DEUXIÈME PARTIE
(5) Comme, d'autre part, la nature entière est une seule substance dont Tessence est infinie, toutes choses sont par la Nature unies en une seule, savoir Dieu ; et le corps, étant la première chose que perçoit notre âme (puisque, ainsi que nous l'avons dit, il ne peut rien exister dans la Nature dont il n'y ait une Idée dans la chose pensante, laquelle Idée est l'âme de cette chose) doit être nécessairement la première cause de cette Idée"^. Puisque toutefois cette idée ne peut trouver de repos dans la connaissance du corps, sans passer à la connaissance de l'être sans lequel ni le corps ni l'idée elle-même ne peuvent exister ni être conçus, elle sera unie à cet être par l'amour aussitôt après qu'elle l'aura connu.
(6) Pour concevoir cette union le mieux possible et déduire ce qu'elle doit être, il faut considérer l'effet que produit l'union avec le corps; car là nous voyons comment, par la connaissance des choses corporelles et les affections qui s'y rapportent, se produisent en nous tous les effets que nous percevons constamment dans notre corps par le mouvement des esprits animaux; et, si notre connaissance et notre amour viennent à tomber sur cet être sans lequel nous ne pouvons ni exister, ni être conçus, et qui n'est aucunement corporel, les effets aussi qu'aura en nous une telle union seront et devront être incomparablement plus grands et plus magnifiques, puisqu'ils doivent
2. C'est-à-dire : notre âme, en tant qu'idée du corps tient à la vérité de lui son essence; toutefois, aussi bien en totalité que dans chacune de ses parties, elle n'en est qu'une représentation dans la chose pensante *
* Celte note qu i ne se trouve pas dans l'èdilion van Violon et Land parait être quelque glose ajoutée par un lecteur.
s'accorder toujours avec la nature des choses auxquelles nous sommes unis.
(7) Et, quand nous percevons de tels effets, nous pouvons dire en vérité que nous naissons encore une fois ; car noire première naissance a eu lieu alors que nous nous sommes unis au corps, par où tels effets et mouvements des esprits animaux se sont produits, mais cette autre et seconde naissance aura lieu quand nous percevrons en nous de tout autres effets de l'amour, grâce à la connaissance de cet objet immatériel ; effets qui diffèrent des premiers autant que diffère le corporel de rincorporel, l'esprit de la chair. Cela peut d'autant mieux être appelé une Régénération que de cet Amour et de cette Union seulement peut suivre une stabilité Eternelle et inaltérable, ainsi que nous le montrerons.