DEUXIÈME PARTIE
s'accorde mieux avec la chose que l'idée de l'autre? et d'où vient enfin que l'un se trompe et l'autre non?
(3) Ce qui sert ici en premier lieu de réponse, c'est que les choses claires par-dessus toutes ne se font pas seulement connaître elles-mêmes, mais font aussi connaître la fausseté, de sorte que ce serait grande folie de demander : comment on en prend conscience? Car, puisqu'elles sont claires par-dessus toutes, il ne peut pas y avoir d'autre clarté, par laquelle elles puissent être rendues plus claires.
Il suit de là que la vérité se fait connaître elle-même et fait aussi connaître la fausseté, mais que jamais la fausseté n'est reconnue et démontrée par elle-même*. Celui donc qui a la vérité, ne peut douter qu'il l'a; celui, par contre, qui est plongé dans la fausseté ou l'erreur peut bien s'imaginer qu'il est dans la vérité; comme quelqu'un qui rêve peut bien penser qu'il veille, mais jamais quelqu'un qui veille ne peut penser qu'il rêve.
Par ce qui vient d'être dit s'explique aussi en une certaine mesure ce que nous disions : que Dieu est la vérité ou que la vérité est Dieu même.
(4) Quant à la cause pour laquelle l'un a de sa vérité une conscience plus grande que l'autre, c'est que l'idée qui affirme "^ou nie] s'accorde entièrement fdans le premier] avec la nature de la chose et est conséquemment plus riche en essence.
I*our mieux concevoir cela, il faut observer que !e Connaître (bien que le mot ait un autre son) est un pur pâtir; c'est-à-dire que notre àme est modifiée en
Je supprime dans ceUe phrase les iuot.i mis entre crochets par vaii ten et I^and-
Vloten et Land
telle sorte qu'elle reçoive en elle d'autres modes de penser qu'auparavant elle n'avait pas. Si donc quelqu'un reçoit en lui une forme ou un mode de penser à la suite d'une action exercée sur lui par l 'objet tout entier, il est clair qu'il a un tout autre sentiment de la forme et de la nature de cet objet qu'un autre n'ayant pas eu autant de causes et mû par une action autre et plus légère à aftirmer ou à nier, puisqu'il a perçu l'objet par un petit ou moindre nombre d'attributs lui appartenant.
(6) On voit par là la perfection de celui qui est dans le Vrai, si on l'oppose à celui qui n'y est pas ; car tandis que l'un est facilement modifié, l'autre ne l'est pas facilement, d'où suit que l'un a en lui plus de constance et d'essence que l'autre. De plus, ces modes de penser, qui s'accordent avec la chose, ayant eu plus de causes ont aussi en eux plus de constance et d'essence, et, puisqu'ils s'accordent entièrement avec la chose, il est impossible qu'ils soient à aucun moment affectés autrement par elle, ou subissent aucun changement; d'autant que, comme nous l'avons vu précédemment, l'essence d'une chose est immuable. Rien de tout cela n'a lieu dans la fausseté. Et par ce qui vient d'être dit, il a été suffisamment répondu à la question posée ci-dessus.