‹ Œuvres de SpinozaChapitre 44 sur 204 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

(3) Si donc l'on dit qu'une chose est bonne, cela ne signifie rien sinon qu'elle s'accorde avec l'Idée générale que nous avons des choses de cettesorte. Or, comme nous l'avons déjà dit auparavant, les choses doivent s'accorder avec leur Idée particulière, dont l'essence doit être une essence parfaite" et non avec la générale parce qu'alors elles n'existeraient nullement.

(4) Quant à la confirmation de ce que nous venons de dire, la chose est claire selon nous ; néanmoins pour conclure sur ce qui précède, nous ajouterons encore les preuves suivantes :

Tous les objets qui sont dans la Nature sont ou des choses ou des effets. Or le bien et le mal ne sont ni des choses ni des effets. Donc aussi le bien et le mal n'existent pas dans la Nature.

Car, si le bien et le mal sont des choses ou des effets, ils doivent avoir leur définition. Mais le bien et le mal, comme, par exemple, la fuite de Pierre et la malice de Judas, n'ont aucune définition en dehors de l'essence de Pierre ou de Judas, car celle-là seule est dans la Nature, et ne peuvent pas être définis indépandemment de l'essence de Pierre ou de Judas.

Il suit de là, comme plus haut, que le bien et le mal ne sont ni des choses ni des effets qui soient dans la Nature.

" Traduction liUérale du texte: Welkers wezeneen volmaakte wezentheid moet xijn. Je pense que wezen ici désigne l'essence formelle objet de l'idée (idealuni ideae) et que par volmaakte wezentheid, il faut entendre une essence ri'ellt ou véritable. Spinoza dit d'ailleurs . per realitntem et perfectionem idim inlelligo {Eth., II, def. 6. Cf. la tin du chap. vi ci-dessus). Etant donné le noininalisme de Spinoza, le sens nest pas douteux : il n'y a point d'essence formelle correspondant à une idée générale.

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