‹ Œuvres de SpinozaChapitre 99 sur 204 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

tous les biens, nous sommes ainsi obligés de nous arrêter et de nous reposer là. Car nous avons vn que hors de lui il n'est aucune chose qui puisse nous donner aucun salut; et en cela consiste notre liberté vraie que nous soyons et demeurions liés par les chaînes aimables de l'amour de Dieu.

(6) Nous voyons enfin comment la connaissance par raisonnement n'est nullement en nous la principale, mais est seulement comme un degré par où nous nous élevons au but souhaité; ou comme un bon esprit qui, sans fausseté ni tromperie, nous apporte un message du souverain bien pour nous exciter à le chercher lui-même et à nous unir à lui; laquelle union est notre plus haut salut et notre félicité.

(7) Il ne reste plus ainsi, pour donner à cet ouvrage sa conclusion, qu'à montrer brièvement ce qu'est la liberté humaine et en quoi elle consiste ; pour le faire, j'userai des propositions suivantes comme choses certaines et démontrées.

1. Plus une chose a d'essence, plus aussi elle a d'activité et moins elle a de passivité. Car il est certain que l'agent agit par ce qu'il a et que le patient pâtit par ce qu'il n'a pas.

2. Toute passion, qu'elle soit un passage du nonêtre à l'être ou de l'être au non-être, doit avoir pour origine un agent extérieur et non un agent intérieur. Car aucune chose considérée en elle-même n'a en elle de cause lui rendant possible de se détruire si elle est, ou de se produire si elle n'est pas.

3. Tout ce qui n'est pas produit par des causes extérieures ne peut avoir aussi rien de commun avec elles et conséquemment ne peut être changé ni transformé par elles.

192 COUnX TRAITÉ

De la seconde et de la troisième propositions je conclus cette quatrième :

4. Aucun des effets d'une cause intérieure ou immanente (c'est tout un pour moi) ne peut périr ou s'altérer aussi longtemps que cette cause demeure. Car tout ainsi qu'un tel effet ne peut être produit par des causes extérieures, il ne peut non plus (suivant la troisième proposition) être altéré par elles ; et, puisque aucune chose ne peut être détruite que par des causes extérieures, il n'est donc pas possible que cet effet périsse aussi longtemps que sa cause dure, d'après la deuxième proposition.

5. La cause la plus libre et la plus conforme à Dieu est l'immanente. Car de cette cause l'effet produit dépend de telle sorte qu'il ne peut sans elle exister ou être conçu et quil n'est soumis à aucune autre cause ; à quoi s'ajoute qu'il lui est uni de façon à faire un tout avec elle.

(8) Voyons donc maintenant ce que nous avons à conclure de ces propositions.

1. Puisque l'essence de Dieu est infinie il y a en lui et une activité infinie et une négation infinie de toute passivité (d'après la première proposition); et conséquemment, dans la mesure où, ayant plus d'essence, elles sont plus étroitement unies à Dieu, les choses ont aussi plus d'activité et moins de passivité, et sont aussi plus affranchies du changement et de la corruption.

2. L'Entendement vrai ne peut jamais périr ; car il ne peut avoir en lui-même, d'après la deuxième proposition, aucune cause de se détruire. Et, puisqu'il n'est pas produit par des causes extérieures mais par Dieu, il ne peut avoir à souffrir d'elles aucune altération, d'après la troisième proposition, et, puisque Dieu l'a pro-

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