‹ Œuvres de SpinozaChapitre 154 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

en le supposant indéfiniment plus court, un corps ne puisse pendant ce temps et occuper et abandonner un lieu ; chose manifeste pour qui est assez attentif. On voit par là clairement, ce que nous disions plus haut, que Zenon suppose un temps si petit qu'il n'en puisse exister de plus petit, et que, par suite, il ne prouve rien.

Outre ces deux arguments, on rapporte de Zenon un autre argument qui se peut lire avec sa réfutation dans Descartes : Lettre avant-dernière du premier volume des Lettres.

Je désire cependant que mes lecteurs observent ici qu'aux raisonnements de Zenon j'ai opposé des raisonnements; et ainsi je l'ai réfuté parla Raison et non par les sens, comme l'a fait Diogène. Jamais en effet les sens ne peuvent fournir à l'homme cherchant la vérité, que des Phénomènes de la Nature par lesquels il est déterminé à la recherche de leurs causes; ils ne peuvent lui fournir quoi que ce soit qui montre la fausseté de ce que l'entendement reconnaît clairement et distinctement être vrai. C'est ainsi que nous jugeons, et c'est là notre Méthode; démontrer les choses que nous proposons par des raisons que l'entendement perçoive clairement et distinctement; tenant pour négligeable ce que les sens peuvent dire qui leur paraît contraire. Ainsi que nous l'avons dit en effet, ils peuvent déterminer seulement l'entendement à chercher ceci plutôt que cela, mais non le convaincre de fausseté quand il a perçu quelque chose clairement et distinctement.

PnOPOSITION VII.

Nul corps ne peut j^rendre la place d'un autre, que cet autre ne prenne lui-même la place d'un autre.

Démonstration ^

Si on le nie qu'on suppose, s'il est possible, qu'un corps A prenne la place d'un corps B, que je suppose égal à A et ne quittant pas sa place. I/espace alors qui contenait seulement B contient [par hypothèse) A et B; c'est-à-dire le double de la substance corporelle qu'il contenait auparavant ; ce qui [par la Proposition 4, partie II) est absurde. Donc aucun corps ne prend la place d'un autre, etc.

PnOPOSITION VIII

Quand un corps prend la place d'un autre., au même instant du temps le lieu abandonné par lui est occupé par un autre corps qui le touche immédiatement.

Démonstration

Si le corps B se meut vers D, les corps A et C au même instant du temps s'approcheront l'un de l'autre et se toucheront, ou bien ils n'en feront rien. S'ils se rapprochent l'un de l'autre et se louchent, notre proposition est reconnue vraie.

S'ils ne se rapprochent pas l'un de l'autre, mais que tout l'espace abandonné par B continue de séparer A de C, c'est donc qu'un corps égal à B [par le Corollaire de la Proposition 2 et le Corollaire de la Propo-

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