‹ Œuvres de St. Thomas de Villeneuve (volume 2)Chapitre 29 sur 62 · DE LA SAINTE TRINITÉ · texte numérisé non relu

DE LA SAINTE TRINITÉ

légitime, un hommage sublime, ainsi le renoncement à son propre sens, l'esclavage de l'intelligence sous le joug de la foi est un devoir légitime, un sacrifice sublime et très-agréable à Dieu. Comme le premier, le second de ces devoirs est une source féconde de mérites, la source même la plus féconde, car il est le renoncement à soi-même pour Dieu. Enfin comme celui qui renonce à ses désirs et à sa volonté, pour suivre en toutes choses la volonté de Dieu, mérite la gloire éternelle et le bonheur sans fin, ainsi celui qui renonce à son propre sens et à son propre jugement, pour accepter la foi en Jésus-Christ, mérite la vision claire et éternelle.

Direz-vous que les choses qu'on vous ordonne de croire sont difficiles et ardues! Mais quoi d'étonnant en cela? Si vous pouviez comprendre Dieu et les choses de Dieu, il ne serait plus l'Admirable, l'Ineffable. Qui doute que les choses divines ne soient au-dessus de la raison? La récompense est sublime, est-il étonnant qu'on exige de vous une soumission sublime. C'est à vous et non à Dieu que votre foi est avantageuse, car si vous honorez Dieu en accomplissant tous ses commandements, vous l'honorez aussi de la manière la plus glorieuse, en croyant toutes ses paroles, et cet honneur que vous lui rendez sera pour vous la source d'avantages immenses pendant l'éternité.

Vous voyez sans doute combien la foi est une chose juste, un devoir rigoureux, combien elle est non-seulement utile mais raisonnable, et quelle injustice, quelle impiété, quelle obstination ce serait de refuser de croire à la parole de Dieu, quand même Dieu n'aurait donné aucun témoignage à sa parole. Voilà pourquoi le Seigneur dans l'Evangile reprochant au peuple son incrédulité, disait: « Génération perverse et adultère, elle demande un » signe (1). 1) Il disait encore: « Si vous ne voyez des signes et » des prodiges, vous ne croyez pas (2). » Supposez que le roi ou l'empereur affirmât une chose, et que quelqu'un osât demander la raison de cette parole, cet homme ne serait-il pas regardé nonseulement comme un impoli, mais comme un coupable digne de toutes sortes de châtiments ? Par conséquent, si sans autre raison

(1) S. Matlh., xu, 39. — (2) S. Jean, iv, 48.

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VOUS devez croire a la parole du roi, a plus lurte raisou vous devez croire à la parole de Dieu.

Et pourtant, ô bonté suprême ! ô clémence infinie! Parce que la foi est le principe du salut pour les hommes, de combien de témoignages puissants, accablants, navez-vous pas confirmé vos paroles, afin que la difficulté des vérités de la foi ne put excuser lincrédule '. Comme vous avez corroboré la foi des témoignages les plus dignes de notre confiance 1 Le Psalmiste : a Vos témoi- " guages sont dignes de toute notre foi J). >» Comme s'il disait : Les ventés sont très-hautes, il est vrai, elles sont au-dessus de toute intelligence, mais les témoignages sur lesquels elles s'appuient sont de la plus grande force. La grandeur de ces témoignages l'emporte de beaucoup sur les difficultés qu'éprouve notre foi, et quoique les vérités proposées à notre croyance soient au-dessus de la raison, cependant la force et la fermeté de ces témoignages sont telles qu'il faut avoir perdu la raison pour ne pas les croire.

Voyons maintenant quels sont ces témoignages, non pas pour acquérir une certaine conviction avant de croire, car ce serait une impiété, nous dit saint Thomas (2;, que de vouloir demander à la raison les preuves de la foi, jusqu'à refuser de croire tout ce qui ne serait p9s prouvé [)arla raison. La foi, par sa nature, se passe de preuve ; elle perd tout son mérite, dès que la raison humaine lui donne son appui. Mais voyons ces témoignages, afin que, croyants et confiants, nous nous rejouissions de la sécurité de notre foi.

Ecoutons d'abord l'évangéliste saint Jean ; voici les témoignages qu'il nous fait connaître : « 11 y en a trois, dit-il, qui rendent té- » moignage dans le ciel, le Père, le Verbe et l'Esprit saint. Et il y » eu a trois qui rendent témoignage sur la terre : l'Esprit, l'eau et » le sang (3;. » Comme s'il disait: le ciel et la terre tout ensemble affermissent notre fui. Le Père rendit témoignage à son Fils, d'abord près du Jourdain et une seconde fois sur le Thabor : u Celui-ci, » dit-il, est mon Fils bien-aimé en qui j'ai mis mes complai-

|I) P». xcii, 7. — (2) S. Thoru. Soin, théol. 2» 2-, quesl. 2% art, 10. - (3) S. Jean. V. 7.

DE LA SAINTE TRINITE ïn

» sances vl). » C'fst de ce lemoiguage que le Seigneur disail : « J'ai un témoignage plus grand que celui de Jean ; celui qui m'a » envoyé m'a rendu lui-même témoignage (2). »

Le Verbe se rendit témoignage à lui-même et à la Trinité tout entière, quand il dit: « Allez, baptisez au nom du Père, du Fils et » du Saint-Esprit. >> Il se rendait encore témoignage à lui-même, lorsque, par ses miracles et par ses œuvres, il prouvait qu'il était le Fils de Dieu, ainsi qu'il le disait aux pharisiens : « Les œuvres » que je fais me rendent témoignage (3). » Il disait encore : « Si » je ne fais pas les œuvres de mon Père, ne me croyez pas ; mais si » je les fais et que vous ne vouliez pas croire à ma parole, croyez » à mes œuvres (4). » Il se rendit encore témoignage par sa résurrection et par son ascension dans le ciel: « Personne, dit-il, ne » monte au ciel, excepté le Fils de l'homme qui est descendu du » ciel (o). » Pour croire que je suis descendu du ciel, ne demandez pas d'autre témoignage que celui de vos propres yeux qui me verront monter au ciel.

Le Saint-Hsprit a rendu témoignage par la nuée du Thabor, par la colombe du baptême, et, au jour de la Pentecôte, lorsqu'il éclaira les esprits des apôtres. De là cette parole du Seigneur : « Lorsque » le Paraclet sera venu, il me rendra témoignage (6). »

Voilà les trois qui du haut du ciel rendent témoignage de la vérité catholique non aux habitants des cieux, mais aux habitants de la terre. Le ciel a donc rendu un inébranlable témoignage, et ce ne sont pas des anges ou des archanges, c'est le Père, le Fils et le Samt-Esprit.

« Il y en a aussi trois qui rendent témoignage sur la terre, l'Es- » prit, l'eau et le sang. » Le sang dans le martyre, l'eau dans le baptême, le Saint-Esprit dans les cœurs. Sans doute le Saint-Esprit est dans le ciel ; cependant il rend témoignage sur la terre, parce qu'il le rend dans le cœur et du fond du cœur de l'homme.

Ce n'est pas qu'il n'y ait d'autres témoignages au ciel et sur la terre ; dans le ciel il y a encore celui des anges ; il y a de plus

(l) S. Matth., III, 17. — (2)' S. Jean, v, 37. — (.3) S, Jean, x, 25. — (4) Id. 37. - (5) Id. m, 13. ~ (6; Id. xv, 26.

celui du soleil qui s'obscurcit à la mort du Rédempteur, et celui de l'étoile qui apparut au jour de sa naissance. Il y a encore sur la terre d'autres témoignages dont nous parlerons plus loin ; mais l'Esprit, l'eau et le sang sont les principaux ; nous allons en parler en commençant par ce dernier.

Le sang rend son témoignage dans le martyre. Que ce témoignage est noble et beau 1 Qui hésiterait à croire ce que tant de milliers de martyrs ont confirmé de leur sang? Pierre et André sont attachés à la croix: Barthélémy est écorché tout vivant ; l'apôtre Simon dans sa vieillesse est à son tour crucifié ; ils confirment dans la foi les hommes qui n'ont ni vu ni entendu. Ecoutez, nations ; peuples, prêtez l'oreille ; voilà que nous mourons, nous n'avons plus de récompense à attendre dans ce monde. Mais si les choses que nous vous annonçons ne sont que des mensonges, si nous n'avons pas vu de nos yeux le Christ ressuscité, montant au ciel, opérant des miracles, pourquoi souffrons-nous ces supplices? Qui serait insensé au point d'accepter la mort pour attester un mensonge, sans autre récompense que des tourments si affreux ? Si l'objet de nos prédications n'est qu'un mensonge, pourquoi souffrons-nous ces supplices? Ce que nous enseignons, nous ne l'avons pas appris, nous 1 avons vu de nos yeux. Si nous n'avons pas va ce que nous affirmons avoir vu, pourquoi souffrons-nous la mort? L'homme vivant encore peut-il espérer recueillir après la vie quelque avantage de sa fausseté? Le Dieu qui est la Vérité même récompensera-t-il après la mort le mensonge de faux témoins. Qui serait assez insensé pour le croire?

Apres les apôtres, voyez cette multitude de martyrs qui marchent sur leurs traces. S'ils n'avaient point la certitude d'une vie meilleure, tous ces martyrs de la foi n'auraient jamais sacrifié avec tant de force la vie présente. — .Mais parmi tant de sang répandu, le sang des vierges et des jeunes enfants est celui qui élève le plus haut la voix de son témoignage. Si la force divine elle-même ne les avait fortifiés au milieu de tourments si grands et si cruels, jamais ils n'auraient eu la force de les supporter. Voyez Catherine, Agnès, tant d'autres jeunes filles combattant non comme des vierges déli-

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