‹ Œuvres de SpinozaChapitre 61 sur 204 · DE L'ESPÉRANCE ET DE LA CRALME · texte numérisé non relu

DE L'ESPÉRANCE ET DE LA CRALME

(1) De l'Espérance et de la Crainte, de la Sécurité, du Désespoir et de la Fluctuation, du Courage, de l'Audace et de rÉmulation, de la Pusillanimité et de la Consternation B : et enfin de la Jalousie , nous commencerons maintenant à parler ; nous les prendrons, selon notre habitude, l'une après l'autre et nous montrerons lesquelles de ces passions^ sont pour nous des entraves, lesquelles des auxiliaires.

Nous pourrons faire tout cela très facilement, pourvu que nous prenions garde aux idées que nous avons d'une chose à venir, qu'elle soit bonne ou mauvaise.

(2) Les idées que nous avons concernant la chose elle-même sont que :

P Ou bien la chose est considérée par nous comme contingente, c'est-à-dire comme pouvant arriver ou ne pas arriver.

2° Ou bien elle doit arriver nécessairement.

Voilà ce qui est relatif à la chose elle-même.

A l'égard de celui qui a l'idée de la chose nous concevons que, ou bien il doit faire quelque chose pour amener la venue de la chose ou quelque chose pour l'empêcher.

(3) De ces idées naissent toutes ces affections de la manière suivante :

Si, d'une chose à venir, nous admettons qu'elle est bonne et qu'elle peut arriver, l'âme reçoit en elle cette forme que l'on nomme espérance et qui n'est pas autre chose qu'une certaine sorte de joie, mêlée cependant à quelque tristesse.

Si, au contraire, nous jugeons que la chose qui peut arriver est mauvaise, alors pénètre dans notre âme la forme que nous nommons crainte.

Si cependant nous concevons la chose comme bonne et avec cela comme devant arriver nécessairement, de cette idée naît dans l'âme ce repos que nous nommons sécurité; qui est une certaine sorte de joie non mêlée de tristesse comme l'est l'espérance.

Mais, si nous concevons la chose comme mauvaise et comme devant arriver nécessairement, cela fait naître dans l'âme le désespoir ; qui n'est pas autre chose qu'une certaine sorte de tristesse.

(4) Ayant parlé jusqu'ici des passions qui sont contenues dans ce chapitre, en ayant donné des définitions sous forme affirmative et ayant dit ainsi ce qu'est chacune d'elles, nous pouvons aussi inversement les définir de façon négative : nous espérons que le mauvais ne viendra pas ; nous craignons que le bon ne vienne pas ; nous sommes sûrs que le mauvais ne viendra pas et nous sommes desespérés de ce que le bon ne doive pas venir.

(5) Après avoir ainsi parlé des passions qui naissent des idées se rapportant à la chose elle-même, parlons maintenant des passions naissant des idées qui se rapportent à celui qui conçoit la chose, savoir :

Quand il faut faire quelque chose pour produire la venue d'une chose et que nous ne pouvons prendre de résolution à ce sujet, l'âme reçoit en elle une forme que nous nommons fluctuation.

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