DEUXIÈME PARTIE
pécher en vertu de leur propre liberté doivent être punis, pourquoi les hommes s'efTorcent-ils d'exterminé r les serpents venimeux ? car ils pèchent en vertu de leur nature propre et ne peuvent faire autrement.
L'Écriture n'enseigne rien qui répugne à la Lumière Naturelle. — Enfin s'il se rencontre d'autres choses dans l'Ecriture Sainte qui font pénétrer le doute en nous, ce n'est pas ici le lieu de les expliquer; car nous cherchons ici celles seulement que nous pouvons atteindre de la façon la plus certaine par la Raison naturelle, et il nous suffit de les déterminer avec évidence pour savoir que l'Ecriture Sainte doit enseigner les mêmes; car la vérité ne contredit pas à la vérité, et l'Ecriture ne peut enseigner des niaiseries comme celles qu'on imagine communément. Car si nous trouvions en elle quelque chose qui fût contraire à la Lumière Naturelle nous pourrions la réfuter avec la même liberté que l'Alcoran etleTalmud. Maisloin de nous la pensée qu'il se puisse trouver dans les Livres Saints quelque chose qui répugne à la Lumière de la îS^ature.
CHAPITRl-, IX
De la 'puissance de Dieu
Gomment il faut entendre l'Omnipotence de Dieu. — Il a été sulTisamment démontré déjà que Dieu est omnipotent. Nous nous efforcerons seulement ici d'expliquer comment cet attribut doit être entendu; car beaucoup en parlent sans assez dd piété et d'une fagon qui n'est pas conforme à la vérité. Ils disent en effet que certaines
choses sont possibles de leur nature et non par le décret de Dieu ; que certaines sont impossibles ; certaines, enfin, nécessaires et que l'omnipotence de Dieu n'a trait qu'aux possibles. Pour nous qui avons démontré déjà que toutes choses dépendent absolument du décret de Dieu nous disons que Dieu est omnipotent; mais, quand nous avons aperçu qu'il a décrété certaines choses par la seule liberté de sa volonté, et en second lieu qu'il est immuable, nous disons alors que rien ne peut agir contrairement à ses décrets et que cela est impossible par cela seul que cela répugne à la perfecion de Dieu.
Toutes choses sont nécessaires en vertu du décret de Dieu; et non quelques-unes en soi, quelques-unes en vertu des décrets. — Quelqu'un objectera peut-être que nous trouvons certaines choses nécessaires, seulement qaa-vluous avons égard au décret de Dieu, d'autres sans que rousy ayons égard. Soit cet exemple : que Josias brûlAl les ossements des idolâtres sur l'autel de Jéroboliain ; si nous avons égard seulement à la volonté de Josias, nous jugerons la chose comme étant possible, nous ne dirons pas du tout qu'elle doive être nécessairement; si ce n'est parce que le Prophète l'avait prédite selon le décret de Dieu. Mais que les trois angles d'un triangle doivent être égaux à deux droits, la chose même l'indique. Ceux qui tiennent pareil langage forgent assurément par ignorance des distinctions dans les choses. Car si les hommes connaissaient clairement tout l'ordre delaNature, ils trouveraient toutes choses aussi nécessaires que toutes celles dont il est traité dans la Mathématique; mais, cela étant au-dessus de la connaissance humaine, certaines choses donc sont jugées par nous pos-
sibles, et non nécessaires. Par suite ou bien il faut dire que Dieu ne peut rien parce que toutes choses sont réellement nécessaires ; ou bien Dieu peut tout et la nécessité que nous trouvons dans les choses provient du seul décret de Dieu.
Que si Dieu avait fait autrement la Nature des choses il aurait dû aussi nous donner un autre entendement. — Si Ton demande maintenant : Eh quoi ! si Dieu avait décrété autrement et s'il avait fait que les choses qui sont vraies actuellement fussent fausses, ne les reconnaîtrions-nous pas cependant pour très vraies ? Assurément, si Dieu nous avait laissé la nature quïl nous a donnée ; mais si, comme il Ta fait, il avait voulu nous donner une nature telle que nous pussions connaître la nature des choses et leurs lois telles qu'elles sont établies par Dieu, cela eût été aussi en son pouvoir; et même, si nous avons égard à sa véracité, il aurait dû le faire. Cela est encore évident parce que nous avons dit plus haut, à savoir que toute la Nature naturée n'est qu'un seul être ; d'où suit que l'homme est une partie de la Nature qui doit être cohérente avec le reste; et donc il suivrait déjà de la simplicité du décret de Dieu que si Dieu avait créé les choses d'autre façon, il aurait constitué notre nature de telle sorte que nous connussions les choses selon qu'elles ont été créées par Dieu, C'est pourquoi, bien que nous désirions garder la distinction relative à la puissance de Dieu communément enseignée par les Philosophes, nous sommes cependant obligés de l'expliquer autrement.
De combien de sortes est la Puissance de Dieu. — Nous divisons donc la puissance de Dieu en ordonnée et
absolue. Nous (lisons que la puissance de D'iewesi absolue quand nous considérons son omnipotence sans avoir égard à ses décrets ; ordonnée quand nous avons égard à ses décrets.
Il existe, en outre, une puissance ordinaire et une extraordinaire ùe Dieu. Ordinaire est celle par où il conserve le monde dans un ordre déterminé ; extraordinaire, celle dont il use, quand il fait quelque chose en dehors de l'ordre de la Nature, comme par exemple tous les miracles, tels que la parole donnée à l'ânesse, l'apparition des anges et autres semblables. Bien qu'on puisse à très bon droit douter de cette dernière, carie miracle paraîtrait plus grand si Dieu gouvernait le monde suivant un seul et même ordre déterminé et immuable, que s'il abrogeait, à cause de la déraison des hommes, les lois qu'il a lui-même établies dans la Nature excellemment et par sa seule liberté (ce qui ne peut être nié par personne sinon par un être totalement aveuglé) . Mais nous laissons aux Théologiens le soin d'en décider.
Nous omettons enfin les autres questions qu'on a coutume de poser à ce sujetde la puissance de Dieu, à savoir : i^i la puissance de Dieu s'e'tend au passe\ s'il peut faire les choses meilleures qiiil ne les fait ; s'il peut faire beaucoup plus de choses qu'il nen a fait. On y répondra très facilement en effet à l'aide de ce qui précède.