‹ Œuvres de SpinozaChapitre 78 sur 204 · DE LXTILITÉ DE CE QUI PRÉCÈDE · texte numérisé non relu

DE LXTILITÉ DE CE QUI PRÉCÈDE

(1) Nous voyons donc que Thomme, comme étant une partie de f ensemhle de la Nature, de laquelle il dépend et par laquelle il est aussi gouverné, ne peut rien faire de lui-même pour son salut et la santé de son âme. Voyons donc maintenant quelle sorte d'utilité peut provenir pour nous de ces propositions que nous soutenons; d'autant que, nous n'en doutons pas, elles paraîtront fort choquantes à plusieurs.

(2) Kn premier lieu, il s'ensuit que nous sommes en vérité serviteurs et, je dirai, esclaves de Dieu et que c'est notre plus grande perfection de l'être nécessairement. Car, si nous étions réduits à nous-mêmes et ne dépendions pas ainsi de Dieu, il y aurait bien peu de choses ou même il n'y aurait rien que nous pussions accomplir, et nous trouverions à bon droit dans cette impuissance une cause d'affliction ; tout au contraire de ce nous voyons maintenant, à savoir : que nous dépendons de ce qui est le plus parfait de telle façon que nous soyons une partie du tout, c'est-à-dire de luimême, et contribuons en quelque sorte à l'accomplissement dautant d'œuvres habilement ordonnées et parfaites qu'il en est qui dépendent de lui.

(3) En second lieu, cette connaissance fait aussi que.

si nous avons accompli quoi que ce soit d'excellent, nous ne nous enorgueillissons pas à ce sujet (cet enorgueillissement est cause que, pensant être quelque chose de grand et n'avoir besoin de rien de plus, nous restons au point où nous sommes, par où nous allons précisément à l'encontre de notre perfection, laquelle consiste à nous efforcer toujours de progresser davantage) ; mais, au contraire, attribuons à Dieu tout ce que nous faisons, puisqu'il est la première et unique cause de tout ce que nous accomplissons et exécutons.

(4) En troisième lieu, cette connaissance, outre l'amour véritable du prochain qu'elle fait pénétrer en nous, nous dispose de telle sorte que nous ne haïssions jamais et ne soyons jamais irrités contre lui, mais, au contraire, portés à le secourir et à le mettre en meilleure situation ; et toutes ces manières d'agir sont celles d'hommes qui ont une grande perfection ou essence.

(5) En quatrième lieu, cette connaissance sert aussi à l'accroissement du Bien Commun ; car par son moyen jamais un juge ne pourra avoir plus de partialité pour l'un que pour l'autre ; et, s'il lui faut punir l'un et récompenser l'autre, il le fera dans le dessein d'aider et d'améliorer l'un autant que l'autre.

(6) En cinquième lieu, cette conaaissance nous affranchit de la Tristesse, du Désespoir, de l'Envie, de la Frayeur et d'autres passions mauvaises, qui, ainsi que nous le dirons plus loin, sont elles-mêmes le véritable enfer.

(7) En sixième lieu, cette connaissance nous conduit aussi à ne pas craindre Dieu, comme d'autres ont peur à la pensée que le Diable, qu'ils ont imaginé, pourrait leur faire quelque mal. Comment en effet craindrions-

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