PREMIÈRE PARTIE
Démonstration de la Proposition VII
Si j'avais la force de me conserver, je serais d'une nature telle que j'envelopperais l'existence nécessaire [par le Lernme 1) donc [par le corollaire du Leniùie 2) ma nature contiendrait toutes les perfections. Or, je trouve en moi, en tant que je suis chose pensante, beaucoup d'imperfections (par exemple, que je doute, que je désire, etc.) dont je suis certain [jmr le Scolie de la Proposition A) ; je n'ai donc aucun pouvoir de me conserver. Et je ne puis dire que je manque de ces perfections, parce que j'ai voulu me les refuser, car cela contredirait évidemment au premier Lemme et à ce que je trouve clairement en moi.
En outre, je ne puis exister actuellement sans être conservé aussi longtemps que j'existe soit par moimême, si j'en ai le pouvoir, soit par un autre, qui ait ce pouvoir [par les Axiomes 10 et 11). Or j'existe [par la Scolie de la Propjosition 4), et cependant je n'ai pas le pouvoir de me conserver moi-même, donc je suis conservé par un autre. Mais non par un autre qui n'ait pas la force de se conserver (pour la même raison par laquelle je viens de démontrer que je ne pouvais me conserver moi-même) ; donc par un autre qui ait la force de se conserver, c'est-à-dire [par le Lemine 2) dont la nature enveloppe l'existence nécessaire, ou encore {pjar le Corollaire du Lernme 1) qui contienne toutes les perfections que je connais clairement qui appartiennent à l'être suprêmement parfait; et ainsi [par la Définition 8) cet être suprêmement parfait, c'est-à-dire Dieu, existe.
COROLLAIRE
Dieu peut faire toutes les choses que nous percevons clairement en la manière que nous les percevons.
Démonstration
Toutes ces choses suivent clairement de la Proposition précédente. L'existence de Dieu y est en effet déduite de ce que quelque être doit exister en qui soient toutes les perfections dont quelque idée est en nous. Or, nous avons en nous l'idée d'une puissance si grande que, par celui seul en qui elle réside, le ciel, la terre et toutes les autres choses connues par moi comme possibles, puissent être faites. Donc, en même temps que l'existence tout cela a été aussi prouvé de lui.
PROPOSITION VIII
L'esprit et le corps sont réellement distincts.
Démonstration
Tout ce que nous percevons clairement peut être fait par Dieu en la manière que nous le percevons {par le Corollaire de la Proposition pre'cMente). Mais nous percevons clairement l'esprit c'est-à-dire [par la Définition 6) une substance pensante, sans le corps, c'està-dire [par la Définition 7) sans une substance étendue [par les Propositions 3 et 4) et inversement le corps sans l'esprit (comme tous l'accordent facilement). Donc, au moins par la puissance de Dieu, l'esprit peut exister sans le corps et le corps sans l'esprit.