‹ Œuvres de SpinozaChapitre 191 sur 204 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

manquent. Nous n'ignorons pas le mot (celui de personnalité) qu'emploient à l'occassion les philosophes, pour expliquer la chose ; mais si nous connaissons le mot nous en ignorons la signification et nous n'en pouvons former aucun concept clair et distinct ; bien que nous puissions croire avec constance que dans celte vision bienheureuse de lui-même promise aux fidèles, Dieu le révélera aux siens.

La volonté et la puissance de Dieu, quant à leur action extérieure, ne se distinguent pas de son entendement. — La Volonté et la Puissance, quant à leur action extérieure, ne se distinguent pas de l'entendement de Dieu, comme il est assez certain par ce qui précède; car nous avons montré que Dieu a décrété non seulement que les choses devaient être mais aussi qu'elles devaient être de telle nature, c'est-à-dire que leur essence et leur existence ont dû dépendre de la volonté et de la puissance de Dieu ; par où nous percevons clairement et distinctement que l'entendement de Dieu, sa puissance et sa volonté, par quoi il a créé, a connu et conserve ou aime les choses, ne se distinguent en aucune façon l'un de l'autre, sinon relativement ànotre pensée.

On dit improprement que Dieu a certaines choses en haine, aime certaines choses. — Quand nous disons que Dieu a certaines choses en haine, aime certaines choses, cela est dit dans le même sens où il y a dans l'Ecriture que la terre vomira les hommes et autres choses de ce genre, (^ue d'ailleurs Dieu n'ait de colère contre personne, et n'aime aucune chose de la façon que se persuade le vulgaire, cela ressort assez de l'Ecriture; Isaïe le dit en effet et plus clairement l'Apôtre dans l'Epître aux Romains (chap. ix) : Avant

qiiih (les enfants d'Isaac) fussent nos et quils eussent fait ni bien ni mal, afin que le dessein arrête' selon Vélection de Dieu demeurât, non point par les œuvres^ mais 2mr celui qui appelle, il lui fat dit que le plus grand serait asservi au moinrfre, etc., et un peu plus loin : lia donc compassion de celui qu il veut et il endurcit celui qu'il veut. Or tu me diras : Pourquoi se plaint-il encore? Car qui est celui qui peut résister à sa volonté? Mais en vérité', 6 homme, qui es-tu,, toi qui contestes contre Dieu? La chose formée dira-t-elle à celui qui Va formée : Pourquoi m'' as-tu ainsi faite ? Le potier n'a-t-il pas la puissance de faire d'une même masse de terre un vaisseau à honneur et un autre à déshonneur? etc.

Pourquoi Dieu avertit les hommes ; pourquoi il ne les sauve pas sans avertissement et pourquoi les impies sont punis. — Si Ion demande maintenant pourquoi Dieu avertit les hommes? il sera facile de répondre que Dieu a ainsi décrété de toute éternité d'avertir les hommes h tel moment afin que soient convertis ceux qu'il a voulu qui soient sauvés. Si Ton demande encore : Dieu ne pouvait-il pas les sauver sans avertissement ? Nous répondons : Il l'aurait pu. Pourquoi donc ne les sauve-t-il pas? insistera-t-on peut être alors. A cela je répondrai quand on m'aura dit pourquoi Dieu n'a pas rendu la mer Rouge franchissable sans un fort vent d'est et pourquoi il n'accomplit pas chaque mouvement pris à part sans les autres, et une infinité d'autres choses semblables que Dieu produit parle moyen de causes. On demandera de nouveau : Pourquoi donc les impies sontils punis? car ils agissent par leur nature et selon le décret divin. Je réponds que c'est aussi par décret divin qu'ils sont punis et si ceux-là seuls que nous imaginons

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