‹ Œuvres de SpinozaChapitre 188 sur 204 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

les trois âmes attribuées aux plantes, aux animaux et aux hommes, nous avons assez démontré qu'elles ne sont que des fictions, puisque nous avons fait voir qu'il n'y a rien dans la matière sinon des assemblages et des opérations mécaniques. Quant à la vie de Dieu, j'ignore pourquoi elle est dans Aristote plutôt l'acte de l'entendement que l'acte de la volonté ou d'autres semblables. N'attendant toutefois aucune réponse je passe à l'explication que j'ai promise, savoir: ce qu'est la vie.

A quelles choses la vie peut être attribuée. — Bien que ce mot soit souvent pris par métaphore pour signifier les mœurs d'un homme, nous nous contenterons d'expliquer brièvement ce qu'il désigne philosophiquement. 11 faut noter seulement que, si la vie doit être attribuée aussi aux choses corporelles, rien ne sera sans vie; si elle l'est seulement aux êtres où une âme est unie au corps, elle devra être attribuée seulement aux hommes et peut-être aux animaux, mais non aux esprits ni à Dieu. Comme cependant le mot vie s'étend communément davantage, il n'est pas douteux qu'il no faille attribuer la vie même aux choses corporelles non unies à des esprits et à des esprits séparés du corps.

Ce qu'est la vie et ce qu'elle est en Dieu. — Nous entendons donc par vie^ la force par laquelle les choses perse'vèreyit dans leur être; et, comme cette force est distincte des choses elles-mêmes nous disons proprement que les choses elles-mêmes, ont de la vie. Mais la force par laquelle Dieu persévère dans son être n'est autre chose que son essence; ceux-là parlent donc très bien qui disent que Dieu est la vie. 11 ne manque pas de théologiens qui comprennent que c'est pour cette raison (que Dieu est la vie, et ne se distingue pas

de la vie) que les Juifs quand ils juraieut disaient: Par Dieu vivant el non -.par la vie de Bien., comme Joseph jurant par la vie de Pharaon disait : par la vie de Pharaon.

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