‹ Œuvres de SpinozaChapitre 21 sur 204 · L'une [substance] ne peut produire l'autre · texte numérisé non relu

L'une [substance] ne peut produire l'autre

4. Il n'existe dans l'entendement iniini de Dieu aucune substance qui ne soit formellement dans la Nature.

(3) Pour ce qui concerne la première proposition, à savoir qu'il n'existe aucune substance limitée, si quelqu'un voulait soutenir le contraire, nous lui demandons : si cette substance est donc limitée par elle-même, c'està-dire si elle s'est ainsi limitée et n'a pas voulu se faire plusillimilée, ou si elleest ainsi limitée par sacause qui, ou bien n'a pas pu, ou bien n'a pas voulu lui donner davantage.

non plus limitée par une autre, car cette autre devrait être limitée ou illimitée ; le premier n'est pas, donc, c'est le second ; donc elle" est Dieu. Dieu donc devrait lavoir limitée, parce qu'il y avait en lui ou bien défaut de puissance, ou bien défaut de volonté ; le premier répugne à la toute-puissnnce ; le second à la bonté; rjuil ne peut exister de substance limitée, suit clairement de ce qu'une telle substance devrait tirer quelque chose du néant ce qui est impossible. D'oii tiendrait-elle en efl'et ce en quoi elle diffère de Dieu? Elle ne le tiendrait pas de Dieu, car il n'a rien d'imparfait ni de limité, etc., d'où donc, sinon du néant? Donc, il n'e.xiste de substance qu'illimitée. D'où suit qu'il ne peut exister deux substances illimitées égales ; car, sitôt qu'on les pose, il y a nécessairement limitation. Et de là suit à son tour ([ue l'une ne peut produire Vautre; comme ceci: la cause qui produirait cette substance devrait avoir le même attribut que la substance produite et devrait avoir aussi autant de perfection, ou plus ou moins ; le premier n'est pas, car il y aurait alors deux substances égales; le second n'est pas, car l'une alors serait limitée ; le troisième n'est pas, car du néant ne sort aucun quelque chose.

Autre démonstration : si de l'illimité sort une chose limitée, alors l'illimité sera aussi limité, etc. Donc une substance ne peut produire l'autre. Et de là se conclut que toute substance doit exister formellement °, car si elle n'est pas, il n'y a aucune possibilité qu'elle puisse commencer d'être.

» Celte autre substance limitant la première.

» Fo/vHeZ/yA-dans le texte holl.andais; il me paraît que le terme latin devait être actualiter ou in aclu.

PltEMIERE PARTIE Ol

(4) Le premier n'est pas vrai parce qu'il n'est pas possible qu'une substance ait voulu se limiter et particulièrement une substance qui existe par elle-même; je dis donc qu'elle est limitée par sa cause, qui est nécessairement Dieu.

(5) Si maintenant elle est limitée par sa cause, ce doit être ou bien parce que cette cause n'a pas pu donner davantage ou parce qu'elle ne l'a pas voulu. Qu'il [Dieu n'ait pu donner davantage, répugne à sa toutepuissance**; qu'il n'aurait pas voulu donner davantage, bien que le pouvant, a un goût de malveillance qui ne peut être en aucune façon en Dieu, lequel est tout bonté et plénitude.

(6) Concernant la deuxième proposition: qu'Un existe pas deux substances qui soient égales, nous en tirons la démonstration de ce que chaque substance est parfaite en son genre ; car si deux substances égales existaient, Tune devrait nécessairement limiter l'autre et ne pour-

3. Dire ù ce sujet que la nature de la chose exigeait cela [la limitation] et par suite ne pouvait être autrement, c'est ne rien dire ; car la nature d'une chose ne peut rien exiger tant qu'elle n'est pas. Dites-vous que l'on peut voir cependant ce qui appartient à la nature d'une chose qui n'est pas ? Cela est vrai, quant à l'existence, mais non du tout (juant ù l'essence. Et en cela consiste la ditlérence entre créer et engendrer; créer, c'est poser une chose à la fois quant à l'essence et à l'existence, tandis que engendrer se dit quand une chose vient à être seulement quant à l'existence, et c'est pourciuoi il n'y a maintenant pas création dans la .Nature, mais seulement génération. Si donc Dieu crée, il crée la nature de la chose en même temps que la chose ; il serait ainsi malveillant si. le pouvant bien, mais ne voulant pas, il avait créé la chose de telle sorte, (ju'elle ne s'accordât pas avec sa cause en essence et en existence. Ce que nous appelons créer toutefois, on ne peut dire proprement que cela ait jamais eu lieu, et nous avons voulu plutôt montrer ce qu'on peut en dire en établissant la dill'érence entre créer et engendrer.

5'2 COURT THAITÉ

rait par suite pas être infinie, comme nous l'avons démontré auparavant.

(7) Pour ce qui concerne la troisième proposition, à savoir que Vune ne peut produire Vautre, si quelqu'un voulait soutenir le contraire nous lui demandons : si la cause qui devrait produire cette substance a les mêmes attributs que la substance produite ou ne les a pas ?

(8) Le second ne peut être, car du néant ne peut sortir quelque chose. Soit donc le premier. Nous demandons alors : si , dans la substance * qui devrait être cause de celle qui est produite, il y a autant de perfection ou s'il y en a moins ou plus que dans celle qui est produite. Il ne peut y en avoir moins pour les raisons déjà données. Plus, pas davantage : parce qu'en ce cas cette deuxième substance devrait être limitée, ce qui répugne à ce que nous avons déjà démontré. Il y en aura donc autant et ainsi elles seront égales, ce qui manifestement répugne à" notre précédente démonstration.

(9) \in outre, ce qui est créé n'est en aucune façon sorti du Néant, mais doit nécessairement être créé par un être existant; mais que de ce dernier quelque chose ait pu sortir et qu'il ne possède pas moins ce quelque chose après qu'il est sorti de lui, nous ne pouvons le concevoir avec notre entendement.

(10) Enfin, si nous voulons chercher la cause de la substance qui est le principe des choses naissant de son attribut, nous aurons alors à chercher aussi la cause de cette cause, puis la cause de cette nouvelle cause et ainsi à V infini, de sorte que, si nous devons

* Au mot substance le texte hollandais substitue attribut ; selon l'exeinple de W. Meijei , je corrige en tenant compte de la note 3 où la même argumentation est reproduite.

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