DEUXIÈME PARTIE
Mais, si l'àme résout virilement raccomplissement d'une chose et qu'elle puisse être produite, on appelle cela du courage.
Et, si la chose est difficile à accomplir, c'est ce qu'on appelle inlréjnditë ou audace.
Si cependant quelqu'un résout Taccomplissement d'une chose, parce qu'une autre l'a faite devant lui et que cela lui a bien réussi, on appelle cela émulation.
Si quelqu'un sait ce qu'il doit craindre, pour amener la venue d'une chose bonne, ou en empêcher une mauvaise et ne le fait cependant pas, c'est ce qu'on nomme pusillanimité et, quand elle est très grande, on la nomme consfenintiou.
Enfin la Jalousie est le souci que l'on a de pouvoir garder ce qu'on a acquis et d'en jouir seul.
;6^ Maintenant que nous savons d'où naissent ces affections, il nous sera très facile de montrer lesquelles d'entre elles sont bonnes et lesquelles mauvaises.
Pour l'Espérance, la Crainte, la Sécurité, le Désespoir et la Jalousie, il est certain que ces passions naissent d'une opinion mauvaise; car, ainsi que nous l'avons précédemment démontré, toutes choses ont leurs causes nécessaires et, par suite, doivent aussi arriver nécessairement comme elles arrivent. Et, bien que la Sécurité et le Désespoir semblent se placer dans l'ordre et la suite infrangible des causes [B : ou tenir pour établie l'impossibilité de les modifier^ il en est tout autrement quand on se rend bien compte de ce qu'elles sont ; jamais il n'y a de Sécurité ou de Désespoir qu'il n'y ait eu auparavant Espérance ou Crainte (et c'est de ces dernières passions que les susnommées tiennent leur être); c'est ainsi que, par exemple, si quelqu'un tient pour bon ce qu'il a encore à attendre.
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il reçoit en son âme la forme que nous nommons Espérance; et, quand il est assuré d'atteindre au bien présumé, l'âme gagne le repos que nous appelons Sécurité. Et il faut dire du Désespoir la même chose que nous avons dite de la Sécurité. D'après ce que nous avons dit de l'Amour cependant, ces passions ne peuvent trouver place dans l'homme parfait, attendu qu'elles présupposent des choses auxquelles, en raison de leur nature soumise au changement (comme nous l'avons observé dans la définition de l'Amour) nous ne devons pas nous attacher, et pour lesquelles (comme il a été démontré dans la définition de la Haine) nous ne devons avoir aucune aversion ; à cet attachement cependant et à cette aversion l'homme qui a ces passions est sujet.
(7) Pour la Fluctuation, la Pusillanimité et la Consternation, elles font connaître leur imperfection par leur propre nature ou manière d'être; car tout ce qu'elles font à notre avantage n'est pas un effet de leur nature, sinon d'une façon négative; si, en effet, quelqu'un espère quelque chose qu'il tient pour bon et qui cependant n'est pas bon et que, par sa fluctuation ou sa pusillanimité, il manque du courage nécessaire pour l'exécution, il n'est affranchi du mal qu'il tenait pour un bien que négativement et par accident. Et, par suite, ces passions non plus ne peuvent en aucune façon trouver place dans un homme qui est conduit par la vraie Raison.
(8) Pour le Courage, l'Intrépidité et l'Emulation il n'y a rien à en dire sinon ce que nous avons déjà dit de l'Amour et de la Haine.