‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 13 sur 62 · APOSTILLE · texte numérisé non relu

APOSTILLE

1° Pour Texplication de TEvangile. examiner ces mots : « Son » Père et sa Mère étaient dans l'admiration '!). » Et moi je m'étonne davantage d'une telle admiration. 0 Marie, ne saviez-vous pas qu'il est Dieu? Est-il donc étonnant qu'il soit adoré par des anges et par des rois? Ce qui m'étonne, c'est devoir l'enfantement ainsi publié, c'est de voir qu'il soit annoncé à des bergers et qu'on le laisse ignorer aux docteurs de la loi et aux sages du peuple.

2° « Et Siméon les bénit. » Comment a-t-il pu bénir le Roi de gloire? Car suivant l'Apôtre : « C'est au supérieur de bénir l'infé- » rieur (2'?» Mais cette bénédiction était une louange du Seigneur ; le vieillard loua Dieu dans son Fils qui venait de naître selon la chair. — Ou bien, dire que l'Esprit-Saint inspira Siméon, car il ne dédaignait pas d'être béni par l'homme, celui qui venait servir l'homme.

3° « Celui-ci est pos^' pour la rume ». « Dieu pourtant veut que » tous les hommes soient sauvés (3)». Comment donc celui-ci estil posé comme une pierre d'achoppement et de ruine? Quand les disciples voulaient faire descendre le feu sur une ville, le Seigneur leur dit : « Vous ne savez pas à quel Esprit vous appartenez '^i] », c'est-à-dire, vous ne savez pas combien l'Esprit divin est tendre et

(1) S. Luc, 11, 33. - (2) Hébr., vu, T. - (3) I Tim.. ii, 4. - S. Luc, IX, 55.

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miséricordieux. « Le Fils de Ihomme ii'esl pas veuu perdre les âmes, il est venu les sauver. Dans quel sens le Sauveur est-il donc posé pour la ruine? Réponse. Il n'est venu que pour la résurrection ; mais des aveugles se sont heurtés contre la lumière. « La » lumière a brillé dans les ténèbres, mais les ténèbres ne l'ont pas » comprise y\]. » Saint Thomas : Grande est la malice de ceux qui, à l'occasion du bien, deviennent pires. La liberté est un bien et à l'occasion de la liberté plusieurs deviennent coupables ; la science est un bien et à l'occasion de la science plusieurs s'enflent d'orgueil ; la charge pastorale est un bien et pour plusieurs elle est une cause de ruine ; c'est ainsi que les méchants trouvent leur ruine dans le bien. L'Apôtre la dit: «La loi est sainte, le commandement » est saint, juste et bon ; donc cequiestbon est devenu pour moi la » mort '2 . » La loi est bonne, le commandement est saint ; mais ce qui avait été établi pour la vie, s'est trouvé pour moi établi pour la mort. Il en est de même du Christ: il ne travaillait par lui-même à la ruine de personne; mais, en se heurtant contre lui. plusieurs sont tomT3és, qui peut-être sans cela ne seraient pas tombés. Il nous l'a dit expressément :« Si je n'étais pas venu, ils n'auraient pas de péché (3;. » L'Apôtre dit de lui-même : « Nous sommes une bonne » odeur ; » mais remarquez ce qui suit : « Pour les uns une odeur de >) mort pour la mort, pour les autres une odeur de vie pour la » vie (4). » L'odeur du platane est saine et pourtant elle tue les serpents. Le Seigneur a dit de lui-même : « Je suis venu en ce w monde pour le jugement, afin que ceux qui ne voient point » voient, et que ceux qui voient ne voient pas [6]. » Comment, Seigneur 1 et quels sont ceux qui ne voient pas? L'Apôtre ne voyait pas, quand il disait : « Je sais que le bien n'habite pas en » moi (6). » Le Pharisien voyait beaucoup au contraire, quand il disait r « 0 Dieu, je vous rends grâce de ne pas être comme le n reste des hommes, voleurs, injustes, adultères j]. » Le publicain

(1) S. Je .n. 1, 5. — '2) Rom., vu, 12. - (3) S. Jean, xv, 22. — (4) II Cor., Il, 15. ~ (5; S. Jean, ix, 39. - (6) Rom.; vu. 18. — (7) S. Luc, xviii, 11.

64 DIMA.NCHE DANS LOCTAVE DE NOËL

n'osait lever les yeux de terre, il ne se voyait pas, aussi fut-il éclairé, car « il descendit justifié dans sa maison. »

Voulez-vous voir comment certains hommes se heurtaient contre la pierre vivante? écoutez le Sauveur disant : « Ma chair est vrai- » ment une nourriture (1). » Cette parole est vérité et vie, et pourtant quelques-uns disent: « Cette parole est dure et qui pourra Ten- » tendre? » Ils se heurtaient contre la pierre vivante dont parle Isaïe : " Révérez le Seigneur, le Dieu des armées ; ne craignez, ne » redoutez que lui seul. Il sera pour vous un sanctuaire et pour les » deux maisons d'Israël une pierre de chute et de scandale ; il sera » un piège pour Jérusalem et il entraînera sa ruine, et la multitude » heurtera contre lui, et elle tombera, et elle sera brisée, et elle » s'embarrassera et restera captive '2\ » Remarquez ces paroles : « pour les deux maisons d'Israël une pierre de scandale, » c'est-àdire, ainsi que nous enseigne la Glose, pour les Pharisiens et pour les Scribes. « Et celui qui tombera sur celte pierre sera brisé, et » elle écrasera celui sur qui elle tombera (3). » Celui qui, par son incrédulité, et tombera sur cette pierre sera brisé : elle écrasera celui sur qui elle tombera au jour du jugement.

4« " Il y avait aussi une prophétesse nommée Anne... et.surve- » nant au même instant, elle louait le Seigneur et parlait de l'En- » fant à tous ceux qui attendaient la délivrance d'Israël. » L'Evangile ne nous fait point connaître les paroles de la prophétesse Anne, parce que. suivant la défense de l'Apôtre : « Il n'est pas permis à une M femme d'enseigner, ni de dominer son mari '4\ » Remarquez la raison de cette défense de l'Apôtre, et vous trouverez que, lorsque la femme voulut donner un conseil, elle égara son mari. Car, ditil, ce ne fut pas l'homme qui fut trompé, ce fut la femme. « Adam . » ne fut point séduit, mais la femme, ayant été séduite, tomba dans >) la prévarication. » — « Ni dominer. » Pourquoi? Parce que l'homme ne fût pas tiré de la femme, c'est la femme qui fut tirée de l'homme. « Adam fut créé le premier, ensuite la femme (o). »

3° « Il sera un signe que Ton contredira ». Les Pharisiens et les

(1) S. Jean, vr, 56. — '2) Isaïe, vm, 1-3, - (3) S. Matlh , xxi, 44. — U) I Tim.. Il, 12. - p I ïim.. ii. 13.

DIMANCHE DANS l'OCTAVE DE L'ÉPIPHANIE 65

Juifs contredirent le Seigneur ; aujourd'hui ce sont les mauvais chrétiens. Le Seigneur a choisi tout ce qui est contraire au monde, et voilà pourquoi il est contredit par le monde. — « Un signe que » l'on contredira. » Jusqu'aujourd'hui, Seigneur (1), les vôtres euxmêmes vous font éprouver des contradictions. Est-ce que l'on recherche aujourd'hui les honneurs et les richesses avec moins d'ardeur que si vous n'étiez pas venu pauvre et humilié ?

6» « Un glaive percera votre àme. » La Vierge supporta le plus grand des martyres, car la tristesse est plus cruelle que la douleur, attendu que la tristesse est dans la volonté et la douleur dans l'appétit. Du marins, il est certain que le mal de l'àme est plus intime et plus grand que le mal du corps.

DIMANCHE DANS I. OCTAVE DE L'ÉPIPHANIE

ilipostille de l*EvangIle du Jour.

Remansit puer Jésus in Jérusalem, L'Enfant Jésus demeura à Jérusalem.

(S. Ldc, U; 13).

« Lorsqu'il eut douze ans, comme ils étaient montés à Jérusalem, >» selon la coutume de cette solennité, et qu'ils avaient achevé les » jours de la fête et s'en retournaient, l'Enfant Jésus demeura à » Jérusalem ». Remarquons deux choses : comment on perd Jésus, et comment on recouvre Jésus.

Premièrement, Jésus fut perdu pendant les fêtes. Tant que sa Mère fut en exil, l'Enfant ne fut jamais perdu ; on le perdit pendant les fêtes. — Dire qu'on le conserve dans les tribulations et qu'on le perd dans les prospérités. Ajouter qu'on croit permis les jours de fête ce que toutes les lois défendent ; on se livre à toutes les dissolutions, on se permet les jours de fête de crucifier Jésus.

(1) S. Bern., serm, I", pour laConv. de saint J'aul, n" 3.

66 DIMANCHE DANS l'OCTAVE

On devrait plutôt se sanctifier en ces jours : et c'est le contraire qui a lieu. — Le Psalmiste : « C'est le temps d'agir, Sei- >' gneur (I}. «

Secondement, comment on le recouvre. — Le Psalmiste : « Je » vous ai cherché de tout mon cœur (2) » ; il dit encore : « Mes >^ mains ont cherché Dieu pendant la nuit {3}. » Il le cherchait donc avec son cœur et avec ses mains, c'est-à-dire avec ses œuvres. Pourquoi vous tromper vous-mêmes ? — Dansle chapitre cinquième du Cantique, Dieu frappe, on ne lui ouvre pas tout de suite et il « se retire. Je l'ai appelé, dit ensuite l'Epouse, et il ne m'a pas » répondu '4\ »

« Croyant qu'il était en leur comjjagnie ». Oh 1 qu'ils sont nombreux aujourd'hui ceux qui pensent que Jésus marche avec eux dans le chemin de la vie présente 1 Tranquilles, ils se figurent être dans une pleine justice; mais quand viendra la nuit suprême, la nuit de la mort, ils s'apercevront que Jésus n'était pas dans leur compagnie. Oh 1 qu'elle est malheureuse, la mort, lorsqu'on n'a pas été pendant la vie en compagnie de Jésus ! Il y en a qui prétendent connaître Dieu : leurs mœurs disent le contraire, leurs actions le nient.

Dire l'extrême douleur de la Vierge-Mère, lorsqu'elle perdit Jésus, et sa joie, quand elle le retrouva. Le dire avec onction. — « Et après trois jours ils le retrouvèrent. » La divine Mère ne le retrouva qu'après trois jours ; David retrouva Dieu après trois syllabes seulement : « J'ai péché. » Le juste quelquefois demeure longtemps à chercher celui qu'il désire avec ardeur ; quant au pécheur, s'il ne le trouve pas tout de suite, il abandonne ses recherches. — Jésus est trouvé après trois jours. La pénitence a comme trois jours : la douleur, la confession et la satisfaction.

Remarquer aussi ce que faisait Jésus-Christ pendant ces trois jours. Où habitait-il? où mangeait-il? chez qui s'était-il retiré? demandait-il l'aumône? « Il était assis au milieu des docteurs, les )) écoutant et les interrogeant. » La lecture est une source abondante de lumière et de forces.

(1) Ps. cxvm, 126. — ^2. IJ.; 10. - (3) Ps. lxxvi, 2. - (4)CaDt., v, 6,

DE l'Epiphanie 67

« Et Marie lui dit : Mon Fils, pourquoi avez-vous agi de la sorte )) avec nous (1)? » Saint Bernard : Le Très-Haut, le Souverain des anges, Marie l'appelle audacieusement son Fils, disant : « Mon « Fils, pourquoi avez-vous agi de la sorte avec nous ? » Quel ange aurait cette hardiesse ? Il leur suffît et c'est un grand honneur, à eux, esprits par leur nature, d'avoir été appelés, d'avoir été faits les messagers de Dieu, ainsi que le dit le Roi-Prophète : « Il fait des esprits ses messagers (2). » Marie, se voyant sa Mère, donne avec confiance le nom de Fils à ce Dieu d'une majesté infinie que les anges ne servent qu'avec vénération.

« Pleins de douleur, nous vous cherchions. -> Que leur douleur était juste ! La perte du Sauveur est une grande perte. La Vierge s'affligeait, parce qu'elle avait perdu tout son trésor, le trésor de la Divinité et de la Majesté suprême. Oh ! combien aujourd'hui perdent Jésus, sans en ressentir la moindre affliction ! S'ils perdent une pièce de monnaie, leur affliction est profonde ; et quand ils perdent la vie de leur àme, ils ne le sentent même pas. Ils la perdent pour une courte volupté, pour un faux jugement, etc.. Et vous, Seigneur, toujours plein de tendresse et de miséricorde, vous vous présentez à ces pécheurs, pour qu'ils vous trouvent facilement, parce que vous les savez sans ardeur pour vous chercher.

« Et il leur était soumis (3). » Saint Bernard : Qui était soumis et à qui était-il soumis? C'était Dieu qui se soumettait à des hommes ; Dieu, dis-je, à qui se soumettent les anges, à qui obéissent les puissances et les principautés célestes. Dieu était soumis à Marie. Et non-seulement à Marie, mais à Joseph à cause de Marie. Admirez ici ce ([u'il vous plaira, choisissez ce que vous voulez admirer davantage, ou la très-miséricordieuse condescendance du Fils, ou la sublime dignité de la Mère. De tous côtés le miracle, de tous côtés la stupeur; Dieu obéit à une femme; humilité sans exemple I une femme commande à Dieu ; sublimité sans pareille! Dans le chant de louanges particulier aux Vierges, nous disons qu'elles « suivent l'Agneau partout où il va (4) ; » quelles louanges

(1) S. Bern., Honié. I"% Super Missus est, n° T. — (2) Ps. cm, 4, — (3) S. Bern., au même lieu qu'auparavant. — (4) Apoc, xiv, 4.

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