‹ Œuvres de SpinozaChapitre 22 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

nécessairement nous arrêter quelque part, comme nous le devons, il est nécessaire de nous arrêtera cette substance unique °.

(11) Pour la quatrième proposition : Il ny a dans r entendement divin d'autre substance ni d'autres attributs que ceux qui existent for me lie ment dans la Nature, nous pouvons la démontrer et la démontrons :

1" Par la puissance infinie de Dieu, attendu qu'il n'y a et ne peut y avoir en lui aucune cause par laquelle il pourrait être mû à créer l'un plus tôt ou plus que l'autre ;

2^ Par la simplicité de sa volonté ;

5** Par cette raison qu'il ne peut omettre de faire ce qui est bon, comme nous le démontrerons ci-après ;

4° Parce qu'il est impossible que ce qui n'est pas actuellement puisse venir à être, attendu qu'une substance ne peut en produire une autre. Et qui plus est : en cas que cela eût lieu, il y aurait infiniment plus de substances non existantes que d'existantes, ce qui serait absurde *.

(12) De tout cela il suit que de la Nature tout est affirmé du tout et qu'ainsi la Nature se compose d'attributs infinis dont chacun en son genre est parfait. Ce qui concorde parfaitement avec la définition qu'on donne de Dieu.

(13) Contre ce que nous venons de dire, à savoir qu'aucune chose n'est dans l'entendement l'infini de Dieu que comme elle est formellement dans la nature,

° Cette substance unique à laquelle appaitiennenl tous les attributs.

* Cette dernière phrase parait intcrj'olée à Freudenthal qui est d'aris de la supprimer purement et simplement. On ne voit pas, en effet, d'où se lire cette conclusion : elle ne se trouve pas d'ailleurs dans le manuscrit B.

54 COUHT TRAITH

quelques-uns veulent argumenter de cette façon : Si Dieu a tout créé il ne peut plus rien créer. Mais qu'il ne puisse plus rien créer répugne à sa toute-puissance. Donc :

(14) Pour ce qui touche le premier point, nous accordons que Dieu ne peut plus rien créer. Et quant au second nous disons reconnaître que, si Dieu ne pouvait pas créer tout ce qui est créable, cela répugnerait à sa toute-puissance, mais non du tout de ne pouvoir pas créer ce qui en soi répugne, comme il répugne de dire qu'il a tout créé et que cependant il pourrait créer encore davantage. Certes, c'est une bien plus grande perfection en Dieu, d'avoir créé tout ce qui était dans son entendement infini, que s'il ne l'avait pas fait et, comme ils disent, ne dût jamais l'avoir pu faire.

(15) Mais pourquoi tant parler à ce sujet ? Ne raisonnent-ils pas eux-mêmes ou ne doivent-ils pas raisonner ainsi ? Si Dieu est omniscient, il ne peut rien savoir de plus, mais, que Dieu ne puisse rien savoir de plus, répugne à sa perfection.

Donc :

Si cependant Dieu a tout dans son entendement et, à cause de son infinie perfection, ne peut rien savoir de plus, pourquoi ne pouvons-nous dire aussi qu'il a produit tout ce qui est dans son entendement et a fait que cela est ou sera formellement dans la nature?

(16) Puis donc que nous savons que tout est pareillement dans l'entendement infini de Dieu, et qu'il n'y a aucune cause pour qu'il ait dû créer ceci avant cela ou plus que cela, et qu'il pourrait avojr tout produit en un instant, voyons donc si nous ne pouvons pas nous servir contre eux des mêmes armes qu'ils emploient contre nous ; savoir :

l'IlEMIKRE PABTIE O»

Si Dieu ne peut jamais tant créer quil ne puisse créer davantage, il ne peut jamais créer ce qu'il peut créer.

Mais, qu'il ne puisse pas créer ce qu'il peut créer, cela est contradictoire.

Donc :

(17)* Les raisons dès lors pour lesquelles nous avons dit que tous ces attributs qui sont dans la nature ne forment qu'un seul être et non, parce que nous pouvons les concevoir clairement et distinctement l'un sans l'autre, des êtres distincts, sont les suivantes.

i" Que nous avons déjà trouvé précédemment qu'il doit exister un être infini et parfait, par quoi on ne peut entendre autre chose qu'un être duquel tout doit être affirmé du tout. Car, à un être qui a une certaine essence, des attributs doivent appartenir et, plus on lui reconnaît d'essence plus on doit lui reconnaître d'attributs, et par suite, si cet être est infini, ces attributs aussi doivent être infinis et c'est précisément là ce que nous appelons un être parfait [B : infini].

2° L'Unité que nous voyons partout dans la nature; or, si dans la nature existaient des êtres distincts '*, il serait impossible que l'un s'unît à l'autre.

3" Qu'en dépit de ce qu'une substance ne peut, nous l'avons vu, en produire une autre, et de ce qu'il est impossible à une substance qui n'est pas, de commen-

4. Nous voulons dire i|ue. s'il existait des substances distinctes ne se rapportant pas à un même être, leur union serait impossible, parce que nous voyons clairement qu'elles n'ont rien de comn)un entre elles : ainsi, la pensée et l'étendue dont cependant nous sommes formés.

• \At paragraphe 17 fait suite au paragraphe \î: los paragraphes 13 à Hi où sont n'-futées certaines objections jipuvent avoir été introduits après coup.

56 COURT TltAITK

cer d'être, nous voyons cependant qu'en aucune substance conçue comme existant à part (et que nous sommes certains cependant qui existe dans la Nature), il n'y a de nécessité d'exister attendu qu'à son essence particulière aucune existence n'appartient •*. Il suit de là nécessairement que la Nature, qui ne provient d'aucune cause, et que nous savons néanmoins qui existe, doit être nécessairement un être parfait auquel appartient lexistence.

(18) De tout ce que nous avons dit jusqu'ici il appert avec évidence que nous affirmons que l'étendue est un attribut de Dieu, ce qui cependant ne semble en aucune façon pouvoir convenir à un être parfait, car, l'étendue étant divisible, l'être parfait se trouverait ainsi formé de parties, ce qui ne saurait du tout s'appliquer à Dieu, parce qu'il est un être simple. En outre, quand l'étendue est divisée, elle pâtit, et cela aussi ne peutavoir lieu en Dieu, car il n'est point sujet à pâtir et

5. C'est-à-dire : si aucune substance ne peut exister autrement qu'en acte, et que cependant, pour aucune, l'existence ne découle de l'essence, aussi longtemps qu'elle est conçue à part, il s'ensuit qu'elle ne peut être une chose qui existe à part, mais doit être une chose telle qu'un attribut d'uiie autre qui est l'être unique ou le tout. Ou encore: toute substance existe en acte et, de l'essence d'aucune conçue en elle-même, aucune existence ne découle : par suite, aucune substance existant en acte ne peut être conçue comme existant en elle-même, mais elle doit appartenir à quelque autre chose. Autrement dit, quand nous formons dans notre entendement l'idée de la pensée et de l'étendue substantielles, nous les concevons dans leur essence seulement, non dans leur existence: nous ne les concevons pas dételle sorte que leur existence découle de leur essence. En démontrant toutefois, qu'elles sont des attributs de Dieu, nous démontrons a priori qu'elles existent, et o posteriori (touchant l'étendue seule), cette existence se déduit des modes qui doivent nécessairement l'avoir pour sujet.

Page 1