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Qu'on lise les Principes, part. I, art

328 PniNCIPES DE LA PHILOSOPHIE

qu'on ne connaisse la chose aussi clairement que possible et nul ne pourra douter s'il a une idée de Dieu (ce qui est assurément le premier fondement de la béatitude humaine). Car il verra clairement aussi que l'idée de Dieu diffère beaucoup des idées des autres objets sitôt qu'il connaîtra que Dieu diffère entièrement, et quant à l'essence et quant à l'existence, des autres êtres. Il n'est donc pas nécessaire de retenir plus longtemps lelecteur en ce point.

PROPOSITION VI

V existence de Dieu est démontre'e a posteriori de cela seid que son idée est en nous.

Démonstration

La réalité objective de chacune de nos idées requiert une cause dans laquelle cette même réalité soit contenue non pas simplement objectivement mais formellement ou éminemment [par V Axiome 9). Or nous avons l'idée de Dieu [par les Définitions 2 et 8) et la réalité objective de cette idée n'est contenue en nous ni éminemment ni formellement [par V Axiome 4) et elle ne peut être contenue dans aucune chose autre que dans Dieu même [par la Définition 8). Donc cette idée de Dieu qui est en nous requiert Dieu pour cause et par conséquent Dieu existe [par V Axiome 7).

SCOLIE

Il y a des hommes qui nient qu'ils aient de Dieu aucune idée et qui cependant, à ce qu'ils disent, l'aiment et lui rendent un culte. Et alors même qu'on leur met

PHEMIÈHE PARTIK 329

SOUS les yeux la Définition et les attributs de Dieu on ne gagne rien ; pas plus en vérité que si l'on essayait d'apprendre à un aveugle de naissance la distinction des couleurs, telles que nous les voyons. A moins cependant que nous ne voulions les tenir pour un nouveau genre d'animaux, intermédiaire entre l'homme et la brute, nous devons avoir peu de souci de leurs paroles. De quelle façon, je le demande, pouvons-nous faire connaître l'idée d'une chose autrement qu'en en énonçant la définition et en en expliquant les attributs? Kt comme c'est ce que nous faisons à l'égard de l'idée de Dieu, il n'y a pas de raison pour nous attarder aux parolesde gens qui nient l'idée de Dieu pour cette seule raison qu'ils ne peuvent former de lui aucune image dans le cerveau.

11 faut noter ensuite que Descartes, quand il cite l'Axiome 4 pour montrer que la réalité objective de l'idée de Dieu n'est contenue ni formellement ni éminemment en nous, suppose que chacun sait qu'il n'est pas une substance infinie, c'est-à-dire souverainement connaissante, souverainement puissante, etc. Et il peut le supposer ; qui sait qu'il pense, en effet, sait aussi qu'il doute de beaucoup de choses et ne connaît pas tout clairement et distinctement.

Il faut noter enfin que de la définition 8 il suit aussi clairement qu'il ne peut y avoir plusieurs Dieux, mais seulement un seul, ainsi que nous le démontrons clairement dans la Proposition 11 et dans notre Appendice^ partie II, chapitre ii.

PROPOSITION VM

L'existence de Dieu est démontre'e aussi de cela seu, que nous-mêmes, qui avons son idée, existons.

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SCOLIE

Pour démontrer cette proposition Descartes admet ces deux Axiomes : 1° Ce qui peut faire le plus ou le plus difficile peut aussi faire le moins ; 2'' c'est une chose plus grande de créer ou {par V Axiome 10) de conserver une substance que de créer ou conserver ses attributs ou propriétés.

Je ne sais pas ce qu'il veut dire par là, Qu'appelle-til facile et difficile en effet? Nulle chose n'est dite facile ou difficile absolument^ mais seulement eu égard à sa cause. De sorte qu'une seule et même chose, dans le même temps, eu égard à des causes différentes, peut être dite facile et difficile. Que si Descartes appelle dificile ce qui peut être fait avec un grand travail, facile ce qui peut être fait avec un petit travail, par la même cause : une force par exemple qui soulève un poids de 50 livres pourrait en soulever un de 25 deux fois plus facilement, alors l'axiome ne sera certainement pas vrai absolument, et il ne pourra pas démontrer par là ce qu'il se propose. Quand il dit en effet : si f avais la puissance de me conserver moi-même , f aurais aussi le pouvoir de me donner toutes les perfections qui me m,anquent (parce qu'en effet elles ne requièrent pas une puissance aussi grande), je lui accorderai que les forces, que je dépense pour ma conservation, pourraient faire plusieurs autres choses plus facilement, si je n'avais pas besoin d'elles pour me conserver ; mais

1. Pour ne pas chercher d'autres exemples, qu'on prenne celui de l'araignée qui tisse facilement une toile que des hommes ne pourraient tisser sans de très grandes difficultés : par contre les hommes font très facilement un très grand nombre de choses qui sont peut-être impossibles aux anges.

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