PREMIÈRE PARTIE
de telle façon qu'elle ne peut sans cette dernière exister ni être conçue.
(7) < Et de toutes ces idées qu"a chacun nous formons un tout ou, ce qui est la même chose, un être de raison que nous appelons Entendement * > . Tu vois bien maintenant qu'en dépit de l'union de cette nouvelle idée à la précédente, aucun changement ne survient dans l'essence de cette dernière, mais qu'au contraire elle reste sans le moindre changement. Tu peux aussi le voir au sujet de chaque idée qui, en elle-même, produit de l'amour; car cet amour n'a en aucune façon pour effet que l'essence de cette idée s'accroisse.
(8; Mais à quoi bon accumuler tant d'exemples puisque tu peux le voir toi-même clairement dans ce qui est figuré par les exemples et est l'objet même de notre discours. J'ai dit distinctement que tous les attributs, qui ne dépendent d'aucune autre cause et pour la définition desquels nul genre n'est nécessaire, appartiennent à l'essence de Dieu, et, comme les choses créées ne peuvent former un attribut, elles n'accroissent pas non plus l'essence de Dieu, si étroite que soit leur union avec lui.
(9) Ajoute encore que le Tout est seulement un être de Raison et ne diffère du gênerai qu'en ceci seulement que le général est formé d' individus distincts tion réunis et le Tout d'individus réunis, et en ceci encore que le général ne comprend que des parties du même genre^ tandis que le tout comprend des parties du ynême genre et d^un autre genre.
(10) Erasme. — Pour ce qui concerne ce point tu
* Celte phrase est mise entre crochets par van Vloten et Laud. Elle parait en effet interpolée-
m'as satisfait. Mais, en outre, tu as dit encore que V effet d'une cause interne ne peut pas périr aussi longtemps que dure sa cause; ce que je vois bien qui est certainement vrai ; mais s'il en est ainsi, comment Dieu peut-il encore être cause interne de toutes choses alors que beaucoup d'entre elles périssent? Je dirais bien, selon la distinction précédemment établie, que Dieu est proprement cause de ces effets seulement qu'il a produits imme'diatement par ses' seuls attributs^ sans autres circonstances^ et que ceux-là ne peuvent périr aussi longtemps que dure leur cause; que par contre, tu n'appelles pas Dieu cause interne des effets dont l'existence ne dépeni pas de lui imme'diatenienl mais qui sont provenus d'autres choses quelconques [sauf en tant que leurs causes n'agissent pas et ne peuvent agir sans Dieu ou en dehors de lui) et peuvent périr précisément parce qu'elles ne sont pas produites immédiatement par Dieu.
(11) Cela cependant ne me satisfait pas ; car je vois que tu conclus que l'entendement humain est immortel parce qu'il est un effet que Dieu en lui-même a produit. Il est impossible alors que, pourla production d'un tel entendement, quelque chose de plus soit nécessaire que seulement les attributs de Dieu; car, pour qu'il soit un être d'une si éminente perfection, il faut, qu'aussi bien que toutes les autres choses dépendant de Dieu immédiatement, il soit créé de toute éternité. Et si je ne me trompe je te l'ai entendu dire. Et cela étant ainsi, comment l'éclairciras-tu sans laisser subsister de difficultés?
(12) Théophile. — Il est vrai, Erasme, que lesclioses qui n'ont besoin de rien d'autre pour exister que, seulement, les attributs de Dieu, sont créées de toute éter-