‹ Œuvres de SpinozaChapitre 144 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

PROPOSITION XVII

Dieu est un être tout à fait simple.

Démonstration

Si Dieu était composé de parties, ces parties devraient être, de leur nature au moins, antérieures à Dieu (comme tous raccorderont facilement) ce qui est absurde [par le Corollaire 4 de la Proposition 12). Dieu est donc un être tout à fait simple.

COROLLAIRE

11 suit de là que l'entendement de Dieu, sa volonté, ou son Décret, et sa Puissance ne se distinguent de son essence que par une distinction de raison.

PROPOSITION XVIII

Dieu est immuable.

Démonstration

Si Dieu était changeant, il ne devrait pas changer partiellement, mais devrait être changé suivant la totalité de son essence [par la Proposition 17). Mais l'essence de Dieu existe nécessairement [par les Propositions 5, G et 7) ; donc Dieu est immuable.

PROPOSITION XIX

Dieu est éternel.

Démonstration

Dieu est un être souverainement parfait [par la Définition 8). D'où suit {2)ar la Proposition 5) qu'il existe nécessairement. Si nous lui attribuons une existence limitée, les limites de son existence doivent être nécessairement connues sinon de nous au moins de Dieu lui-même {par la Proposition 9), puisqu'il est suprêmement connaissant ; donc Dieu, par delà ces limites se connaîtra lui-même, c'est-à-dire connaîtra un être parfait {pir la Définition 8)) comme n'existant pas, ce qui est absurde [par la Proposition 5). Donc Dieu a l'existence non pas limitée, mais infinie, que nous appelons éternité. [Voir chapitre /, partie II de notre Appendice). Dieu est donc éternel.

PROPOSITION XX

Dieu a préordonné toutes choses de toute éternité.

Démonstration

Puisque Dieu est éternel [par la Proposition précédente) sa connaissance sera éternelle, car elle appartient à son essence éternelle Q^ar le Corollaire de la Proposition 17). Or, son entendement ne diffère pas réellement de sa volonté ou de son Décret [par le Corollaire de la Proposition 17) ; donc, en disant

PREMliillE PAIJTIE 35S

que Dieu a connu toutes choses de toute éternité, nous disons du même coup qu'il les a ainsi voulues et décrétées de toute éternité.

COROLLAIRE

11 suit de cette Proposition que Dieu est constant au suprême degré dans ses œuvres.

PROPOSITION XXI

La auhstance étendue en longueur, largeur et profondeur existe réellement; et nous sommes unis à une de ses parties.

La chose étendue, selon qu'il est perçu par nous clairement et distinctement, n'appartient pas à la nature de Dieu {parla Proposition 16); mais elle peut être créée par Dieu {par le Corollaire de la Proposition 7 et par la Proposition 8). D'autre part, nous percevons clairement et distinctement (comme chacun le trouve en soi en tant qu'il pense) que la substance étendue est une cause qui suffît à produire en nous le chatouillement, la douleur, et les idées semblables, c'est-à-dire les sensations qui se produisent continuellement en nous, malgré nous. Mais, si nous voulons forger une cause des sensations autre que la substance étendue, disons Dieu ou un Ange, nous détruisons aussitôt le concept clair et distinct que nous avons. Pour cette raison \ aussi longtemps que nous sommes

1. Voir la démonstration de la Proposition 14 et la Proposition lo, Scolie.

droitement attentifs à nos perceptions de façon à ne rien admettre que nous ne percevions clairement et distinctement, nous serons extrêmement portés, c'est-àdire, nous ne serons nullement indifférents, à cette affirmation que la substance étendue est la seule cause de nos sensations ; et par suite qu'une chose étendue créée par Dieu existe. Et en cela nous ne pouvons être trompés {peu- la Proposition li avec le Scolié). Donc il est affirmé avec vérité que la substance étendue en longeur, largeur et profondeur existe. Ce qui était à démontrer en premier lieu.

En outre, nous observons une grande différence entre nos sensations qui (ainsi que nous venons de le démontrer) doivent être produites en nous par la substance étendue, à savoir quand je dis que je sens ou que je vois un arbre et quand je dis que j'ai soif, que je souffre, etc. Je vois d'ailleurs que je ne puis percevoir clairement la cause de cette différence, si je ne connais d'abord que je suis uni étroitement à une partie de la matière et non de même aux autres parties. Puisque je connais cela clairement et distinctement et que cela ne peut être perçu d'une autre manière par moi, il est donc vrai {par la Proposition 14 avec son Scolie) que je suis uni à une partie de la matière. Ce qui était le second point. Nous avons donc démontré C. Q. F. D.

Obsehvatiox. — A moins que le lecteur ne se considère ici seulement comme chose pensante et sans corps y et ne renonce à toutes les raisons quil a eues auparavant de croire que le corps existe^ comme e'tant des préjugés, il essaiera en vain d'entendre cette démonstration.

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