POUR LA FETE DE LA DEDICACE D'UNE EGLISE
plus digne, plus illustre, plus immense que tout le ciel, car le monde entier ne suffit pas pour la remplir; elle est faite à l'image de Dieu, et voilà pourquoi le Seigneur s'est reposé en elle, ainsi que le disait une àme sainte : « Celui qui m'a créée s'est reposé dans » mon tabernacle (1). » Les âmes sont donc véritablement les temples de Dieu les plus sacrés. De là cette parole de l'Apôtre : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, que l'Esprit » de Dieu habite en vous (2}? » Et si vous ne croyez pas encore, croyez au moins Celui qui a dit : « Si quelqu'un m'aime et observe » ma parole, mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous » ferons chez lui notre demeure (3) ; » et ailleurs : « J'habiterai » en eux, je marcherai au milieu d'eux (4). »
0 immensité de l'àme, où Dieu trouve assez d'espace, non-seulement pour se reposer, mais pour se promener ! Que sont, en effet, les puissances d'une àme, sinon le lieu où le Seigneur vient se promener? Toutes les fois que vous sentirez en vous des mouvements de bon désir ou de sainte affection, l'aiguillon du repentir ou la ferveur delà dévotion, reconnaissez en vous les pas de Dieu, la marche de l'Esprit-Saint qui se promène dans son temple. 0 incomparable bienveillance de la bonté divine ! 0 Seigneur ! au plus haut des cieux, il ne vous manque pas de palais splendides, larges et brillants; vous y trouvez les temples si purs, si éclatants des puissances célestes, des esprits bienheureux, temples magnifiques où vous faites votre demeure. Et vous ne dédaignez pas, ô mon Seigneur, d'entrer dans les pauvres et abjectes demeures de nos âmes! Vous ne dédaignez pas d'habiter en nous! Oh! que vous rendrons-nous, Seigneur, pour un si grand bienfait! « Qu'est-ce que l'homme pour le magnifier « ainsi (5)? » « Pourquoi posez vous votre cœur près de son cœur? » Lorsque vous êtes servi par tant de milliers de puissances et de principautés, lorsque vous vous asseyez sur les chérubins, non seulement vous ne méprisez pas notre habitation, mais vous y trouvez votre gloire et vous dites : « Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes (6). »
(1) Eccli.,xxiv, 12. - (?) ICorinth., m, 16. - (3) S. Jean, xiv, 23. - (4) II Cor., vi, 16. - (5; Job, vu, J7, - (6) Prov., vin, 31.
En vous parlant de cette habitation de Dieu en nous, je ne dois isser sous silence un fait, le plus prodigieux de tous. C'est que. quoique notre âme soit le dernier des esprits et que Dieu soit le premier, le plus sublime, néanmoins il est le seul esprit qui puisse remplir notre âme. Ecoutez saint Bernard T : Sachez, dit-il, que nul esprit créé ne peut par soi s'unira notre esprit, de manière à se répandre si bien en nous, que, participant à son être, nous en devenions meilleurs ou plus savants. Aucun ange, aucune autre âme ne peut se répandre de cette manière en mon âme, je n'en peux contenir aucune autre : et les anges eux-mêmes ne peuvent pas s'unir ni se renfermer comme Dieu s'unit à moi et se renferme en moi. Cette prérogative est réservée à l'Esprit suprême, à Celui que rien ne peut contenir. Dieu seul, par conséquent, peut habiter dans mon âme; mon âme est le temple de Dieu seul. Ce n'est pas le temple d'un ange, d'un archange, ou d'un autre esprit quelconque. Dieu seul descend dans mon âme: seul il s'attache et s'unit à elle, de manière à réaliser cette parole dans toute sa vérité : « Celui qui s'attache à Dieu, ne fait avec lui qu'un seul » esprit -2 . » L'ange est envoyé par le Tout-Puissant et il inspire l'homme, mais il se tient autour de ceux qui craignent Dieu; il inspire du dehors, Dieu s>eul nous inspire du fond même de notre cœur.
Comprenez tout ceci par un exemple tiré du corps humain. Le corps est la demeure de l'âme, comme l'âme est la demeure de Dieu. L'ange peut bien se tenir auprès du corps, mais non s'unir à lui ; il peut bien pénétrer le corps, mais non pas l'informer; il ne peut s'unir à lui. comme l'âme dont le corps est la demeure, en sorte qu'elle donne aux membres, la vie, le sentiment, la force, l'énergie «m la beauté et ne fait avec le corps qu'un même sujet, qu'une Bême personne. De la même manière, Dieu s'unit à l'âme dans laquelle il vient habiter, de telle sorte que, quoiqu'il ne soit pas sa forme, néanmoins il la vivifie, il opère en elle d» s mouvements vie, et. par sa présence intime, par son union vivifiante, il lui donne la vie. le sentiment, le mouvement, la force,
(l) S. Bern., scrm. 5, sur les Cant., n' S. — (2) I Corinth., vi, 17.