‹ Œuvres de SpinozaChapitre 11 sur 204 · Spitioza, sein Leben und semé Lehi-e, Bd 1, p. lO'l · texte numérisé non relu

Spitioza, sein Leben und semé Lehi-e, Bd 1, p. lO'l

2. On observera (jue, si cela était vrai, les dialogues eussent dû être écrits primitivement en espagnol, car à dix-neuf ans, Spinoza ne parlait et n'écrivait couramment, à ce qu'il semble, que l'espagnol, sa langue maternelle, et peut-être le portugais. Au reste, Ihypothèse d'Avenarius fait partie d'une théorie soutenue par cet auteur sur les étapes parcourues par Spinoza, ou comme il dit les /j/joses de son panthéisme. 11 aurait commencé par embrasser le naturalisme souslinfluence de Giordano Bruno, aurait passé de là au théisme sous celle de Descartes, et serait enfin arrivé au panthéisme géométrique de l'Ethique. 11 ne subsiste à peu prés rien aujourd'hui de cette construction ingénieuse. Voir à ce sujet les Eludes sur Spinoza déjà citées de Freudenthal [Zeilschrifl fur Philosophie, Bd. 108, i09).

après avoir soutenu cette thèse pour les deux dialogues, l'a restreinte au premier ; il reconnaît dans les Prolégomènes de son édition, que le second a pu être écrit plus tard, admettrait même, semble-t-il, qu'il Teût été par un disciple et non par Spinoza. Mais le premier lui paraît très précieux en raison même de son ancienneté ; il y voit, à un moindre degré qu'Avenarius cependant, la preuve que Spinoza professait le panthéisme, un panthéisme naturaliste et mystique semblable à celui de Giordano Bruno, avant de connaître Descaries; d'après lui, le premier dialogue serait l'œuvre d'un homme qui, tout plein de la doctrine de Bruno ou d'une autre ' semblable, viendrait de lire Descartes et combattrait son dualisme sans l'avoir encore étudié à fond. Lagneau, beaucoup moins porté que les critiques allemands à découvrir dans les écrits de Spinoza des traces d'influences extérieures, considère lui aussi le premier dialogue comme antérieur au traité ; il y voit une première et toute fraîche expression de la pensée qu'il appelle ]-d pensée-mère de Spinoza, celle de la réalité de l'être concret.

A juger du premier dialogue par l'impression qu'il produit à la lecture, on le croirait volontiers en effet l'œuvre d'un jeune homme, encore inhabile au raisonnement, embarrassé dans son style, mais ayant à un

l. Un pourrait supposer que dans la composition du premier •lialogue, Spinoza s'est inspiré de LéonAbarbanel, juif espagnol converti au christianisme, auteur au xvi' siècle (la première édition est de 1j3oi d'un livre écrit en italien et intitulé: Dialogi </i /C>no/-e. Zimmels, dans un ouvrage publié en 1886 {Léo Hebraeus, ein jUdischer Philosoph der Renaissance), a tenté de prouver que Spinoza avait dû lire ces dialogues, et, de fait, quand le catalogue des livres formant sa bibliothèque a été publié en 1889. on a pu s'assurer qu'il en possédait une traduction espagnole.

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haut degré le sentiment du réel et pour qui Ton voit que la philosopliie ne sera pas une occupation de l'esprit, mais la vie même de l'âme. Plus encore que le raisonnement, assez inattendu, suivant lequel la même nécessité qui oblig-e à réunir des modes semblables sous un même attribut, obligerait à réunir des attributs différents en une seule substance, les noms mêmes donnés aux personnages du dialogue. Amour, Raison, Entendement, Désir, ou plutôt Concupiscence, l'appellation d' « infâme » donnée à ce dernier, surprennent le lecteur accoutumé à la manière géométrique, forte sans violence de YElhique, et sachant combien peu Spinoza est d'ordinaire disposé à faire des facultés de l'âme des êtres réels ; d'où une inclination à reculer le plus possible la date de la composition de cet écrit, à le croire antérieur au Court Traité.

Tout autre est l'opinion de Freudenthalqui, dans ses Etudes, soutient les thèses suivantes : les deux dialogues sont étroitement liés l'un à l'autre, le second faisant suite au premier et formant avec lui un tout, impossible d'ailleurs à isoler du Traité ; ils ont été composés postérieurement au Traité et s'y réfèrent; ce sont des éclaircissements que Spinoza a voulu y joindre. Les arguments donnés par Freudenthal, sans manquer de force, ne réussissent pas entièrement à prévaloir sur les raisons qui, avant que je l'eusse lu, me portaient à croire à l'ancienneté du premier dialogue au moins. Je m'abstiendrai donc de toute conclusion sur ce point.

L'intérêt du Court Traité, pour qui veut étudier la pensée de Spinoza dans son devenir, est de tout premier ordre; il est inutile d'y insister. En un certain sens cet ouvrage, rédigé avec confusion et resté ina-

chevé, peut être considéré comme aussi précieux que le traité de la Réforme de V Entendement qui est d'ailleurs lui-même un fragment. Comme exposition d'une théorie de la connaissance ou de l'idée vraie, le traité de la Réforme de V Entendement vaut assurément beaucoup plus que ne vaut le Court Traité comme exposition d'une doctrine sur Dieu et sur la nature humaine ; comme témoignage de ce que pensait et aussi de ce que sentait Spinoza aux environs de Tannée 1060, les deux documents nous semblent d'égale valeur. Le Court Traité a même l'avantage de nous renseigner, ce que ne saurait faire le traité de la Réforme de V Entendement^ sur la situation prise par Spinoza vis-à-vis du christianisme. Faute de bien entendre ce point on risquedemal interpréter le Traité Théologico-Polilique^ ainsi qu'il est arrivé à plus d'un, et «'ela seul sulllt pour en montrer l'importance.

S'il contient bon nombre de propositions inconciliables avec le dogme chrétien, même largement entendu, le Coi^rrrrrti/e'peut cependant, plus aisément quel'J^^^î^Me, s'interpréter dans un esprit chrétien : et il nest pas douteux que la plupart au moins des amis auxquels il était destiné ne l'aient ainsi compris. L'exemple du Seigneur Christ, 7iotre maitre le meilleur, invoqué dans la préface du manuscrit A le montre déjà. Le monisme encore incomplet du Court Traité, les traces de fînalisme qui s'y trouvent*, les qualificatifs de sage et bon appliqués à Dieu, l'emploi d'expressions comme Fils de Dieu, Régénération, Prédestination-, la théorie de

1. Dans le chapitre xxiv, partie II, dans le chapitre xviu. parlie II, où il est parlé de « tant d'œuvres habilement ordonnées » {fjeschiktelijk ffeordineerde u-evken).

2. Je ne fais pas mention ici du rapprochement établi dans la note 1 du chapitre xix, partie II, entre l'opinion et le péché, la

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la passivité deTentendement humain, une certaine propension au renoncement, l'humilité considérée comme une bonne passion, le plaisir traité avec un mépris qui ne fait guère pressentir les belles paroles de V Ethique*, autant de points sur lesquels le spinozisme sous sa première forme diffère du spinosisme définitif et peut être rapproché de certaines doctrines chrétiennes. Cela d'ailleurs s'explique aisément; car, s'il est faux .que Spinoza ait jamais été chrétien en ce sens qu'il aurait accepté les dogmes essentiels du christianisme ou reçu le baptême, on ne peut douter qu'il n'y ait eu à un certain moment pénétration dans son âme de sentiments chrétiens et d'idées chrétiennes, sentiments et idées destinés à y demeurer sans doute, à devenir partie intégrante de sa doctrine, mais aussi à se modifier quelque peu, à prendre surtout un caractère plus purement philosophique, rationaliste et, je dirai, irréligieux 2, Or le moment où cette pénétration a eu lieu,

croyance rationnelle et la loi. la connaissance vraie et la (jrâce^ parce qu'il est possible, — bien que non prouvé, — que cette note ne soit pas de Spinoza.

1. Scolie venant après le corollaire 2 de la proposition 45 (partie IV).

2. Le terme dirréligieux appliqué à Spinoza, signifie dans ma pensée, qu'il devint de plus en plus individualiste, de plus en plus opposé par principe ù toute éf/lise, de plus en plus détaché de toute tradition, de plus en plus le philosophe de l'immanence. Sur les rapports de Spinoza avec les Gollégiants, on lira avec fruit, outre l'ouvrage plusieurs fois cité de Meinsma. un article de W. Meijer (en allemand) dans VAvchiv fur Geschichte der Philosophie (1901), et Freudenthal, Spinoza sein Lehen und sein Lehre (Stuttgart, 190i). Sur la position occupée par Spinoza à l'égard de la religion en général, et du christianisme en particulier, voir les récentes études de M. Brunschvicg, sur Spinoza et •ses Contemporains, dans la Revue de métaphysique et de morale (années 1905-1906).

moment qu'à bien des égards on pourrait appeler décisif, qui coïncide d'ailleurs, à peu de chose près, avec le rejet du judaïsme et a dû être bientôt suivi de l'étude de la philosophie de Descartes, n'est antérieur que de peu d'années à la composition du Court Ti-aité.

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