les discuter en toute sécurité , pourvu que nous n’admettions aucun principe qui no soit tiré de l’Écriture môme; et c’est ainsi qu’en usaient les apôtres pour tirer des conséquences de ce qu’ils avaient vu, entendu, et aussi de ce qu’ils avaient appris par révélation, afin de l’enseigner aux peuples quand ils le jugeaient à propos. Ensuite, quoique la religion, telle que la prêchaient les apôtres, à

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savoir, en faisant un simple récit de la vie du Christ , ne soit pas accessible à la raison , il n’est personne du moins qui par la lu* mière naturelle n’en puisse facilement saisir le principal (qui consiste principalement en instructions morales , comme la doctrine tout entière du Christ). Enfin les apôtres n’avaient pas besoin d’ètre éclairés par une lumière surnaturelle pour prêcher une religion qu’ils avaient auparavant confirmée par des signes, et la mettre si bien à la portée des intelligences ordinaires que chacun pût facilement l’embrasser ; et c’est le propre but des Épitres, savoir, d’enseigner et d’apprendre aux hommes les voies que chacun des apôtres a jugées les meilleures pour les confirmer dans la religion. Maintenant il est bon de se rappeler ce que nous avons dit tout à l’heure, que les apôtres avaient reçu non-seulement le pouvoir de prêcher l’histoire du Christ en tant que prophètes, c’est-à-dire de la confirmer par des signes, mais aussi l’autorité de choisir pour leur enseignement les moyens que chacun d’eux estimerait les meilleurs : c’est ce double don que Paul indique clairement dans son Epitre I à Timoth. (chap. i, vers. 11) : En quoi j’ai été institué héraut , apôtre et docteur des Gentils. Et dans la même au même, chap. h, vers. 7 : De qui j’ai été. institué héraut et apôtre (je dis la vérité au nom du Christ, je ne mens pas), docteur des nations dans la foi et dans la vérité. Ces passages, je le répète, montrent clairement la double apologie de l’apostolat et du doctorat ; quant à l’autorité de donner des ordres en toute circonstance et à tous, elle est prouvée en ces termes dans YEpitre a Philém. vers. 8 : Quoique j’aie un grand pouvoir en Jésus- Christ de te prescrire ce qui sera convenable, cependant, etc., où il faut remarquer que, si Paul eût reçu de Dieu en tant que prophète, et dû prescrire à ce titre à Philémon ce qu’il fallait lui prescrire, il ne lui eût certainement pas été permis de changer en simple prière le précepte formel de Dieu. 11 faut donc admettre de toute nécessité qu’il parle du pouvoir qui lui était attribué en tant que docteur et non en tant que prophète. Cependant il ne résulte pas de là assez clairement que les apôtres aient pu choisir la manière d’enseigner que chacun d’eux aurait jugée la meilleure, mais seulement qu’en vertu de leur apostolat ils étaient à la fois apôtres et docteurs; à moins que nous n’ayons ici recours à la raison, qui montre

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