DE LA CONNAISSANCE VRAIE, DE LA RÉGÉNÉRATION
(1) Puis donc que la Raison n'a pas le pouvoir de nous conduire à la santé de Tâme, il reste à examiner si nous pouvons y parvenir par le quatrième ctdernif^r mode de connaissance. Nous avons dit d'ailleurs que cette sorte de connaissance ne se tire pas d'autre chose, mais naît de ce que l'objet lui-même se manifeste immédiatement à l'entendement et, si cet objet est magnifique et bon l'âme lui sera nécessairement unie comme nous l'avons dit du corps.
(2) Il suit de là, sans contredit, que c'est la connaissance qui est cause de l'amour, de sorte que, si nous apprenons à connaître Dieu de cette façon, nous devons nécessairement nous unir à lui puisqu'il ne peut se manifester et être connu de nous autrement que comme souverainement magnifique et souverainement bon, et dans cette union seule consiste notre félicité.
Je ne dis pas que nous devions le connaître tel qu'il est[B : ou adéquatement! ; mais il suffit, pour être unis à lui, que nous le connaissions en quelque mesure; de même que la connaissance que nous avons du corps n'est pas telle que nous le connaissions tel qu'il est
OU parfaitement, et cependant quelle union! Quel
amour
(3j Que la quatrième sorte de connaissance, qui est la connaissance de Dieu, n'est pas une conséquence tirée d'autre chose mais est immédiate, c'est ce qui ressort avec évidence de ce que nous avons démontré précédemment, à savoir qu'il est la cause de toute connaissance, laquelle cause n'est connue que par ellemême et ne l'est par aucune autre chose, et aussi de ce que nous sommes par nature tellement unis à lui que nous ne pouvons sans lui ni exister ni être conçus ; et par suite, puisque entre Dieu et nous il y a une si étroite union, il est donc évident que nous ne pouvons le connaître qu'immédiatement.
(4) Nous nous efforcerons maintenentde rendre plus claire cette union que par nature et par amour nous avons avec Dieu.
Nous avons dit précédemment qu'il ne peut rien exister dans la Nature, dont une idée ne soit dans l'âme de cette chose \ et, suivant que la chose est ou plus ou moins parfaite, l'union de cette idée avec la chose ou avec Dieu même et son effet ° sont aussi plus ou moins parfaits.
1. Par là s'explique en même temps ce que nous avons dit dans la première partie à savoir que l'entendement infini, que nous appelions le fils de Dieu, doit être de toute éternité dans la nature; car, puisque Dieu a été de toute éternité, son idée aa«si doit être dans la chose pensante ou en lui-même éternellement ; laquelle idée s'accorde objectivement avec lui.
" Je traduis le texte donné par van Vloten et Land, mais il m'est difficile de ne pas le croire altéré ; le sens du passage me semble être le suivant : ii n'existe dans la nature aucune chose dont il n'y ait une idée dans la chose pensante (ou en Dieu en tant qu'il possède l'attribut de la pensée), et suivant que la chose est plus ou moins parfaite, l'union de cette idée avec la chose pensante et son effet en elle sont aussi plus ou moins parfaits.