DEUXIÈME PARTIR
Juit immédiatement et qu'il est seulement* une cause intérieure, il suit de là nécessairement que l'entendement ne peut périr aussi longtemps que cette cause demeure, d'après la quatrième proposition. Or cette cause est éternelle ; donc lui aussi est éternel.
3. Tous les effets de l'entendement qui sont unis à lui sont les plus excellents de tous et doivent aussi être estimés plus haut que tous les autres. Car, puisque ce sont des effets intérieurs, ce sont les plus excellents de tous d'après la cinquième proposition et, en outre, ils sont nécessairement éternels puisque leur cause est éternelle.
4. Tous les effets que nous produisons hors de nous sont d'autant plus parfaits qu'ils sont plus capables de s'unir à nous pour former avec nous une seule et même nature, car c'est ainsi qu'ils se rapprochent le plus des effets intérieurs. Si, par exemple, j'enseigne à mon prochain à aimer le plaisir, la gloire, l'avarice, je suis, que je les aime moi aussi ou ne les aime pas, quoi qu'il en puisse être, frappé, battu, cola est clair; mais non si ma seule fin, que je m'efforce d'atteindre, est de pouvoir goûter l'union avec Dieu et de produire en moi des idées vraies et de faire connaître ces choses à mes prochains. Car nous pouvons tous avoir part également à ce salut, comme il arrive quand il excite en eux le même désir qu'en moi et fait ainsi que leur volonté se confonde avec la mienne, et que nous formions une seule et même nature s'accordant toujours en tout.
* Le manuscrit A contient ici une négation niet alleen, non seulement que les éditeurs s'accordent à suppriraer.
(9) Par tout ce qui a été dit on peut bien aisément concevoir ce qu'est la liberté humaine ' ; je la définis en disant qu'elle est une solide réalité qu'obtient notre entendement par son union immédiate avec Dieu pour produire en lui-même des idées et tirer de lui-même des effets qui s'accordent avec sa nature, sans que ces effets soient soumis à aucunes causes extérieures par lesquelles ils puissent être altérés ou transformés. L'on voit aussi clairement par ce qui a été dit ce que sont les choses qui sont en notie pouvoir et ne sont soumises à aucune cause extérieure; en même temps nous avons démontré la durée éternelle et constante de notre entendement, déjà établie d'une autre façon; et enfin quelle sorte d'effets nous devons estimer plus haut que tous les autres.
(10) Il ne me reste pour conduire tout ce travail à sa fin, qu'à dire aux amis pour qui j'écris : ne vous étonnez pas de ces nouveautés, car il vous est très bien connu qu'une chose ne cesse pas d'être vraie parce qu'elle n'est pas acceptée par beaucoup d'hommes. Et comme vous n'ignorez pas la disposition du siècle où nous vivons, je vous prie très instamment d'être très prudents en ce qui touche la communication à d'autres de ces choses. Je ne veux pas dire que vous deviez les garder entièrement par devers vous, mais seulement que si vous commencez à les communiquer à quelqu'un, nulle autre fin et nul mobile autre que le salut de votre prochain ne doit vous inspirer, et qu'il vous faut être le plus certains qu'il se puisse, à son sujet, que votre
1. L"esclavage d'une chose consiste en ce qu'elle est soumise à des causes exlérieures: la liberté, par contre, consiste à n'y être pas soumis mais à en être affranchi.