‹ Œuvres de SpinozaChapitre 182 sur 204 · CHAPITRE ni · texte numérisé non relu

CHAPITRE ni

De F Immensité de Lieu

Gomment Dieu peut être dit infini, comment immense. — Nous avons exposé que nul être ne peut être conçu comme fini et imparfait, c'est-à-dire comme participant du Néant, si nous ne considérons d'abord l'être parfait et infini, c'est-à-dire Dieu ; c'est pourquoi Dieu seul doit être dit absolument infini, savoir en tant que nous trouvons qu'il se compose en réalité d'une perfection infinie. Mais il peut être dit aussi immense ou interminable en tant que nous avons égard à ce qu'il n'existe aucun être par qui la perfection de Dieu puisse être terminée.

D'où suit que YInfinilé de Dieu, en dépit du vocable, est ce qu'il y a de plus positif; car nous disons qu'il est infini en tant que nous avons égard à sa souveraine perfection. Mais Y Immensité n'est attribuée à Dieu qu'en un sens relatif, car elle n'appartient pas à Dieu en tant qu'on le considère absolument comme un être parfait au suprême degré mais en tant qu'on le considère comme première cause; et quand bien môme cette cause première ne serait pas parfaite au suprême degré mais seulement la plus parfaite au regard des êtres secondaires, elle n'en serait pas moins immense. Car il I. 26*

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ne pourrait y avoir et par conséquent l'on ne pourrait concevoir aucun être plus parfait que lui par qui il pût être limité ou mesuré (yo»' sur ce point le dc'reloppement relatif à V Axiome 9, partie I).

Ce qui est entendu communément par l'Immensité de Dieu. — Les auteurs cependant maintes fois, quand ils traitent de VImmensitc de Dieu, semblent attribuer à Dieu, une quantité. Car ils veulent conclure de cet attribut que Dieu doit être nécessairememt partout présent ; comme s'ils voulaient dire que, si Dieu n'était pas dans un certain lieu, sa quantité serait limitée. Et cela apparaît encore mieux par un autre argument qu'ils allèguent pour montrer que Dieu est infini ou immense (car ils confondent ces deux attributs) et aussi qu'il est partout. Si Dieu, disent-ils, est acte pur, comme il l'est réellement, il est nécessaire qu'il soit aussi partout et infini; car s'il n'étaitpoint partout ou bien il ne pourrait pas être partout oîi il voudrait être, ou bien (qu'on prenne garde à ceci) il devrait nécessairement se mouvoir; par où se voit clairement qu'ils attribuent ÏLnmensite'k Dieu en tant qu'ils le considèrent comme une quantité; car ils tirent ces arguments des propriétés de l'étendue pour affirmer V Immensité' de Dieu, absurdité que rien ne peut dépasser.

II est prouvé que Dieu est partout. — Si l'on demande maintenant comment nous prouverons que Dieu est partout, je réponds que cela a été assez et plus que que suffisamment démontré quand nous avons montré que rien ne peut exister même un instant, dont l'existence ne soit pas créée par Dieu à chaque instant.

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