POUR LA FÊTE DE LA DEDICACE DUNE ÉGLISE
Tout-Puissant; dans l'ancien temple, ou brûlait la chair des animaux; dans les noires, on offre le Corps immaculé du Christ et son Sang précieux; dans l'ancien temple, les petits enfants recevaient la circoncision pour être reconnus enfants d'Abraham ; dans les nôtres, les petits enfants reçoivent le baptême pour devenir enfants de Dieu ; dans le premier, on offrait les prémices des fruits de la terre; dans les nôtres, on offre les prémices de l'esprit, c'est-à-dire les louanges et les actions de grâces, ces victimes de nos lèvres que notre pieté doit sans cesse offrir au Seigneur. Voyez-vous maintenant quelle différence il y a entre les deux temples ? voyez-vous toute la supériorité de la fête de ce jour sur la même fête que célébrait l'antiquité"?
Hélas! le souvenir de ces temps me couvre pourtant de confusion, car ils me rappellent la vénération et le respect que les Hébreux avaient pour leur temple, quand je vois notre irrévérence et notre tiédeur pour nos églises. Ah : qu'auraient fait David. Elie, Samuel, Isaie, Daniel et tous les autres saints, s'ils avaient eu comme nous présente dans leur temple la Majesté du Tout- Puissant? Quelle vénération, quelle crainte, quelle piété, quelle révérence ils auraient montrés pour un temple si privilégié ! Ah ! s'ils honoraient ainsi l'ombre et la figure, comme ils auraient honoré la vérité ! Dans le sanctuaire de Moïse, les prêtres seuls entraient, revêtus de leurs habits sacerdotaux, les pieds nus et lavés; ils entraient dans le silence le plus profond et le plus respectueux ; et, pendant la semaine où ils devaient y entrer, ils ne buvaient ni vin. ni autre liqueur fermentee. Et dans nos temples, au moment même où s'offre le sacrifice redoutable aux Esprits angéliques et et aux puissances des deux, quel tumulte parmi les enfants ! quel bruit de pas et de voix! On rit, on trafique au milieu même des chants sacrés. Point d'ordre, point de piété, nulle vénération, nul respect pour la Majesté divine; tout est désordre, confusion et mépris ; je ne dis rien de la malpropreté des temples et des autels, de la négligence que l'on a pour les linges et pour les ornements sacrés. Pensez-y, mes frères; quelle est la foi, quelle est la piété d'un prêtre qui dépose sur des linges si souillés, le corps si I 22
pur et si sacré de Jésus-Christ, né d'une Vierge, enfermé dans un sépulcre neuf, enveloppé dans un suaire sans souillure, ce prêtre est-il chrétien? Croit-il au mystère qu'il offre"7 S'il y croit, quelle audace! quelle impardonnable négligence! Assurément sa conscience n'est pas en meilleur état ; sa vie n'est pas plus pure que ces linges ; sa poitrine ne doit être qu'une sentine affreuse dans laquelle il ne redoute pas de déposer le corps sacre du Seigneur.
Mais revenons à notre proposition ; considérons attentivement la sainteté et la dignité de nos temples et nous ne serons pas étonnés que l'Eglise ait établi une fête en leur honneur, car ils sont dignes de, toute notre vénération et de tous nos respects. Cependant, comme nous le dit saint Bernard T. les honneurs de cette solennité s'adressent moins aux temples matériels, qu'aux temples spirituels: au milieu de ces cérémonies extérieures, notre pensée doit s'élever plus haut. Dans ce jour solennel c'est notre propre fête que nous célébrons: écoutez saint Augustin [%). Toute les fois, mes frères, que nous célébrons la fête d'un temple ou d'un autel, si nous considérons cette fête avec l'attention de la foi. et que nous vivions dans la justice et dans la sainteté, nous verrons que tout ce qui se passe dans ces temples faits de la main de l'homme, se passe de la même manière dans l'édifice spirituel de nos âmes. Il ne pouvait mentir, en effet, celui qui nous a dit : « Le temple de Dieu est « saint et vous êtes ce temple
Cette fête prise dans un sens spirituel, est donc la fête des âmes saintes, car elles sont le temple du Dieu vivant. Ah! si Dieu doit être adoré dans ces temples matériels, que sont tous ces temples du monde, auprès de cet ouvrage spirituel si admirable, si magnifique, si immense que ses propres mains ont formé : Lorsque Salomon taisait la dédicace de son temple, il considérait la hauteur et L'immensité des cieux, et l'édifice que ses ouvriers venaient de terminer, lui paraissait petit et méprisable : « Les cieux des cieux, criait-il, ne peuvent vous contenir; bien moins encore le • pouna cette maison que j'ai bâtie i . Mais une âme sain
(1) S. Bern,, lena. 1er, pour la dédicace d'une église. — (2/ S. Aug., 229. Append., n" 1. - (3) I Cor., m, 17. — (4) III Rois, vin, 27.