‹ Œuvres de SpinozaChapitre 24 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE o · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE o

(22) La division donc ou le pâtir nont lieu que dans le mode; ainsi, quand nous disons que l'homme périt ou est anéanti, cela s'entend seulement de Ihomme en tant qu'il est telle combinaison déterminée et tel mode delà substance et non de la substance .même dont il dépend.

(23) D'autre part, nous avons déjà affirmé, comme nous le dirons encore ci-après, que rien n'existe en dehors de Dieu et qu'il est une cause immanente. Le pâtir cependant, dans lequel l'agent et le patient sont distincts, est une imperfection palpable, carie patient doit nécessairement dépendre de ce qui, étant extérieur à lui, a causé en lui une passion, et cela ne peut arriver en Dieu qui est parfait.

24) De plus, d'un agent de cette sorte qui agit en lui-même on ne peut jamais dire qu'il a l'imperfection d'un patient, parce qu'il n'a point à pâtir d'un autre; ainsi l'entendement, par exemple, est, de l'avis des Philosophes, cause de ses concepts; mais comme il est une cause immanente, qui oserait dire qu'il est imparfait toutes les fois qu'il pâtit de lui-même ?

(25) Enfin la substance, parce qu'elle est le principe de tous ses modes, peut à bien meilleur droit être appelée un agent qu'un patient. Et ainsi estimons-nous avoir répondu suffisamment à toutes objections.

(26) On objecte cependant encore qu'il doit y avoir nécessairement une première cause qui meuve ce corps puisque, étant au repos, il lui est impossible de se mouvoir lui-môme; et, comme il est évident qu'il y a dans la nature du repos et du mouvement, ils doivent nécessairement, pensc-t-on. provenir d'une cause extérieure.

van Vlolen et Land: la leçon du manuscrit A. d..nn(''0 dans le t.'.\le. nie parait incoinpréhensiblo.

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(27) Mais il nous est ici facile de répondre ; car nous concédons que si un corps était une chose subsistant par elle-même et n'avait d'autre propriété que d'être long, large et profond, nous concédons, disons-nous, qu'alors, s'il était réellement au repos, il n'y aurait en lui aucune cause pour qu'il commençât à se mouvoir lui-même : mais nous avons déjà affirmé que la Nature est un être duquel tous les attributs sont affirmés et puisqu'il en est ainsi, il ne peut rien lui manquer pour produire tout ce qui est à produire.

(28) Après avoir parlé jusqu'ici de ce que Dieu est, nous dirons, d'un mot seulement, de ses attributs, que ceux qui nous sont connus consistent dans ces deux, la Pensée et VElendue ; car nous ne parlons ici que d'attributs que l'on puisse vraiment nommer des attributs de Dieu *, par lesquels nous le puissions connaître en lui-même et non comme agissant en dehors de luimême.

(29) Tout ce que les hommes affirment de lui en dehors de ces deux attributs, et qui lui convient réellement, doit donc être ou bien une dénomination extrinsèque : ainsi quand on affirme qu'il subsiste par lui-même, qu'il est Unique, Eternel, Immuable, etc., ou bien se rapporter à ses actions : ainsi quand on dit qu'il est cause de toutes choses, préde'termine et dirige toutes choses. Ce sont là les propres de Dieu mais ils ne font pas connaître ce qu'il est.

(30) Cependant de quelle manière ces attributs peuvent avoir place en Dieu c'est ce que nous montrerons ci-après dans les chapitres qui suivront. Mais, pour

* Leçon de B. A donne : qu'on puisse appeler attributs propres de Dieu [eigene Ei/genaclioppen Gods).

PltEMlÈBE PARTIE 6i

faire mieux entendre et éclaircir davantage 'B : ce que nous voulons dire , nous avons jugé bon de joindre ici les discours suivants consistant en un :

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