SUR LES
PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE DE DESGARTES ET LES PENSÉES MÉTAPHYSIQUES *
La préface de Louis Meyer^, qu'on trouvera ci-après, nous renseigne sur les circonstances dans lesquelles furent composés ces deux ouvrages. « Il me fut, dit-il, on ne peut pltis agréable, d'apprendre de notre Auteur (Spinoza) qu'il avait dicté à un sien disciple, auquel il enseignait la philosophie de Descartes, la deuxième partie des Principes et un fragment de la troisième, démontrées à la façon des géomètres, comme aussi les principales et plus difficiles questions agitées dans la Métaphysique et non encore résolues par Descartes, »
1. Ces deux ouvrages ayant été publiés ensemble et le second étant expressément donné comme le complément du premier, je ne crois pas devoir les séparer.
2. Lodewijk Meycr, luthérien de naissance, plus âgé que Spinoza de deux ans, médecin, poète, lexicographe, directeur de théâtre, auteur en JCC6 d'un ouvrage intitulé Pilosophia Sacrae Scripturae Interpves, fut un des meilleurs et plus fidèles amis de Spinoza. Qn l'a souvent considéré comme l'auteur de la Préface des Œuvres Posthumes que nous avons attribuée à Jarig Jelles (Voir Notice stir le Court Traité, p. 2, noteV II est possible qu'il y ait eu collaboration : dans tous les cas, Louis Meyer fut de ceux qui assumèrent la charge de publier les (Euvres Posthumes. — Voir Meinsma, ouvrage cité ; Freudenthal, Spinoza sein Leben und seine Lehre, Bd. I.
280 PlUNCll'KS DE LA PHILOSOPHIE
Il est, d'autre part, fait mention dans deux lettres, l'une de Simon de Vries à Spinoza, l'autre écrite en réponse à la première', d'un jeune homme vivant sous le même toit que Spinoza (alors à Rijnsburg), prenant ses repas et se promenant avec lui, recevant de lui des enseignements sur les plus hauts sujets. Simon de Vries déclare ce jeune homme heureux et très enviable, à quoi Spinoza répond : « Ne l'enviez pas tant; il m'est insupportable et je me tiens en garde contre lui; je vous prie môme, vous et tous nos amis, de ne pas lui communiquer mes opinions avant qu'il ait acquis un peu plus de maturité. Pour le moment il est trop jeune, inconstant, et plus curieux de nouveauté que de vérité. J'espère d'ailleurs que ces défauts de jeunesse se corrigeront d'ici quelques années ; à en juger par ses dons naturels, je suis même presque sûr qu'il en sera ainsi ; et ses bonnes dispositions m'inspirent pour lui de l'affection. »
Enfin, quelques mois après 2, Spinoza, écrivant à Oldenburg, lui faisait part de la publication des Principes de la Philosophie de Descaries et des Pensées Métaphysiques^ « dictés à un certain jeune homme auquel il ne voulait pas exposer ouvertement ses propres opinions». Ce texte rapproché des précédents permet de considérer le commensal envié par S, de Vries comme étant le disciple auquel Louis Meyer fait allusion dans sa préface^ .
1. Ce sont les Lettres 8 et 9 de l'éd. van VIoten et Land ; l'une et l'autre sont de février 16C3.