‹ Œuvres de St. Thomas de VilleneuveChapitre 1 sur 54 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Première enfance de saint Thomas.

Saint Thomas naquit à Font-Plain, bourg du diocèse de Tolède, en Espagne, l'an 4 488, sous le règne d'Isabelle et de Ferdinand, et sous le souverain pontificat d'Innocent VIII. Font-Plain, nommé aussi Fuellaii, n'était pas la résidence ordinaire des parents de notre saint ; ils résidaient habituellement dans une petite ville de Castille, appelée Villeneuve-des-Enfants. Mais, quelque temps avant la naissance de Thomas, la peste s'étant déclarée à Villeneuve, la mère, au moment de mettre au monde son enfant, dut se retirer devant la violence du fléau.

Dieu voulut honorer par un prodige la naissance de son serviteur. Le jour même où Thomas vint au monde, la peste cessa tout à coup à Villeneuve ; les habitants, frappés de cette coïncidence, considérèrent comme un miracle cette subite disparition d'un fléau qui les avait cruellement affligés, et ils demandèrent que la chambre où était né cet enfant de bénédiction, fût convertie en une chapelle qui perpétuât le souvenir du bienfait miraculeux.

Le père de notre saint, Alphonse Thomas Gardas, appartenait à une noble et antique famille de Castille. C'était un homme d'une foi vive, d'un sens droit, d'un cœur généreux, d'un caractère ferme l 1

et loyal, et, à ces titres, possédant l'estime et la confiance de ses concitoyens. La mère de Thomas. Lucie Martinez Castellanos, sortie d'une des plus illustres familles de la contrée, unissait à une éminente piété les plus beaux dons de l'esprit : elle avait établi dans sa maison comme une règle qui la transformait en une sorte de monastère, où le voisinage venait s'édifier et où plus d'une fois se réfugia l'innocence en danger.

Mais la vertu qui distinguait les parents de saint Thomas, était la charité pour les pauvres. Jamais la misère ne les trouva insensibles et ils donnaient avec une telle libéralité que, si Dieu, par des faveurs particulières et quelquefois miraculeuses, n'avait multiplié leurs ressources, leur patrimoine tout entier aurait été consumé en aumônes. Aussi, la contrée reconnaissante leur avait donné le surnom si glorieux de Pères des pauvres.

Telles furent la piété, la foi, la charité qui environnèrent le berceau de saint Thomas, et l'on comprend les impressions que cette vue dut produire sur le cœur d'un enfant que Dieu avait, du reste, prévenu de sa grâce. Dès son plus jeune âge, il faisait admirer en lui une modestie angélique. un recueillement profond dans la prière, un grand éloignement des jeux qui distraient les enfants; souvent on le trouvait à genoux et priant, soit dans sa chambre, soit dans un coin retiré du jardin, ou plus fréquemment encore dans l'oratoire de la maison. La parole divine avait pour lui un attrait particulier : il ne laissait échapper aucune occasion de l'entendre ; quelquefois on le vit au sortir du lieu saint, ne pouvant contenir les ardeurs dont la parole divine avait embrasé son âme, rassembler les autres enfants et leur répéter ce que sa mémoire avait retenu, et il y avait tant d'émotion dans son cœur et dans sa voix, que bientôt il fondait en larmes et ses jeunes auditeurs avec lui.

Mais a l'école de tels parents, ce fut surtout la charité qui grandit et se fortitia dans celte jeune came avec les années. La vue d'un pauvre attendrissait vivement son comr et faisait naître en lui comme une impulsion irrésistible à donner tout ce qui se présentait à sa main. C'est ainsi que tous les jours il donnait son déjeuner au premier pauvre qu'il rencontrait en allant en classe : plusieurs fois il se dépouilla de ses habits pour revêtir de pauvres enfants.

Une fois, au milieu de l'hiver, sa mère le vit rentrer ainsi dépouillé ; dans le premier moment de son effroi, elle ne put arrêter sur ses lèvres quelques paroles de reproche ; mais bientôt sa piété,

dominant les sentiments de la nature, lui fit admirer ce précoce héroïsme de la charité, et bénir le Seigneur de lui avoir donné un tel fils.

Quand il n'avait rien à donner, ou qu'il trouvait des besoins trop grands pour qu'il pût les soulager lui-même, il tombait aux genoux de ses parents, et, les yeux pleins de larmes, il se faisait mendiant pour les pauvres.

Dieu daigna témoigner par des faveurs miraculeuses combien cette charité lui était agréable. Les historiens signalent en particulier la multiplication des vivres, avec lesquels le jeune enfant rassasia les moissonneurs de son père, quoiqu'il eût presque entièrement épuisé ces provisions, en les donnant aux pauvres sur sa route ; ils citent encore une circonstance où Thomas avait donné à une pauvre femme tout le fil que, suivant le noble usage de ces temps, sa mère avait préparé de ses mains, pour la confection du linge de la famille : malgré cette aumône, le fil fut retrouvé tout entier à la place d'où l'enfant l'avait pris.

Une telle miséricorde envers les pauvres méritera plus tard à ;aint Thomas le surnom d'Aumônier ; mais déjà dans une si précoce il si héroïque vertu, qui n'admirerait l'action secrète du Dieu, a charité même ? Et n'est-ce pas cette action divine que nous levons reconnaître encore dans les austérités auxquelles le pieux mfant se livrait à l'âge de la plus pure innocence ? Les vertus :hrétiennes sont comme les lis que des épines doivent protéger ; 'Esprit-Saint l'avait fait comprendre à notre jeune bienheureux. four se mettre à l'abri des premières atteintes du mal. le tendre et )ieux enfant avait recours aux jeûnes et aux mortifications; il jpuvrait d'un cilice son corps si délicat, et une servante de la naison trouva un jour dans le lit du jeune pénitent, une discipline msanglantée; à cette vue, la mère frémit sans doute, mais croyant ■econnaitre une inspiration d'en haut, elle se contenta de modérer 'ardeur de son fils pour la pénitence et de veiller de plus près sur la anté de cet enfant qui semblait être l'objet des prédilections deDieu.

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