‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 30 sur 62 · DE LA SAINTE TRINITE · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE TRINITE

cates, mais comme de puissants lions. D'où venait à ces membres si frêles une force si singulière, n'est-ce pas la Vérité, c'est-à-dire Dieu même qui les fortifiait pour rendre témoignage à la Vérité ? Un saint disait, et sa parole était juste : il serait ridicule de vouloir élever encore une controverse inutile sur la vérité de la foi, comme si la foi était toute nouvelle.

L'eau rend témoignage dans le baptême. Autrefois en effet, aux temps où les saints évangélistes écrivaient leurs livres sacrés, le Saint-Esprit, pour rendre témoignage à la foi, descendait sous des formes visibles sur ceux qui recevaient le baptême ; voilà pourquoi saint Jean écrivait : « Celui qui croit au Fils de Dieu a en soi le té- » moignage de Dieu (1). »

Celui qui a en soi le témoignage du Saint-Esprit voit et goûte combien le Seigneur est doux. Il avait ce témoignage, celui qui disait: « Qu'elle est grande, l'abondance de votre douceur, ô mon » Dieu (2) ! » A leur goût on distingue les diverses nourritures, le pain, la viande, le miel; ainsi Dieu a son goût particulier ; et comme, quand on mange du pain, il est évident par la saveur que c'est vraiment du pain qu'on mange, ainsi quand on a Dieu en soi et qu'on le goûte, il devient évident par ce goût que c'est vraiment Dieu qu'on possède; mais Dieu est une manne cachée que personne ne connaît, excepté celui qui la reçoit.

Ce témoignage ne consiste pas seulement dans ces douceurs intérieures que l'on goûte, mais encore dans le calme et dans la paix du cœur, dans l'illumination de l'esprit, dans unejoie sans bornes. Ces embrasements de l'àine et bien d'autres mouvements semblables rendent témoignage à l'homme spirituel du Dieu qu'il porte dans son cœur. Or, c'est la foi qui attire Dieu dans nos cœurs, suivant les paroles de l'Apôtre ; par conséquent si la foi était un mensonge, l'hérétique et le blasphémateur pourraient aussi posséder Dieu et goûter les douceurs de sa présence.

Mais ces témoignages ne sont pas les seuls, je l'ai déjà dit, qui soient donnés sur la terre. Nous en trouvons encore un autre dans les miracles innombrables des Saints, opérés pour confirmer la foi.

(1) S. Jean, v. 10. - (2) Ps. xxx, 20.

Comme de pareils faits ne peuvent s'accomplir par les forc^ de la nature, mais uniquement par la puissance de Dieu, si la foi à laquelle ils rendent témoignage n'était pas la vérité, Dieu semblerait tromper les hommes, puisqu'il les opère pour confirmer et pour fortiûer la foi. Les reliques des Saints, par exemple, opèrent des miracles dont personne ne peut nier l'aulheniicité, et ces miracles sont évidents, innombrables, par conséquent quelle serait, grand Dieu ! l'illusion dans laquelle vous jetteriez les hommes, en célébrant par de tels signes la sainteté du juste ravi par la mort.

De plus, dans le cours de leur vie, les Saints opèrent aussi des prodiges au nom de Jésus-Christ, Fils de Dieu ; mais si Jésus n'est pas vrai Fils de Dieu, comment ce saint nom pourrait-il opérer ces prodiges? La toute puissance qui les opère nous jetterait donc dans l'erreur. Mais non. Dieu n'est pas un trompeur. Qui oserait accuser Dieu de mensonge? Ne serait-ce pas un horrible blasphème?

Nous trouvons encore un autre témoignage dans les nombreuses apparitions des anges aux Saints, dans les révélations qu'ils leur confient. Souvent les Saints eux-mêmes ont apparu après leur mort et parfois ils ont indiqué le lieu où reposaient leurs dépouilles, c'est ainsi que les saints Gervais et Protais apparurent à saint Ambroise : que l'apôtre saint Paul accompagné des saints Etienne e^ Gamaliel apparut à saint Lucien. De telles apparitions, de telles révélations arrivent fréquemment dans l'Eglise de Dieu.

Les saintes Ecritures rendent aussi un puissant et inébranlable témoignage, car là nous trouvons prédit longtemps auparavant ce que nos yeux voient accompli. Or, qui pouvait prédire ces événements et qui pouvait accomplir ces prédictions? n'est-ce pas Dieu seul? Ce témoignage est une preuve tellement convaincante de la vérité de notre foi, que, si on veut bien la considérer, l'impie le plus rebelle n'aura aucune réponse à lui opposer. Saint Augustin (1) fait valoir cette preuve avec la plus grande force contre les païens dans son livre de la concordance des Evangélistes.

(1) S. Aug. Concor. des Evang., iiv. 2, cb. 31 et 32.

Un autre témoignage rendu à la foi, c'est la loi elle-même, loi très-sainte, loi très-pure, loi parfaite, loi sans vice et sans défaut : « La loi du Seigneur est immaculée, elle convertit les ^mes (0. » Quoi de plus pur, quoi de plus saint que l'Evangile? « Les impies » m'ont raconté des fables ; telle n'est pas votre loi (2}. » N'allez pas ailleurs chercher des témoignages, c'est inutile : la loi se rend témoignage à elle-même.

Enfin un autre témoignage rendu à la foi, c'est la vie des Saints, vie sans tache, vie pleine d'innocence et de justice. 0 Dieu infiniment bon, si des hommes qui renoncent à tous les biens du temps pour passer toute leur vie dans la simplicité et dans la vertu, si des hommes qui, comme les anges de Dieu, ne s'occupent jour et nuit que de vous, de votre gloire, de votre service, de vos louanges, ne cherchent que vous seul et ne vivent que pour la sagesse et pour la vérité, si de tels hommes, dis-je, ont vécu dans l'erreur et ont péri comme les blasphémateurs et les impies, qui donc sera sauvé? Si vous ne les avez pas éclairés, eux dont la vie si pieuse et si sainte dépasse les forces humaines, qui donc éclairez-vous? Non, non. Dieu n'a pas permis que de tels serviteurs de sa gloire, que des hommes si saints et si pleins de son amour tombassent dans la damnation éternelle, après une piété et une charité qui semblaient égaler celle des anges du Ciel ; car s'ils sont parvenus à ce comble de perfection, ce n'est pas par leurs seules forces, mais par le secours de Dieu. En vérité, Seigneur. « vos témoignages sont admi- » rahles, voilà pourquoi mon âme les a sondés ^3 }. » Aimons donc à les répéter souvent, car il est écrit : « Heureux ceux qui scrutent » vos témoignages (4) ! »

Vous voyez sans doute toute la vérité de ces paroles du Psalmiste : « Vos témoignages sont entièrement dignes de foi ('5). » Sans doute les vérités de la foi sont hautes et diftlciles ; mais les témoignages qui les affirment sont d'une force, d'une puissance inébranlables ; rien n'est plus digne de toute notre confiance. Qui serait assez pervers, assez endurci, assez rebelle, après les avoir vus

(1) Ps. xviii, G. — (2) Ps. cxvui, 85. - (3) Ps. cxvm, 129. — (4) Ps. cxYui, 2. —(5) Id. 15.

et entendus, pour oser les rejeter, pour ne pas s'humilier sous le joug de la foi?

Je le dirai, mes frères ; oui, le cœur rempli d'une joie sans bornes, je le dirai. Votre foi, Seigneur, sous les yeux clairs et purs qui contemplent ce mystère, est à peine de la foi, car cette foi se change en une sorte de vision, suivant ces paroles de l'Apôtre: « De la foi en la foi. » c'est-à-dire d'une foi obscure en une foi qui connaît et qui est à peine la foi. Sans doute nul mortel ne vit sans la foi et ne marche à découvert (1;. Car si la Vierge sainte a vécu dans la foi. elle en qui se sont accomplis .tous ces mystères, elle dont sa cousine loua la foi et qui a réalisé ces paroles du Cantique. « Je me suis assis à l'ombre de celui que j'aime (2), « quel saint a vécu sans la foi ? Il est écrit d'ailleurs : « Au milieu des nations, » nous vivons dans l'ombre (3), » et non dans le jour plein. Voici donc ce que je veux dire : plusieurs saints, après ce goût intérieur de l'esprit, après une étude attentive de tous ces témoignages, sont parvenus à uue connaissance plus claire de la vérité, que dis-je? sont parvenus par la foi jusqu'à Tintelligence de la vérité, ainsi qu'il est écrit : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas (4). » Ce n'est pas pourtant qu'ils aient eu l'évidence de chaque article de la foi ou de quelque mystère, comme celui de la Trinité, de l'Incarnation ou de la Résurrection ; cette grâce n'est' pas donnée à l'homme encore voyageur dans la vie ; ou ne comprend les mystères qu'après la mort ; mais ils voyaient clairement que, dans î^a généralité, la foi catholique qu'ils professaient était la vérité ; ils ne le croyaient plus, dis-je, ils le voyaient. Et cette évidence générale n'empêchait pas qu'ils n'eussent la foi sur chaque vérité particulière. Ils ne voyaient pas, par exemple, que Dieu est trin et un ; mais ils voyaient, soit par l'action du Saint-Esprit, soit par la lumière de ces témoignages, qu'il était impossible que l'homme qui croyait ce mystère et les autres articles de la foi, fut dans Terreur.

(1) II ('.or., V. 7. — (2) Gant., H, .3. — (3) Lament , iv, 20. — (4) Isaïe, vu, 9, d'après les Septante.

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Voilà pourquoi le célèbre Pic de la Mirandole (1) disait : Ne pas croire à l'Evangile, quand l'Evangile a été attesté et confirmé de la sorte, c'est une opiniâtreté et une obstination inconcevables, c'est l'endurcissement de l'esprit. Mais, pour dire toute la vérité, ajoutet-il, croire à l'Evangile et mener une vie opposée à l'Evangile, c'est une folie bien plus inconcevable. Quoi de plus insensé en effet que de croire à la gloire éternelle du royaume des cieux et de la sacrifier à un moment de plaisir, que de croire au feu éternel de l'enfer et de s'y précipiter pour l'intérêt le plus léger? 0 chrétiens, si vous avez la foi, pourquoi une telle vie? pourquoi une telle négligence? pourquoi un tel oubli? Que Jésus-Christ nous accorde et d'avoir la foi et de conformer nos œuvres à la foi, afin que par la foi nous parvenions à la vision, et qu'un jour nous puissions dire au sein du bonheur : « Ce que nous avons appris, nous le voyons » dans la cité du Seigneur des vertus (2), » dans les splendeurs de la gloire à laquelle nous conduise Jésus-Christ Xotre-Seigneur ! Ainsi soit-il.

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