‹ Œuvres de SpinozaChapitre 35 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tence une cause déterminée et assurée, ce quelque chose doit être nécessairement. Mais il est contradictoire que quelque chose soit à la fois contingent et nécessaire.

Donc :

(3) Quelqu'un dira peut-être que quelque chose de contingent, s'il n'a pas une cause déterminée et assurée, peut en avoir une contingente. S'il en était ainsi, cela devrait être ou bien au sens divisé ou bien au sens composc\ savoir : ou bien la cause est contingente, en tant qu'elle existe, non en tant qu'elle est cause; ou bien ce qui est contingent, c'est qu'une chose, qui elle-même peut être nécessairement dans la nature, devienne cause que quelque chose de contingent soit produit. Mais l'un et l'autre sont faux.

Pour ce qui est du premier : si quelque chose est contingent parce que sa cause est contingente, alors cette cause doit être elle-même contingente parce que la cause qui l'a causée est aussi contingente, et ainsi à tin fini.

Et, puisqu'il a été démontré auparavant que tout dépend d'une cause [unique, il faudrait donc que cette cause aussi fût contingente, ce qui est évidemment faux.

Et pour ce qui touche le second parti : si cette cause n'était pas plus déterminée à produire ceci ou cela, c'est-à-dire la chose supposéecontingente, qu'à s'abstenir delà produire, il serait également impossible qu'elle la produisît et qu'elle s'abstînt de la produire, ce qui est directement contradictoire.

(4) Pour ce qui est maintenant de la deuxième question posée par nous plus haut, à savoir : qu'zï n'est dans la Nature aucune chose dont on ne puisse demander I. 5*

82 COUnT TRAITE

pourquoi elle existe^ nous avons voulu faire connaître par là qu'il nous faut toujours rechercher par quelle cause une chose existe; car, si elle n'avait pas de cause, il serait impossible qu'elle fût.

Cette cause donc, nous avons à la chercher ou bien dans la chose elle-même ou en dehors d'elle. Si cependant Ton s'enquiert de la règle pour faire cette recherche, nous dirons qu'il semble qu'aucune ne soit nécessaire. Car si l'existence appartient à la nature de la chose, il est certain que nous ne devons pas chercher sa cause en dehors d'elle ; mais s'il n'en est pas aînsi, nous devons toujourschercher la cause en dehors d'elle. Comme maintenant le premier cas ne se rencontre qu'en Dieu, il est démontré par là (comme nous l'avons déjà démontré plus haut) que Dieu seul est cause première de tout.

(5) Et de là il suit encore avec évidence que telle ou telle volonté de l'homme (car l'existence de la volonté n'appartient pas à son essence) doit aussi avoir une cause extérieure par laquelle elle est causée nécessairement, ce qui se voit aussi clairement par tout ce que nous avons dit dans ce chapitre et se verra encore plus clairement quand, dans la deuxième partie, nous aurons parlé et traité de la liberté de l'homme.

(6) D'autres objectent à tout cela : comment est-il possible que Dieu, de qui l'on dit qu'il est souverainement parfait et qu'il est la cause unique de tout, l'ordonnateur et le pourvoyeur universel, permette que néanmoins une telle confusion soit visible dans la Nature et aussi pourquoi n'a-t-il pas créé rhomme de façon quil ne puisse pécher ?

(7) Pour ce qui touche la première objection à savoir quil y a de la confusion dans la Nature^ on n'a pas le

Page 1