PREMIÈRE PARTIE
droit de l'affirmer, attendu qu'à personne toutes les causes ne sont connues de façon à en juger. Cette objection provient toutefois de ce défaut de connaissance consistant à former des idées générales avec lequelles on croit que les êtres particuliers doivent s'accorder pour être parfaites.
Ces Idées, à ce qu'ils prétendent en outre, seraient dans l'entendement de Dieu ; ainsi beaucoup de sectateurs de Platon ont dit que ces Idées générales comme Raisonnable, Animal [B : Animal Raisonnable] et autres semblables ont été créées par Bieu. Et bien que les sectateurs d'Aristote disent que ces choses ne sont pas des êtres réels mais seulement des êtres de Raison, elles sont souvent cependant considérées par eux comme des choses [réelles], puisqu'ils ont dit clairement que la protection divine ne s'étendait pas sur les êtres particuliers, mais seulement sur les espèces; que Dieu par exemple n'a jamais étendu sa protection sur Bucéphale, etc., mais bien sur toute l'espèce des chevaux. Ils disent aussi que Dieu n'a pas de connaissance des choses particulières et passagères, mais seulement des générales qui d'après leur opinion sont immuables. Mais nous avons le droit de considérer * cela en eux comme une ignorance, attendu que seules les choses particulières ont une cause et non les générales, car ces dernières ne sont rien.
* L'édition van Vloteu et Land donne ici : Dog wy liehben dit met retjt in haar voor een onwet/mheid aangemerkt, ])iiis ajoute outre crochets : [B : aan te merken]. Si{,'wart traduit: Doch wir haben daa mit Recbl an ilinen fiir Unwissenheit angeselun Cnous avons à bon dioit comidéré cela en eux comme de Tignorance). Busse a voulu conclure de là que Spinoza renvoyait aux Pensées il étaphy tique* où il traite la question des universaux.
Il parait beaucoup plus naturel d'adopter, comme je l'ai fait, la leçon de B.
Dieu est ainsi cause et protecteur des choses particulières. Si donc les choses particulières devaient se conformer à une autre Nature, elles ne pourraient alors se conformer à leur propre nature et ne pourraient par suite être ce qu'elles sont vraiment. Par exemple, si Dieu avait créé tous les hommes tels qu'Adam avant la chute, il n'aurait cependant créé qu'Adam et non Pierre ou Paul; tandis qu'au contraire la perfection de Dieu consiste en ce qu'il donne à tous les êtres, des plus petits aux plus grands, leur essence ; ou pour mieux dire qu'il a tout parfait en lui-même.
(8) Quant à la deuxième objection : pourquoi Dieu n'a-t-il pas créé les hommes de façon qu'ils ne puissent pécher ? notre réponse sera que tout ce qui est dit du péché l'est à notre point de vue, de même que quand nous comparons deux choses l'une à l'autre, ou différents aspects de la même * ; par exemple, quand quelqu'un a fait avec exactitude une montre, pour qu'elle sonne et indique les heures, si cet ouvrage s'accorde bien avec le dessein de l'Artisan, on dit alors qu'il est bon, et s'il n'y est point conforme, on dit alors qu'il est mauvais; sans avoir égard à ce que, même dans ce cas, il pourrait aussi être bon, si le dessein de l'artisan avait été de faire la montre ainsi détraquée et ne sonnant pas à l'heure.
(9) Nous concluons en disant que Pierre doit s'accorder avec l'Idée de Pierre comme il est nécessaire et non avec l'idée de Y Homme, et que ** bien et mal ou péché ne sont pas autre chose que des modes de penser
* Je fais ici la correction au texte indiquée par Sigwart, d'après le manuscrit B.
** Le mot que (dat) a été transposé dan^ le manuscrit A ; je le remets à la place qu'il a dû occuper.