VINGT-QUATRIÈME DIM\.\(.HK APRES LA PENTECOTE
de s'écouler sans cesse et de ne point s'arrêter. Heureuse éternité ou tout est présent, où il n'y a point de passé, point de futur ! Mais pourquoi cette parole? « Pour que je sache ce qui me niau- » que (1). » Je considère ce que je suis et la fin de mon être. Je suis petit et vil ; mais je suis créé pour une grande chose ; mon être n'est rien, mais ma fin est sublime. J'ai un grand besoin de connaître ma fin. En ne m'occupant que des choses du temps, je montre combien je suis loin des célestes désirs et de l'ivresse des cieux.
VINGT-QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
Lea dernier» Jours.
Cum fidebilis abominationem desolationis quas dicta est a Daniele propheta, stantem in locosancto ; quilegit intelligat.
Quand vous verrez dans le lieu saint l'abomination de la désolation prédite par le prophète Daniel, que celui qui lit entende, (S. Matth., XXIV, 15.)
Le Seigneur nous exhorte à l'intelligence ; il veut que ses serviteurs soient savants dans le bien et simples pour le mal, car l'ignorant sera ignoré. — Mais quelles sont les choses dont nous devons avoir l'intelligence ? le Seigneur ne nous l'a pas dit. Néanmoins peut-être le saurions-nous, si nos yeux n'étaient point obscurcis par la poussière des soins lene<trt\«:. Dieu vtnit-il que nnus comprenions les mouvements des cieux, le cours des astres, les vertus des herbes et des plantes, les changements des éléments, le flux et le reflux des mers, les espaces des terres et des cieux ? Sont-ce là, ô mon Dieu, les choses dont vous exigez de nous l'intelligence?
(1) Fs. xxxYiu, 5.
•^Oî MNGT-QL'ATRIÈME DnfÂXCHE
0 curiosité humaine ! que de travaux, que de recherches dans les régions de la vanité ! Le Psalmiste s'écrie : « 0 enfants des » hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cœur appesanti? pourquoi >» aimez-vous la vanité et recherchez-vous le mensonge (1)? » L'ancien serpent promit la science à Eve : « Le jour que vous « mangerez du fruit de l'arbre de la science du bien et du mai, » vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, sachant le w bien et le mal 2\ » Et vaincus par cette curiosité coupable, nos premiers parents, en voulant s'élever à la science de Dieu, tombèrent dans l'ignorance la plus grossière.
Et vous, ô enfants des hommes, vous avez rempli la mesure de vos pères, en succombant au tourment de la même curiosité. 0 enfants des hommes 1 jusqu'à quand la chute de votre premier père sera-t-elle impuissante à vous détourner de ces vaines recherches ? elle est pour vous, cependant, un triste exemple. « 0 » cœurs appesantis 1 pourquoi aimez-vous la vanité ? »
Quelles sont doue les choses dont l'intelligence nous est utile ? « Race sans conseil et sans prudence, que n'ouvrent-ils les yeux î » que ne comprennent-ils ! que ne prévoient-ils la fin (3) ! » La fin, voilà donc ce que nous devons comprendre. Ecoutez une comparaison.
Supposez un homme traître à son roi et condamné à perdre la vie. Dans sa prison, ce criminel, pour qui l'on prépare le gibet sur la place publique, ne s'occupe que de ventes et d'achats. Dites, mes frères, ce criminel n'est-il pas un insensé?
0 malheureux pécheur ! ta sentence est portée, le feu t'attend, tu es condamné aux supplices éternels ; et voilà, qu'oubliant ton malheur, tu ne te préoccupes que des mouvements de ces cieux où tu n'entreras jamais I Ah ! plutôt, mesure les mouvements de ton cœur, contemple les fautes de ta conscience et les blessures de ton âme ; pense au moyen d'échapper à la sentence qui te condamne à la mort éternelle et aux supplices sans fin; réfléchis aux terribles jugements de Dieu, à son examen si sévère, à ce compte que tu dois rendre jusqu'à la dernière obole.
(l) Ps. IV, 3. - (2, Gen., m, 5. — (3) Deut,. \xxu, 27.
APRES LA PE.NTECOTb oOi
Euleuds ces paroles da prophète : « Je scruterai Jérusalem, la « lampe à la main ; je visiterai ces hommes enfoncés dans leur lie, » qui disent en leur cœur : Dieu ne nous fera ni bien ni mal. Le » grand jour de Géhova approche, il est proche et s'avance rapide- » ment. Voix amère du jour du Seigneur, tribulation pour les forts. >» Jour de colère, ce jour; jour d'oppression et d'angoisse, jour de » misère et de calamité, jour d'obscurité et de ténèbres, jour de i> de nuage et de tempête ; jour de la trompette et des bruits de » guerre sur les cités fortifiées et sur les angles des hauts lieux. Et je » troublerai les hommes, ils marcheront comme des aveugles, parce » qu'ils ont péché contre le Seigneur... Dans le feu de sa colère, » toute la terre sera dévorée, car il précipitera la ruine sur tous » les habitants de la terre \ . »
« Je scruterai Jérusalem, la lampe à la main. » Jérusalem est la figure des justes, dont le Seigneur jugera les œuvres, même les plus saintes. — Le psaume : « Je jugerai les justices. » Malheur à moi, pécheur qui, pour bien connaître mes péch(?s, aurais besoin, au milieu des ténèbres épaisses où je me trouve, non pas de lampes, mais du soleil, de la lune et des étoiles ! Aussi le Seigneur : u Je visiterai ces hommes enfoncés dans leur lie. » Il les scrutera avec fureur, il les visitera en les examinant avec sévérité.
Ils disent, dans leur cœur : « Le Seigneur ne nous fera ni bien ni mal. » Remarquez qu'au nombre de ces pécheurs, nous devons ranger les hérétiques secrets. Sans doute ils n'osent pas nier, à l'extérieur, le ciel et l'enfer; mais « dans leurs cœurs, » suivant la parole du Prophète, « ils disent : le Seigneur ne nous fera ni bien ni mal. » Ils le disent, sinon par leurs pensées, du moins par leurs actions ; car ils ne craignent pas plus les tourments de l'enfer, qu'ils n'aiment la gloire promise par le Seigneur.
Ecoutez comme le Prophète les menace de la colère du Tout- Puissant : « Le jour du Seigneur approche, jour grand » et horrible, « jour de colère, de nuages et de tempête, jour de la trom- » pette et des bruits de guerre sur les cités fortiliées et sur tous les >» angles des hauts lieux. » Que faut-il entendre par ces cités for- ^l)8oph., 1, 12.
tifiées, demande saint Grégoire 1 '? Les esprits suspects, les pécheurs toujours entourés d'excuses mensongères ; ou bien encore les hérétiques secrets, qui refusent d'admettre la vérité dont on les frappe, lorsqu'on veut les reprendre. Que faut-il entendre par «' ces angles des hauts lieux » sinon la duplicité d'une âme impure ; car l'angle est toujours formé par deux murs et le coin obscur de l'angle que signifie- t-il sinon l'impureté du cœur? Le cœur impur, en effet, en voulant fuir la simplicité de la vérité, se replie, pour ainsi dire, sur lui-même dans sa duplicité perverse ; et, ce qui est pire encore, le libertin, dans sa pensée, s'enorgueillit de la prudence avec laquelle il commet ses fautes. Le jour du Seigneur, jour plein de colère et de vengeance, viendra sur les cités fortiliées et sur les angles des hauts lieux, parce que la colère du dernier jugement détruira, dans les cœurs humains, toutes les portes qui en défendaient l'entrée à la vérité et tous les voiles de duplicité dont ils s'environnaient. Alors les cités fortifiées seront renversées parce que les âmes suspectes seront condamnées ; alors les angles des hauts lieux tomberont, parce que les cœurs qui s'enorgueillissent de leur prudence à commettre leurs crimes, seront condamnés par la sentence de la divine justice. Tel est le sens des paroles qui suivent : « Je troublerai les hommes, et ils marcheront » comme des aveugles. Dans le feu de sa colère toute la terre sera » dévorée, car il précipitera la ruine sur tous les habitants de la n terre. »
« Faites-moi donc connaître ma tin. ô mon Dieu [ï] ; » non pas, dit saint Augustin (3), les mouvements des cieux, mais « ma fin, » le compte que je dois rendre de mes péchés. Et pourquoi? « pour que je sache ce qui me manque (4) ; » pour que je sache combien je suis loin de la perfection ; pour que je sache quelle pénitence il me manque à faire pour expier mes péchés. Voilà ce dont vous devez avoir l'intelligence.
Que vous sert de connaître votre fin nécessaire, si par vos actes vous ne suppléez à ce qui vous manque, pour être prêts à rendre
(1)8. Grég. Reg. past.. part. 3, ch. 11. — (2) Ps. xxxviu, 5. — (3) 8. Aug. Eoarr. sur le ps. 38, n° 10. — (4) Ps. xxxvm, 5.
APRES LA PENTECOTE 505
votre compte? Le psaume : « Et maintenant, ô rois, ayez l'intelli- )) gence; instruisez-vous, vous qui jugez la terre (1). » Et sur quoi s'instruire, je vous le demande? De quoi faut-il avoir l'intelligence ? Le Psalmiste ajoute : « Saisissez la discipline (2; ; » nonseulement la science des mœurs, pour corriger votre première vie, mais « saisissez la discipline, » c'est-à-dire la pénitence ; et gardez-vous de la saisir avec légèreté, avec lenteur et comme du bout des doigts, jeûnant, en recherchant la gourmandise, priant avec ennui, vous livrant aux veilles, tout en vous occupant d'affaires ; saisissez la pénitence des deux mains; embrassez-la fortement avec persévérance et d'une manière irrévocable ; « de peur que le Sei- » gneur ne s'irrite (3;, » ou plutôt parce que le Seigneur s'irritera, sans aucun doute, « et que vous périrez, le j.0Lir ou sa colère s'em- » brasera tout à coup. »
Le jour du Seigneur approche, il se hâte de venir, il brillera comme l'éclair. « Souvenez-vous de sa colère, car il ne tardera » pas (4). » « Le grand jour du Seigneur est proche, il est proche, » il vient avec rapidité (5). » — Joël : « Hélas ! hélas ! le jour de » Géhova est proche ; il viendra comme une désolation envoyée » par le Tout-Puissant (6). »
Pour que ce jour nous trouve prêts et sur nos gardes, le Seigneur, dans l'Evangile de ce jour, nous en fait connaître les signes précurseurs, disant : «Lorsque vous verrez, dans le sanctuaire, l'ar> bomination de la désolation, prédite par le prophète Daniel, que » celui qui lit, entende. » Daniel avait dit : « L'abomination de la » désolation sera dans le temple et persévérera jusqu'à la consom- " mation et à la fin (7}. »
Quelle est cette abomination ? Dès les jours anciens, n'avait-on pas vu souvent, dans le saint lieu, l'abomination des idoles ? Et, le même prophète-, ne la déplore-t-il pas, dans un autre passage ? « Ils souilleront, dit-il, le sanctuaire du Dieu fort, et ils détruiront » le sacrifice perpétuel et mettront, dans le temple, l'abomination » de la désolation (8). » Souvent n'avait-on pas vu les autels dé-
(1) Ps. n, 10. — C2) Id. id- H. — (3) id. — (4) Eccli., vu, 18. — ,5) Sophonie, i, U. — (6)Joël,i. 15, — (7) Dan., IX, 27. — (,8) Id. xi, 31.
o06 VINGT-QUATHIEME DIMANT.HE
iriiits. les églises violées, les temples profanés? Si vous entendez par le saint lieu, les prêtres, le sacerdoce, depuis combien de temps n'a-t-ou pas trouvé, parmi eux, la contagion de l'avarice et de l'impureté ?
Quel est donc le signe particulier du dernier jugement? Je crois qu'il faut l'entendre d'abord de l'Antéchrist, car il sera une abomination telle qu'on n'en aura jamais vu de semblable. — L'évangéliste : « Car la tribulation. alors, sera grande, telle qu'il n'y en » a pas eu dès le commencement du monde, jusqu'à présent, et » qu'il n'y en aura jamais '\]. » Un autre Evangéliste dit : « En » ces jours-là, il y aura des tribulations, comme il n'y en a pas eu » depuis le commencement de la création, jusqu'à ce jour, et » comme il n'y en aura jamais (2, » car elle sera remarquable entre toutes. L'Apôtre : « Auparavant doit paraître Ihomme de » péché, ce fils de perdition, qui, s'opposant à Dieu, s'élèvera » au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jus- » qu'à établir son trône dans le temple de Dieu, s'y montrant » comme un Dieu (3}. » Abomination intolérable ! Quoi ! un chrétien, pour qui le Christ est mort, fléchira le genou pour adorer le démon, revêtu de la nature humaine 1 Aussi, pour que cette tribulation nous trouve prêts, le Seigneur nous donne, dans l'Evangile, six avis particuliers.
Premièrement : « que celui qui lit entende, w En effet, la première chose que tentera ce pervers, cet ancien pécheur, ce sera de pervertir les Ecritures et de combattre la doctrine de l'Evangile. Il s'appliquera, à lui-même, toutes les prophéties, par exemple cette parole : « Je placerai sur ton trône un fruit de ton sein (4} ; » il dira que c'est lui qui doit régner dans la maison de David et rassembler, des quatre vents, les enfants, dispersés d'Israël. Il affirmera que c'est lui dont l'Ecriture a dit : « Il leur enverra un protec- » teur et un sauveur pour les délivrer (5^. » « Envoyez de la pierre » du désert à la montagne de la tille de Sion, l'Agneau Domina- » leur de la terre ■ 6 . « « Cieux, versez votre rosée ; nuées, faites
(i) s. Matth., XXIV, 2*. — (2) S. Marc, xin, i9. — (3) II Thessal., ii, 3. — (4) Pscxxxi, n. — (S)Isaïe, xix,20. — (6)Id., xvi, «.
APHES LA PENIECOTE lyi)l
» pleuvoir le Juste ; que la terre s'ouvre et enfante son Sauveur et ») que la justice naisse avec lui (1). »
Par conséquent, que celui qui, alors, lira les Ecritures, les entende. Oh ! quel soutien le juste trouvera dans le sens, vrai et pieux, des Ecritures ! Malheur à ceux qui, en les expliquant, abandonnent les saints docteurs, les Augustin, les Ambroise, les Jérôme, les Bernard, tous éclairés de l'Esprit de Dieu pour les interpréter ; et qui embrassent les explications insensées d'un Samuel, rabbin juif, et autres de cette nation ! Ignorants et aveugles, ils suivent d'autres aveugles et, en plein midi, ils ne touchent que les ténèbres ; c'est-à-dire, au milieu des claires splendeurs de l'Ecriture, ils vont chercher les explications les plus ténébreuses. De tels hommes s'éloigneront facilement sur les traces de l'Antéchrist.
A ce sujet, notons une figure que nous trouvons dans le livre de Job. Ses amis vinrent à ce saint homme et, le voyant couvert de plaies sur un fumier, « ils déchirèrent leurs vêtements; ils je- » tèrent de la poussière vers le ciel et elle retomba sur leur » tète (2). » Saint Grégoire (3) : Job, au milieu de tant de souffrances, c'est le Christ, à la fin des temps, déchiré de blessures, couvert de plaies dans tous ses membres, dans son Eghse humiliée et presque détruite.
Ces amis, sont les faux amis dont parle le Psalmiste : « Mes » amis et mes proches se sont avancés contre moi et se sont ar- » rêtés (4). » Ils ont déchiré le vêtement des Ecritures, divisant l'ancien du nouveau Testament et détruisant tous ces livres sacrés. « Ils ont jeté de la poussière vers le ciel, » c'est-à-dire, d'une doctrine toute spirituelle, toute céleste, ils feront une doctrine charnelle et toute terrestre.
Mais, quand cet impie verra qu'en pervertissant les Ecritures, il n'aura pu réussir à convaincre ceux en qui est l'Esprit de Dieu, il essayera de les séduire en opérant des prodiges et des miracles sans nombre. Oh 1 quelle terrible tentation, quand il prouvera ses
CO Isuïe, XLY, 8. — ;2) Job, n, 42. — ;3) S. Grég. Mor. liv. 3, ch. 13. — (4) Ps.
XXXYII, H.
erreurs par des miracles, même par la rôsiirrection des morts 1 Saint Grégoire (1} : Aux premiers temps de TEglise, les miracles étaient opérés par ceux qui souffraient les fouets et les tourments ; alors ce sera le persécuteur, lui-même, qui fera des miracles. Voilà pourquoi « si ces jours n'étaient pas abrégés, nul » homme ne serait sauvé [t}. » Il est dit encore : « Les élus, eux- » mêmes, si c'était possible, seraient induits en erreur (3). »
Scot '4', parlant des faux miracles, dit dans son prologue : Demandez à celui qui les opère de vous montrer l'essence di\1ne, comme Paul vit Dieu même; ou, du mcins, demandez-lui de vous dire ce que vous penserez demain.
Pour éviter la séduction, le Seigneur nous donne plusieurs conseils : « Alors, dit-il, que ceux qui sont dans la Judée, » c'est-àdiie au sein de la vraie foi, « fuient vers les montagnes. » c'est-àdire demandent l'intercession des saints, se livrent à la prière et la contemplation et supplient le Seigneur, avec larmes, de les préserser de la séduction. — Le psaume : « Les montagnes éle- >» vées (5}, » c'est-à-dire, l'enseignement des saints docteurs ; sont la « demeure des cerfs, » c'est-à-dire, des hommes instruits ou contemplatifs, qui savent bondir par-dessus les plaisirs et les délices <3|e la terre ; mais, « les hérissons, >» c'est-à-dire, les simples fidèles. « ont pour refuge la pierre. » c'est-à-dire, la foi. Les chrétiens instruits nourris de la doctrine des Docteurs et des sublimes sens de l'Ecriture, ne tomberont pas dans la séduction, parce qu'ils trouveront un refuge dans les écrits des Pères ; quant aux simples fidèles, ils trouveront un refuge dans leur foi ; ils diront : Je crois ce qu'enseigne la mainte Eglise.
Voici la troisième fourberie de l'Antéchrist. Quant il verra que quelques chrétiens ne se laisseront convaincre ni par les miracles, ni par les mauvais sens des Ecritures, il essaiera de les corrompre par des dons et par des présents. Ah ! quelle multitude de riches suivrait aujourd'hui l'Antéchrist! Pour cela, le Seigneur nous donne ce conseil : « Que celui qui est sur le toit, ne descende pas
(1) s. Grég. Mor. liv. 32, ch. \ô, n° 24. — (2) S. Mdtth., xxiv, 22. — (3, IdL id., 24. — (4) Scot, Prof. sect. quest. 2. — (5) Ps. cm, 18.
» pour prendre quelque chose de sa maison. » Saint Hilaire (1) : Le toit est le faîte de la maison. Par conséquent, que celui qui est sur le toit de la maison, c'est-à-dire, qui est arrivé à la perfection du cœur, ne descende pas jusqu'à la bassesse des choses du siècle.
La quatrième fourberie consistera dans des tourments atroces, plus cruels que ceux des premiers jours de l'Eglise. Le Seigneur dit, à ce sujet : « Que celui qui est dans les champs, » c'est-à-dire, sur le champ des batailles et des luttes du martyre, « ne re- » vienne pas pour prendre ses vêtements ; » ne se préoccupe pas de sa vie, nait aucune pitié d'elle, mais qu'il l'expose pour son Dieu. — L'Epouse : Je me suis dépouillée de ma « tunique, com- » ment m'en revêtir (2}, » comme si elle disait : En apprenant que le Christ a été crucifié pour moi et a exposé pour moi son corps aux tourments, je me suis attachée avec lui à la croix et j'ai désiré d'exposer mon corps aux supplices ; « comment m'en revêtir en- » core, » en. m'efforçant d'échapper aux tourments.
La cinquième fourberie consistera dans les caresses et les flatteries ; n'ayant pu triompher par la sévérité, il essaiera de vaincre par de douces exhortations, par une règle et une loi, source de plaisirs. Il donnera au libertin la règle la plus large, il lâchera les rênes à toutes les passions. Le Seigneur dit, à ce sujet : « Malheur » aux femmes enceintes et nourrices en ces jours-là ! » Daniel avait dit : alors, régnerons les passions « les plus impures (5). » Saint Augustin '4}. La femme enceinte signifie celui qui convoite les biens d'autrui ; et la femme qui nourrit, signitie celui qui a enlevé ce qu"il convoitait.
Enfin, le Seigneur dit : « Priez pour que votre fuite n'arrive » point pendant l'hiver, ou au jour du sabbat. » Saint Hilaire (5) : « Pendant l'hiver, » c'est-à-dire, pendant la froideur causée par vos péchés ; « ou au jour du sabbat : » c'est-à-dire, pendant votre oisiveté en fait de bonnes œuvres. L'hiver del'àme est la privation, l'éloignement de la grâce. Comme, pendant l'hiver, le corps se
(0 s. Hil. Comm. sur S. Matth., ch. 25, n» 5. — (2) Gant., v, 3. — (3) Dan., xi, 37. —(4) S. Aug. Serm- 75 dans l'Append. — -^5) S. HiJ. Comment, sur S. Matth., ch. 25, n«7.
510 VINGT-QUATRIÈME DmA.NCHE
resserre et se ride, ainsi l'àme dans la froideur du péché. Priez donc pour que votre départ n'arrive pas dans la tiédeur du péché, ou dans le sabbat, dans votre repos relativement aux bonnes œuvres.
« Le jour du >eigneur viendra, comme vient le voleur dans la » nuit. Quand ils diront : paix et sécurité, alors une ruine sou- « daine les surprendra, comme une femme est surprise par les » douleurs de l'enfantement et ils ne pourront pas s'enfuir (1\ » « Or le jour du Seigneur viendra comme un voleur et alors, au » milieu du bruit d'une grande tempête, les cieux passeront, les » éléments embrasés se dissoudront et la terre, avec tout ce qu'elle » renferme, sera consumée par le feu. Puisque donc toutes ces » choses doivent périr, quels devez-vous être dans vos œuvres de » de piété et dans vos entretiens, attendant et désirant avec arn deur la venue du jour du Seigneur, ce jour où la violence du feu » dissoudra les cieux et fera fondre tous les éléments (2}. » « Voilà n que je viens comme un voleur. Heureux celui qui veille et qui » garde ses vêtements de peur qu'il ne marche nu et ne découvre » sa honte '3; 1 »
Devant Dieu nos œuvres sont comme le ' vêtement qui nous couvre. Nous révélons notre honte, lorsque nous ne couvrons nullement du voile des bonnes œuvres une vie répréhensible sous les yeux et au jugement des justes. — Nous ne devons pas nous laisser atteindre par le froid, nous surtout que Dieu a placés dans son Eglise pour travailler, nous à qui il a donné la grâce de perfectionner les autres. — L'Apôtre : Mes frères. « ne recevez pas » en vain la grâce de Dieu (4\ » Voyez le serviteur qui avait conservé dans un linge la dragme confiée par son maître : « Je te » juge par tes propres paroles, méchant serviteur; si je moissonne » ce que je n'ai pas semé, à plus forte raison ce que j'ai » semé (5). »
« Priez pour que votre faite n'ait pas lieu pendant l'hiver ou au >> jour du sabbat. » Job : « Les voies de l'homme lui sont incon-
(<) Thess , V. 2. — [-2) S. Pierre, iik 40. — (Zj Apoc, xvi, <5. — (r II Cor., vi, 4. — (S. Luc, XIX, 22.
APRÈS LA PENTECOTE 5H
■» nues et Dieu l'a environné de ténèbres (1). » La voie est difficile et le voyageur est aveugle, comment ne tombera-t-il pas? comment arrivera-t-il sans guide? Cette voie est notre marche vers une mort inévitable, et la voie où nous marchons est courte. Nous nous hâtons vers la mort ; soit que nous mangions, soit que nous buvions, soit que nous marchions, soit que nous dormions, nous nous avançons sans relâche. « Ils allaient et marchaient ^2}. » Tous y marchent, vieillards et jeunes gens, riches et pauvres, sains et malades, tous se hâtent d'un pas égal ; impossible de s'arrêter un moment. Vous auriez beau posséder toutes les richesses du monde, vous ne pourriez acheter un seul moment d'arrêt.
Mais hélas ! lorsque nous nous hâtons avec cette rapidité, nous croyons, malheureux que nous sommes, que nous n'arriverons jamais au terme; nous oublions que bientôt nous serons à la fin. Que nous dit ici l'Ecriture ? Elle dit d'Adam : « Toute la durée de » la vie d'Adam fut de neuf cent trente ans après lesquels il mou- » rut (3). » Elle dit de Seth : « Toute la vie de Seth fut de » neuf cent douze ans et il mourut ^4). » Elle dit la même chose de Moise, d'Elisée, de Matthias, etc. ; il fit ceci et cela, et enfin il mourut M et fut déposé auprès de ses pères '5). »
Oh ! avec quelle rapidité nous nous hâtons vers la mort ! La mort nous presse par- derrière, aussi notre marche est une fuite. Celui qui fuit rapidement peut échapper au danger ; mais nous, en fuyant de toutes nos forces, nous marchons toujours, nous nous hâtons même, sans le vouloir, vers la mort. Job : « L'homme n^ » de la femme vit peu de jours et est rassasié de misères ; comme » la fleur, il s'élève et est foulé aux pieds, et il fuit comme l'om- M bre et ne s'arrête jamais (6). » « Interroge les anciennes géné- » rations, et recherche, avec soin, la mémoire de tes pères; (car » nous ne sommes que d'hier et nous ignorons que nos jours, sur » la terre, sont comme l'ombre). Et nos pères t'instruiront, et ils » te parleront, et, dans la sagesse de leur cœur, ils te diront ces » paroles : L'herbe de la prairie verdira-t-elle sans rosée? le jonc
(0 Job. m. 23. — (2) Ps. cxxv, 6. — (3) Genèse, v. 5. — (4) Id. id., 8. — (5) Act.. xill, 36. — (6) Joh, XIV, i.
olâ VLNOf -QUATRIEME DIMANCHE
» peut-il croître sans eau ? et cependant cette fleur, sans être ar- » rachée, sèche avant l'herbe des champs. Voilà le sort de » tous (I}. » Le Psalmiste disait aussi : « Seigneur, qu'est-ce que » l'homme pour vous être fait connaître à lui? qu'est-ce que le fils » de rhonime, pour que vous songiez à lui ? L'homme est sem- » blable au néant ; ses jours passent comme Tombre (2). » Que fut Alexandre? que fut Auguste? que fut Salomon ? Une ombre, s'avançant dans la carrière de cette vie. Qu'est le faste? qu'est la gloire ? qu'est la beauté ? Une ombre qui s'évanouit. Bienheureux l'être qui est toujours ! « Eux périront ; pour vous, vous demeurez » toujours : tous vieillissent comme un vêtement ; vous les chan- » gérez comme un manteau et ils seront changés ; pour vous, vous » êtes toujours le même et vos années ne finiront pas (3~. »
<( Priez donc pour que votre fuite n'ait pas lieu pendant l'hiver » ou le jour du sabbat, » c'est-à-dire, pendant le repos. Qu'elle est damnable l'oisiveté de celui qui, dans un si court espace, devrait acheter le port du salut éternel 1 — Jean Hurtado la trouve plus regrettable que ia folie de celui qui, jeté dans une île, s'amuserait tranquillement à ramasser des pierres, pendant que le navire s'éloigne.
Il y a un autre repos, repos saint et fécond dont le Psalmiste disait : « cessez et voyez .'4 ; » cessez de vous livrer aux passions et aux inquiétudes de ce monde. Ce repos est la tranquillité du cœur et la paix de l'àme. Isaïe : « Si vous appelez le sabbat un jour » délicat et délicieux ; si vous l'honorez en glorifiant le Seigneur >' et en ne suivant pas vos voies; si vous ne proférez plus ces dis- » cours qui, maintenant, font votre joie, alors vous vous réjouirez » dans le Seigneur, et je vous placerai sur les hauteurs de la terre, » et je vous donnerai Ihéritage de Jacob, votre père, le Seigneur â » parlé (5' ! »
« Si vous appelez le sabbat délicieux et délicat. » Quelle délicatesse dans l'àme qui ne peut pas même supporter les bruits des vaines pensées! « Alors vous vous réjouirez dans le Seigneur et je
(1) Job. viii, 8. — C2) PS. CXLIIK 3. — (3) Id. ci, 26. — (4) Id. XLV, 10. — (5y Isaïe, Lviii, 13.
APRES LA PENTECOTE o\'i
» VOUS placerai sur les hauteurs de la terre et je vous nourrirai. « Heureux celui qui aime cette tranquillité du cœur et qui repousse le fracas des désirs 1
De la même manière que nous devons prier, pour que notre fuite n'ait pas lieu dans le sabbat d'une coupable oisiveté, ainsi nous devons supplier qu'elle nait pas lieu dans l'hiver et dans le froid du péché ! Peu importe comment vous sortirez de la vie ; évitez seulement deux choses, le péché et l'oisiveté. Le péché nous précipite dans la damnation éternelle ; l'oisiveté ne cause pas, sans doHte, un si grand malheur, mais elle nous prive d'un bien éternel, c'està-dire, d'une augmentation de gloire.
Arrêtons-nous un moment sur la malice du péché et sur les maux qu'il nous cause. Lorsque le pécheur a commis l'iniquité^ semblable à Gain, il s'en va loin de la face de Dieu ; étranger et fugitif, il court à travere la forêt des créatures, des soucis et des convoitises de ce monde ; il s'écarte de plus en plus de tout sentiment de piété.
Rien de pire que le péché, ou plutôt le péché est le seul mal. Le démon, par sa nature, n'est pas mauvais, il ne l'est que par le péché; l'enfer n'est mauvais qu'à cause du [léché. Détruisez le péché et le mal" de la peine est détruit. Une seule faute vénielle est pire que l'enfer. Voyez comme le péché est un grand mal, puisque? de la plus belle des créatures, de Lucifer, il fit, tout à coup, une créature horrible et détestable.
Le châtiment du péché m'en fait aussi connaître la malice. Voilà la plus belle de toutes les créatures qui, pour un léger péché d'orgueil, brûle éternellement dans l'eilfôr. Que dirai-je d'un autre pécheur, d'Adam, père du genre humain ? Il prêcha et il fut puni de mort : « La mort est la peine du péché (P. » Quoi déplus horrible que la mort ? quoi de plus aimable que la vie '? Voyez les enfants de ce premier prévaricateur ; que d'angoisses les accablent ! 0 mon Dieu, que vos vengeances sont terribles !
Déplus, que ne pouvez-vous voir les âmes! L'âme du damné est pleine de tout ce qu'elle hait, et elle est vide de tout ce qu'elle
(l)Rom., VI, 23.
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désire ; elle est à elle-même son supplice ; elle est tourmentée par des désirs qu'elle ne peut jamais satisfaire. — Saint Bernard (1) : Pourquoi te flatter, ô poussière? Dieu n'a pas épargné l'ange coupable d'un mouvement d'orgueil ; et il t'éparguerait, toi ! — Saint Bernard (2) : Le remède du péché, me fait juger de la grandeur du mal qu'il renferme. Le Fils de Dieu doit mourir pour le péché. 0 blessure,, qui a besoin d'un tel remède !
Le péché est un désordre, un bouleversement au milieu du bel ordre de l'univers. Qu'y a-t-il de désordonné au milieu des éléments, des astres, de toutes les choses imaginables, si ce n'est le péché? Aussi, quoique saint Augustin (3) enseigne que le mal appartient à l'ordre général, parce qu'il fait ressortir la beauté du bien et aussi parce que Dieu le fait rentrer dans l'ordre par le châtiment, cependant, nous dit saint Thomas (4', le mal, en soi, est un désordre, et il n'appartient pas à Tordre, quoique, parle châtiment, Dieu fasse rentrer dans Tordre le mal de la faute, afin qu'il n'y ait rien de désordonné dans l'univers.
D'où vient le mal, puisque toutes choses étaient bonnes? Comment a pu paraître le premier péché? Par une omission, par un oubli. — Le péché abaisse l'homme au-dessous de la brute. — Saint Chrysostôrae :5; : On trouve dans l'homme oisif plus de bestialité que dans la brute même. La brute ne corrompt pas sa nature, comme fait l'homme : « L'homme était au sein de l'honneur » et il ne Ta pas compris ; il s'est comparé aux animaux sans rai- » son et il s'est fait semblable à eux [6^, » ou plutôt pire qu'eux. L'Epouse : « Si tu te méconnais, ô la plus belle des femmes, sors. » va sur les traces des troupeaux : fais paître tes chevreaux (7). » Elle marche derrière les troupeaux, parce que la condition de l'âme est pire qu'eux ; les animaux ne sont pas punis et l'homme est puni du feu éternel ; les animaux n'ont pas à rendre compte de leur vie. Aussi le Seigneur disait : « Ce serait un bien pour
H] s. Born. Serai, 2* peur le i" dim. dr novembre. — ''2' S. Bein. Scrm. 3< pour laNdtiv.du Seigneur, n»3, — (^3, S. Aug. De l'Ordre, liv. i, ch. 6, n» <8. — (4) S. Thomas Somme, i'' part., (luest. 19, art. 9. — ,5) S. Clirys. Hom, 4 sur le ch. I" de l'Ei-î'.aux Rom. — (6^ Ps. xLvm. \3. — ,7) Cant.. i. 7.
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» lui, s'il n'était jamais né (1); » s'il n'avait été qu'une plante ou une pierre.
L'homme, par le péché, non-seulement est pire que la hrute, il est au-dessous du néant. — Saint Augustin (2), sur ces paroles : « Tout a été fait par lui et rien n'a été fait sans lui (3), « disait : Le péché est un néant qui annihile le pécheur. — Le psaume : « Le méchant a été conduit en sa présence jusqu'au » néant (4). » — Il dit encore : « J'ai été réduit au néant et je ne » le savais pas (5). »
Je dis même que le pécheur est pire que le néant. Car, avant que l'homme reçût l'existence, c'était une chose indifférente qu'il la reçût ou qu'il ne la reçût point; après le péché, il ne mérite plus l'existence, il mérite, au contraire, de ne pas l'avoir. « Si » nous ne sommes pas consumés, c'est une grâce de la miséricorde >» de Dieu (6). » De plus, le néant obéit à Dieu. « Il appelle les » choses qui ne sont pas comme celles qui sont (7). » Le pécheur s'oppose, résiste, désobéit à Dieu.
L'homme n'est pas le seul être annihilé par le péché, le péché annihile encore l'univers tout entier et le rend inutile. Pourquoi le soleil? pourquoi les astres? Ils existent pour l'homme. Mais, si l'homme est perverti, le monde est sans but, il est inutile ; c'està-dire, le pécheur viole, détruit, injurie la nature, et toute créature se lève contre l'homme pour l'insulter, pour le punir. Au jour du jugement, « tout l'univers combattra, avec Dieu, contre les in- » sensés (8). »
Deux passages de l'Ecriture nous montrent combien le péché est détestable. Voici le premier : Jacob refusa de confier Benjamin à Ruben, son tils aîné, quoique celui-ci lui eût dit : Si je ne ramène Benjamin, mettez à mort mes deux fils. Mais Judas, ayant dit à Jacob : « Je prends l'enfant, redemandez-le-moi ; si je ne le ra- » mène et si je ne vous le rends, je serai, à jamais, coupable de » péché envers vous (9); » cette adjuration, sous peine de péché,
(1) s. Matth., XXVI, 24. — (2) S. Aug., sur l'Evang. de s. Jean, traité ^'f, n» 3. — (3) S. Jean, i, 3. —(4) Ps. xiv,3. — ^b) Id. lxxh, 22. — (6; Lament.. m, 22. — (7) Rora., IV, M. — (8) Sag., v, 24 . — (9) Genèse, xLiii, 9.
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eut plus de force sur Jacob, que la faculté d'immoler deux enfants. Jacob regardait le péché comme une chose plus cruelle que la mort d'un fils, et voilà pourquoi il remit Benjamin entre les mains de Judas.
Le second passage est pris au Lévitique d'après les Septante . « L'homme, l'homme qui maudira Dieu, portera son péché, et ce- » lui qui prendra le nom du Seigneur, en vain, mourra de » mort '1'. » Pourquoi cette répétition : « L"homme, l'homme? » Cela veut dire : L'homme, si pourtant il est homme, celui qui maudit Dieu, car un tel homme est un démon. Cette parole est contre les blasphémateurs. Celui qui « maudit Dieu, portera son » péché; celui qui prendra le nom du Seigneur, en vain, mourra » de mort. »
Mais quoi ! est-ce que maudire Dieu n'est pas un crime plus horrible que de prendre, en vain, son saint nom? Sans doute. Par conséquent, il mérite une plus grande peine. C'est vrai ; mais on ne peut trouver, sur la terre, un châtiment proportionné à ce crime. Aussi, le Seigneur dit : Le péché qui est moins grave sera puni de mort, et la mort est le dernier des châtiments sur la terre. Quant à celui qui a commis l'autre crime, bien plus grave, il portera son péché, cela suffit, car le péché lui-même est une misère plus affreuse que la mort. Qu'il demeure donc dans son état, puisque rien ne peut punir l'énormité de son crime.
Mais, quel est en nous la faculté qui commet le péché ? Ce nest ni la main ni les yeux : la main et les yeux ne sont que les instruments de la nature. La faculté prévaricatrice est la volonté ; mais comment la punir? On ne peut la livrer ni aux supplices, ni à la mort. Ainsi vous lavez réglé, Seigneur, vengeur des crimes ; et il en est ainsi: tout esprit désordonné est à lui-même son châtiment. — Isaie « Vous concevrez l'ardeur, vous produirez de la paille ; » votre esprit sera comme un souffle qui vous dévorera '2). » Au dedans de vous, vous portez un châtiment qui dévore vos entrailles.
(I; Lcvit., XXIV, 16, d'apirs les Seplantcs. — (2) Isaïe, xxxui, H.