‹ Œuvres de SpinozaChapitre 113 sur 204 · En juillet 1663, Lettre · texte numérisé non relu

En juillet 1663, Lettre

3. Van VIoten a supposé que ce jeune homme pouvait être Albert Burgh (Voir Police sur le Ir. de la Réf. de VEnt.,\i.2\'l, note). Il sufflt, pour écarter cette hypothèse, d'observer que le père

Spinoza donc ayant consenti à enseigner la philosophie à un étudiant d'une vingtaine d'années et ne le jugeant pas assez mùr pour l'initier à sa propre doctrine entreprit de lui faire connaître celle de Descartes, laquelle comptait d'assez nombreux adeptes en Hollande, mais était loin cependant de régner en maitresse dans les grandes écoles et n'y était même pas toujours tolérée*. On observera, d'ailleurs, que nulle étude n'était plus propre à satisfaire la curiosité d'un jeune homme avide de nouveauté, qu'elle ne pouvait manquer de lui être fort salutaire et, dans la pensée de Spinoza, devait le préparer sans doute, à

(l'Albert Burgh s'étant marié en 1650 (Meinsma, Ouvrage cité p. 381) son fils a pu naître au plus tôt en 1651 et aurait eu à peine douze ans en février 1663. D'ailleurs. S. de Vries 7iomme dans sa lettre l'étudiant qui a eu la singulière fortune de vivre pendant quelque temps dans une sorte d'intimité avec Spinoza, et ce dernier le nomme également dans la sienne. Il s'appelait Casearius ; S. de Vries, toutefois, ortograpliie mal son nom ; il récrit Casuat'ius. Bien que le nom ait une majuscule dans les deux lettres autographes (les originaux se trouvent à l'Eglise Baptiste d'.Vmslerdam), il a été imprimé avec une minuscule, et beaucoup d'interprètes en ont fait à la suite de van Vloten un mot bas-latin signifiant : qui réside sous le m.'me toit. Meinsma {Ouvrage cité, p. 181) a complètement éclairci ce point d'histoire et nous lui devons également d'am|)les renseignements sur ce jtersonnagc de Casearius : Né en 1642 à Amsterdam, étudiant en théologie à Leyde en 1661, il fut plus tard pasteur au Malabar (Hindoustan) et collabora très activement à un grand et important ouvrage de botanique liorlus Malaburicus. Il mourat jeune, à Batavia semb!e-t-il, de la dysenterie, et paraît avoir justifié pleinement les espérances fondées sur lui par Spinoza. Van Ree<le. auteur principal du Jardin du Malabar, parle de lui en excellents termes dans la préface du 3" volume (V. Meinsma, Ouvrage cité. p. 189).

d. Les théologiens protestants et les péripatéticiens firent prendre à diverses reprises des mesures contre l'introduction et l'enseignement de la philosophie cartésienne. Sur la persistance de la tradition scolastique en Hollande voir Freudenthal, Spi-

l'intelligence d'une autre et plus grande doctrine.

Il paraîtsurprenant au premier abord que Spinoza ait commencé son exposition géométrique à la deuxième partie des Principes; nous savons cependant par luimême (Lettre 13 à Oldenburg) et par la préface de Louis Meyer qu'il en fut ainsi ^ Aurait-il voulu s'en tenir avec Casearius, son élève, à l'étude des pnnc^)^e 5 des choses matérielles^ laissant provisoirement de côté celle des principes de la connaissance? Cela paraît assez peu admissible, les enseignements donnés dans la deuxième partie ayant pour fondement nécessaire ceux qui sont donnés dans la première. Il est impossible qu'avant d'exposer sous forme géométrique les e'iéments de la mécanique de Descartes, Spinoza n'ait pas fait connaître à son élève la théorie de la connaissance et la me'taphijsique de Descartes, au moins dans leurs traits essentiels.

En fait il n'y a point manqué, mais au lieu de se borner à une simple exposition des principes du cartésianisme, il avait cru devoir donner à cette partie de son enseignement un caractère polémique^. Il a commencé

■noza sein Leben und seine Lebre, p. 44 : — même auteur Spinoza und die Scholastik {dans Philosophische Au fsùlze E. Zeller gewidmet, Leipzig, 1887); — surl'enseignemeut de la philosophie dans les universités hollandaises au x\ii' siècle, Land, Avjiold Geulincx und seine Philosophie, La Haye, 1895; — sur l'introduction en Hollande du Cartésianisme : Bouillier, Histoire de la Philosophie cartésienne, I, p. 2,j5 sq.

1. Louis Meyer nous dit aussi qu'à sa prière Spinoza avait consenti à exposer après coup dans la même forme géométrique la première partie, afin que l'ouvrage ne fût pas trop incomplet, et que cette partie du travail fut faite en quinze jours seulement, l'auteur retenu par d'autres et plus grandes occupations n'ayant pu y affecter plus de temps.

2. 11 est permis de supposer que Casearius, étudiant en théologie, avait reçu une certaine culture scolastique ; d'où la néces-

par une sorte d'examen critique des notions et des théories les plus importantes de la philosophie généralement enseignée (la scolastique) et il a résolu dans un sens cartésien' les problèmes relatifs à l'être en général et à certains êtres en particulier : Dieu et l'âme humaine. Cette partie de l'enseignement donné

site de le débarrasser avant tout des idées fausses dont son esprit était probablement rempli, et de lui montrer la futilité, la vanité de la scolastique : la plupart des personnes instruites de Hollande et d'ailleurs, se trouvant dans la même condition intellectuelle, ce qui était bon pour Casearius devait l'être aussi pour beaucoup au jugement de Spinoza et de ses amis. On s'expliquerait ainsi très bien la publication de l'ouvrage, le consentement de Spinoza à ce qu'elle eût lieu, la peine prise par lui à cet effet, le zèle de Louis Meyer qui y donna tous ses soins, celui de Jarig Jelles qui en fit les frais, l'enthousiasme enfin de Bouwmeester, auteur probable d'une poésie latine qu'on trouvera ci-après.

1. Je dis dans un sens cartésien, ce qui, dans ma pensée, n'exclut nullement la possibilité pour Spinoza d'indiquer çà et là assez clairement, au moins pour nous qui connaissons ses autres œuvres, sa propre manière de voir. J'ajoute qu'il le fait dans les Principia tout autant que dans les Co^i/a/a Metaphysica . Les Cor/itala Metaphysica ont donné lieu à un intéressant débat entre Freudenthal et Kuno Fischer. Ce dernier avait cherché à établir, dans son Hisloire delà Philosophie moderne, que Spinoza, interprète de Descartes dans les Principia Philosophiie Cartesians, le combattait dans les Cogilata, sinon ouvertement, du moins indirectement. Ainsi, d'après Kuno Fischer, les Cogilata seraient un écrit anti-cartésien, joint aux Principia à titre de correctif. Freudenthal a bien montré, croyons-nous, dans sa dissertation déjà citée, S;)inoca unddie Scholasti/i [Philos. Aufsàtze E. Zeller geiiAdmet) : i" que les Cogilata avaient été composés avant les Principia et simplement revus pour l'impression; 2" que les Cogilata étaient un écrit anti-scolastique et non anticartésien. — Voir, outre les ouvrages ci-dessus, la réponse de Kuno Fischer dans l'édition la plus récente de son grand ouvrage {Geschichte der neueren Philosophie Jubilàum-Ausgabe, Heidelberg, 1898, II, p. 306 sq., note) et la réplique de Freudenthal dans Zeitschrift fiir Philosophie, Bd. 114, p. 304 sq. —Voir aussi Lewkowitz, Spinoza's Cogilata Melaphgsica, Breslau, 1902.

à Casearius, forme l'ouvrage publié sous le titre de Pensées Métaphysiques et présente au public comme un appendice aux Principes de la Philosophie de Descartes. Les Pensées Métaphysiques furent donc composées avant les Principes ; cela est certain pour ce qui touche la première partie de ce dernier ouvrage, écrite en quinze jours, en vue de la publication projetée, comme nous l'apprend Louis Meyer dans sa préface ; cela est à tout le moins extrêmement probable, en ce qui concerne la deuxième'. Avant la publication, toutefois, les Pensées Métaphysiques furent revues par l'auteur, des renvois aux Principes y furent ajoutés, quelques corrections faites à la rédaction primitive, mais le peu de temps donné par Spinoza à ce travail ne permet pas de croire qu'aucun changement important ait été apporté au texte dicté à Casearius.

Les Principes de la Philosophie de Descartes et les Pensées Métaphysiques le cèdent assurément en importance dogmatique et en intérêt historique au Traité de la Réforme de V Entendement et au Court Traité. Il est cependant indispensable de lire ces ouvrages.

1. Les Pensées Mélaphi/siqiies sont ainsi un des premiers ouvrages de Spinoza: postérieures seulement, à ce que je pense, au Court Traité et au Traité de la Réforme de V Entendement,- Deux historiens, à ma connaissance, L. Busse en Allemagne {Zeilschrift fur Philosophie, Bd. i)0, 92) et M. Couchoud en France (les Grands Philosophes, Benoît de Spinoza. Paris, 1902), ont considéré les Pensées Mélaplujsiques comme antérieures an Court Traité, à tort à ce qu'il semble. M. Rivaud, d'autre part, dans sa thèse sur les Notions d'essence et d'existence dans la Philosophie de Spinoza (Paris, 1906), fait des Pensées Métaphysiques un commentaire au Cowt Traité; cela me parait à tout le moins fort exagéré. Tel que je le conçois cet ouvrage est une introduction à Vétude du Cartésianisme et du Spinozisme à l'usage des personnes ayant reçu la cidture philosophique habituelle au XV H' siècle.

non seulement pour ne rien négliger de ce qui peut servir à l'intelligence des autres écrits de Spinoza, mais pour se faire une idée de ses études et de ses lectures philosophiques, et aussi de la position prise par lui à l'égard tant de Descartes que des scolastiques. Dans les Principes, il expose la philosophie de Descartes avec exactitude et intelligence, en homme qui la connaît à fond et Testime grandement. Il la complète sur quelques points en s'inspirant de la pensée de son auteur, cherche à rendre certaines choses, par exemple les distinctions à établir entre le mouvement, la direction du mouvement, la vitesse du mouvement, plus claires ou moins obscures qu'elles ne le sont dans l'ouvrage même qu'il interprète. Tout en l'exposant, cependant, on voit fort bien qu'il la juge, sait très exactement k quel moment précis sa pensée propre cesse de s'accorder avec celle de Descartes ; cela, bien entendu, est surtout apparent dans la Première Partie, et je signalerai dans mes notes explicatives quelques passages ofi des points attaquables de la doctrine de Descartes sont indiqués de façon plus ou moins directe. Je me contenterai de signaler ici la manière dont il répond, dans son introduction, à ceux qui reprochent à Descartes de s'être mis dans l'impossibilité de démontrer l'existence de Dieu et, par suite, de parvenir à aucune certitude véritable'. Spinoza commence par indiquer la réponse que fait Descartes lui-même : après quoi, il prend la parole en son propre nom, et tout de suite, sur un point fondamental, s'il en est, une divergence de vues se manifeste. Descartes fonde la certitude sur V existence de

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