‹ Œuvres de SpinozaChapitre 23 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ne peut rien avoir à pàtir d'un autre être, puisqu'il est de tout la première cause efficiente.

(19) Nous répondons à cela :

/"Que le tout et la partie ne sont pas des êtres réels, mais seulement des êtres de raison et que par suite il n'y a dans la Nature'' ni tout ni parties.

2^ Qu'une chose qui est composée de différentes parties doit être telle que ses parties prises en elles-mêmes puissent être pensées et conçues l'une sans l'autre; comme, par exemple, dans une horloge qui est composée de beaucoup de rouages, cordages etautres pièces: là, dis-je, chaque rouage, cordage, etc., peut être saisi et conçu par lui-même, sans que le tout, tel qu'il est constitué par ces parties, soit pour cela nécessaire. De même encore dans l'eau, qui est formée de particules oblongues et droites, chaque partie peut être saisie et conçue, et subsister, sans le tout. Mais de l'étendue, qui est une substance, on ne peut dire qu'elle a des parties puisqu'elle ne peut devenir plus petite ni plus grande, et que nulles de ses parties ne peuvent être conçues séparément, attendu que par sa nature elle doit être

6. Dans la nature, c'est-à-dire dans Tétendue substantielle, cai-, si celle-ci est divisée, son essence et sa nature sont du même eoup anéanties, puisqu'elle consiste uniquement à être une étendue infinie ou un tout, ce qui est la même chose. Mais, direzvous, n'y a-t-il pas des parties dans l'étendue, avantqu'ily ait des modes .' En aucune façon, dis-je. Mais, objectez vous, s'il y a du mouvement dans la matière, ce mouvement doit être dans une partie de la matière, non dans le tout, puisque le tout est infini ; dans quelle direction en etfet pourrait-il se mouvoir, puisque rien n'existe en dehors de lui? C'est donc dans une partie. Réponse : Il n'y a pas de mouvement seul, mais ù la fois du mouvement et du repos, et ce mouvement est dans le tout, et doit y être, car il n'y a pas de partie dans l'étendue. Insistez-vous ? Oui, il y en a. — Dites-moi alors : quand vous divisez l'étendue totale, pouvez-vous détacher réellement de toutes ses parties.

58 COURT THAITÉ

infinie. Qu'elle doive être telle "<*, cela découle encore de ce que, si elle n'était pas telle, mais formée de parties, elle ne serait pas infinie de sa nature comme il a été dit; que d'ailleurs, dans une nature infinie, des parties puissent être conçues, cela est impossible, puisque toutes les parties sont de leur nature finies*.

(20) Ajoutons que, si l'étendue se composait de parties distinctes, on pourrait concevoir, qu'alors que quelques-unes de ses parties seraient anéanties, elle subsistât et ne fût point anéantie par l'anéantissement de quelques parties, ce qui est une contradiction évidente dans une chose qui, par sa nature, est infinie et ne peut jamais être finie et limitée, ni être conçue comme telle.

(21) De plus, pour ce qui touche encore les parties qui sont dans la Nature, nous dirons que la division (ainsi que je l'ai déjà indiqué) n'a pas lieu dans la substance mais toujours et seulement dans les modes de la substance. Ainsi, quand je veux diviser de l'eau, je ne divise jamais que le mode de la substance, non la substance elle-même; cette substance, si diversement qu'elle soit modifiée**, étant toujours la même.

celle que vous en détachez par la pensée" ? Et. cela fait, je demande : qu'y a-t-il entre la partie détachée et le reste ? Il vous faut répondre : ou bien un vide, ou bien un autre corps, ou bien quelque chose qui est de l'étendue elle-même ; il n'y a pas de quatrième partie. Le premier n'est pas, car il n'y a pas de vide qui soit positif sans être un corps. Le second n'est pas. car il y aurait là un mode, et cela ne peut pas être, puisque l'étendue en tant qu'étendue, sans les modes, est avant tous les modes. C'est donc le troisième qui est; il n'existe donc pas de partie, mais seulement l'étendue totale [B: une et indivisible].

° Verstand dans le texte.

'"> Sans parties.

* B : Puisque toutes les parties devTaient être de leur nature infinis (Voir noteexpl.).

** Leçon de B ; suivie par Sigwart. donnée en note dans l'édition

Page 1