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traversé la matière, elle parvenait au séjour/les anges, et que passant encore au-delà, elle atteignait jusqu'au trône de son Bienarimé ?
Ah ! c'est avec raison qu'on la montre s'élevant du désert, car le
urdisait par le prophète : « Je l'attirerai à moi, et je la conduirai « dans la solitude et là je parlerai à son cœur. Je lui donnerai des vio gnes au même lieu, et la vallée d'Achor pour renouveler son espé- « rance (4). » 0 douce solitude où seule avec son Dieu, l'âme se repose ! 0 silence délicieux ou, dans le calme de tous les êtres. Ton n'entend que le doux murmure de la voix du Bieu-aimé. Voilà la solitude ou. après la mort des premiers nés de l'Egypte, après l'abandon de cette terre ennemie, après la destruction des chars de Pharaon engloutis dans les flots, après le passage de la mer Rouge. l'àine se nourrit, dans le calme d'une paix profonde, de la manne spirituelle venant du ciel, et boit à longs traits les eaux de Mara changées en eaux douces par le bois de la croix. Voilà la solitude dont le prophète disait: « Dans ma « fuite, je me suis éloigné et je suis demeuré dans la solitude Une âme qu'appesantissent encore les fardeaux de ce siècle, ne peut d'un vol rapide, arriver jusqu'aux deux. Comment, embarrassée par les entraves des affaires et de la cupidité, pourra-t-elle prendre son vol et s'élever jusqu'à ces hauteurs sublimes? 0 aimable solitude, propre à la piété et à la contemplation, où l'âme n'est jamais moins seule que lorsqu'elle est seule.
C'est d'une telle solitude que l'âme pieuse et fervente « s'élève « comme une colonne de vapeur exhalant la myrrhe, l'ence « tous les parfums. » Ces divers parfums des vertus, brûlant dans le vase du cœur par le feu de la charité, répandent une odeur
île à Dieu et aux anges, au milieu de laquelle l'âme comme une colonne de fumée, à travers les droits sentiers de la | Taux sublimes hauteurs du Bien-aimé. Cette voie est la tive : l'âme ne peut encore faire jaillir une ilamme brillante : elle sapeurs, mais des vapeurs • i cette vapeur se changera en flamme, et, à la vue mse diront : « Quelle est
(i) Osée, ii. i. - (2)Ps. i
COURTE EXPOSITION DU CANTIQUE DES CANTIQUES ibî
« celle-ci qui s'élève comme l'aurore à sou lever? » Ainsi dans le sommeil extatique où il reçut la promesse. Abraham aperçut d'abord une fournaise d'où s'échappait une fumée épaisse, et ensuite un flambeau allumé.
De cette voie illuminative, degré intermédiaire, l'àme s'élève jusqu'au suprême degré de la perfection. Ici, non-seulement elle répand un parfum suave, non-seulement elle voit les choses divines, mais elle les goûte, elle s'en nourrit, et alors ses compagnes s'écrient : « Quelle est celle-ci qui s'élève du désert, inondée de dé- « lices, appuyée sur son Bien-aimé ? »
Tels sont les degrés par lesquels l'àme monte dans son ascension vers Dieu. Elle répand d'abord une vapeur suave, puis une brillante clarté, et enfin elle goûte d'abondantes délices, car elle est parvenue au sommet de la perfection.
Cependant, on peut donner un autre sens à cette triple ascension de l'àme. Dieu, en effet, l'attire à lui de trois manières différentes ; premièrement, par le moyen de la ferveur et de la piété ; c'est celui dont il est dit : « Quelle est celle-ci qui s'élève du « désert, comme une colonne de fumée ? » Secondement, par le moyen de l'intelligence et de l'illumination ; c'est celui dont il est dit : « Quelle est celle-ci qui s'élève comme l'aurore à son lever ? » Troisièmement, par le moyen de délectation et de la joie, c'est celui dont il est dit : « Quelle est celle-ci qui s'élève du désert, inondée de délices ? »
Cette triple question désigne les trois sortes de ravissements qui, dans la contemplation, élèvent l'àme au-dessus d'elle-même. Et c'est avec raison que ce mystère nous est montré, s'accomplissant dans le désert et à cause du silence du désert, car il est écrit : « Il « s'assiéra dans le désert et se taira, et il s'élèvera au-dessus de « lui-même (1). »
Que de justesse encore dans cette comparaison d'une âme pleine de ferveur et de piété à une colonne de fumée que répandent de précieux aromates. En effet, le globe de feu qui descendit sur les apôtres au jour de la Pentceôte, enflamma et eou-
(1) Lament., m, 28,
suma par sa vertu puissante, les aromates disposés et préparés dans le vase de leurs cœurs : c'étaient des méditations saintes, de bons désirs, des regrets, des prières, des vertus surnaturelles, des affections de brûlante charité, excitée par ce feu divin, l'âme s'élève vers le ciel comme une vapeur odorante.
Ces aromates sont la myrrhe, c'est-à-dire la componction, l'encens, c'est-à-dire la piété, toutes sortes de parfums, c'est-à-dire toutes les affections spirituelles, avec lesquelles on offre à Dieu le sacrifice du matin sur l'autel du cœur, d'où il répand un parfum suave. Voilà le thymiame d'agréable odeur qu'on brûle pour honorer Dieu dans les sacrifices ; divin thymiame composé par un artiste habile, je veux dire par la vertu de l'Esprit-Saint, et que personne ne fait servir à de profanes usages.
Quant aux autres ascensions de l'àtue. nous en parlerons plus au long en leur lieu. Apprenons maintenant le zèle, l'attention, avec laquelle les compagnons de l'Epouse veillent sur elle.
Voici le lit de Salomon; soixante guerriers l'environnent, choi- » sis parmi les forts d'Israël. Ils sont tous armés de glaives et sont » habiles dans les combats ; une épée est à leur côté, à cause des » frayeurs de la nuit. » Oh ! comme ils veillent sur elle, pour présenter dans toute sa pureté, cette Vierge à son Epoux! Les anges gardent avec soin le lit de Salomon ; ce lit couvert de fleurs est l'aine calme et pieuse où le Roi des cienx vient prendre son repos à l'heure de la contemplation, et loin de laquelle les anges écartent les esprits pervers qui viendraient l'attaquer, la troubler, et par leur bruit tirer le iloi du repos qu'il aime à prendre sur son s. -in.
Les démons en effet, font les plus grands efforts pour troubler la paix de rame dans la contemplation : le plus souvent ils soulèvent contre elle les jalousies, les haines, les calomnies des méchants; parfois ils se montrent à ses yeux sons la forme de fantômes horribles, propres à lui inspirer de la terreur. Voilà pourquoi il est dit. « à cause des frayeurs de la nuit. ■> c'est-à-dire à cause secrètes embûches des démons, de leurs s, de leurs
illusions qu'il faut surtout redouter, car pour séduire les âmes con-
templatives, l'ange de ténèbres se transforme souvent en ange de lumière.
Tels sont donc les gardiens de Jérusalem ; c'est à eux que le Seigneur a ordonné de garder l'àme sainte dans toutes ses voies, de peur que son pied ne heurte contre la pierre et qu'elle ne tombe dans quelque péché, surtout dans le péché d'orgueil, en se voyant élevée à ces sublimes hauteurs. — Mais que sont-ils ? Us sont vaillants entre les plus vaillants, car tels sont ceux que les rois choisissent d'ordinaire pour leur propre garde. « — Tous sont « armés de glaives et habiles dans les combats. » Ces paroles désignent leur force et leur prudence pour repousser les démons. Et comme ils sont toujours prêts à combattre, « une épée est à leur côté, » et cela, comme nous l'avons dit, « à cause des frayeurs de a la nuit. » Le nombre de soixante ne nous offre rien de particulier, aussi le croyons-nous choisi uniquement pour la perfection du
nombre.
L'àme contemplative, l'àme parfaite que le calme de la contemplation faisait appeler naguère le lit de Salomon, sera maintenant appelée une litière, à cause du pèlerinage de la vie présente ; les paroles suivantes font connaître sa nature et ses diverses qualités : « Le roi Salomon s'est fait une litière en bois du Liban ; les co- » lonnes en sont d'argent, le siège en est d'or ; les degrés sont cou- » verts de pourpre ; au milieu il a étendu la charité à cause des » tilles de Jérusalem. »
Salomon a une ànesse, un coursier et un char ; il a encore une litière pour se promener dans Jérusalem, à travers les voies de ce siècle. Lame simple et juste est l'ànesse soumise, ou bien le petit de l'ànesse, qui porte à travers la cité, le doux et pacifique Salomon. L'homme parfait, le fort et ardent zélateur de la gloire divine est le superbe, coursier du haut duquel le bras de Dieu terrasse ses ennemis ; l'homme apostolique, quand il est saint, est le char avec lequel Jésus-Christ soumet le monde à la foi. La litière de Salomon, dans laquelle, calme et tranquille, il se promène dans Jérusalem, à travers les voies de ce siècle, est l'àme sainte, la même I 27
qui est le lit où il prend son repos. Quelles sont ou quelles doivent être ses qualités ? écoutons.
« Le roi Salomon s'est fait une litière en bois du Liban. » C'està-dire en bois fort, pur. incorruptible ; ce bois désigne les vertus morales qui nous préservent d'une manière particulière de la corruption des vices. « Les colonnes en sont d'argent. » Ces colonnes sont les vertus théologiques qui sont le plus ferme appui de tout l'édifice spirituel : elles sont d'argent, parce qu'elles sont surtout le fruit de la science de Dieu et de l'audition de sa parole. « La foi « vient de l'ouïe, et l'ouïe a pour principe la prédication de la a parole de Dieu (1). » Cette litière doit avoir nécessairement un siège moelleux, le siège de la contemplation où s'assiéra le Roi pour s'y livrer de temps en temps au repos ; ce siège est en or, et tout brillant de l'éclat de la gloire céleste. « Les degrés sont cou- « verts de pourpre. » ce qui indique la pénitence rigoureuse, la vie austère qui sont les degrés par où l'on monte pour arriver à la vie intérieure ; sans ces degrés, jamais on ne parvient au siège d'or. « Dans le milieu, c'est-à-dire dans ses rapports extérieurs, « il a étendu la charité, » c'est-à-dire que ses rapports sont pleins de franchise, d'humilité, de modestie et de piété. — « A cause des « filles de Jérusalem » que ses exemples, la modestie et la piété de ses rapports doivent décider à embrasser le service du Roi ; elles sont d'une délicatesse extrême, de la plus grande sensibilité, aussi l'on ne doit agir auprès d'elles qu'avec douceur, avec beaucoup de ménagement, avec la plus tendre affection.
Telle est la litière que Salomon s'est procurée pour parcourir les rues de Jérusalem, car dans son palais il n'use point de litière, il s'assied sur un trône, et ce trône n'est pas en bois, il est en ivoire, tel que nous le décrit le livre des Rois. — Tout ce que nous venons d'entendre est le chant des compagnons de l'Epoux qui. dans ces paroles pleines de douceur et de grâce, célèbrent la beauté de l'Ei A-à-dire la perfection de l'àme. Puis se tournant
vers les jeunes filles, ils leur adressent avec la même vivacité cette invitation, (l) Rom., vin, 17.
« Sortez, tilles de Sion, et voyez le Roi Saloinon,sous le diadème « dont sa mère l'a couronné au jour de son mariage et au jour de « la joie de son cœur. » Nous nous adressons à vous, jeunes filles, qui n'avez pu encore traverser avec l'Epouse toutes les choses matérielles et vous- élever par-delà les esprits angéliques; vous qui ne pouvez encore vous envoler vers le ciel, « comme une colonne de a fumée répandue par les aromates ; » vous qui n'avez pas encore mérité de contempler le Roi Salomon dans toute sa splendeur, couronné de la gloire de son Père et commandant à l'univers ; ô jeunes tilles, n'allez pas courir en vain à travers les choses du temps; il y a une chose dont la contemplation vous sera plus utile. Sortez de la région de la chair et venez dans la région de l'esprit ; sortez des sollicitudes du temps, des intérêts du siècle ; sortez aussi, s'il le faut, de vos sens matériels, et « voyez le Roi Salomon sous le « diadème » de chair, « dont sa Mère l'a couronné. » Mère sainte, Mère pure, Mère intacte, Vierge royale, sortie de la race de David. Oui. je vous le répète, contemplez cette couronne, examinez-la, aimez-la ; qu'elle soit nuit et jour sous les yeux de votre àme ; la contemplation de cette chair sacrée, de cette vie mortelle, vous sera d'une utilité immense en même temps que d'une douceur ineffable, tant que vous ne pourrez pas considérer en lui-même le divin Salomon. le Verbe qui, dès le commencement, est en Dieu, qui est lui-même Dieu de Dieu, et qui règne avec son Père. L'Epouse a bien connu le Christ selon la chair, mais maintenant elle ne le connaît plus ; pour vous, reposez-vous sous son ombre, jusqu'au moment où brillera sa lumière et que nous serons transformés en sa propre image.
«Voyez le Roi Salomon, » Roi plein de sagesse. Roi pacifique, la paix elle-même, par qui tout a été pacifié au ciel et sur la terre ; voyez-le sous la couronne si pure et si brillante que les anges désirent contempler et dont « sa Mère l'a couronné au jour de ses » noces, » avec notre nature et au jour de la joie de cette Mère bien-aimée, lorsqu'il apparut, uni avec notre nature et que le cœur de sa Mère fut rempli d'une joie immense, au-delà de tout ce que la parole peut dire, et l'intelligence concevoir.
kl% OEUVRES DE SA.1.NT THOMAS DE VILLENEUVE
Après Tavoir vu dans cet état, allez plus loin, si vous voulez, et voyez ce même Roi, sous le diadème dont le couronna au jour de sa passion et de la régénération du monde, en présence de Ponce- Pilate, la synagogue, sa mère, mère ingrate, mère impie, mère cruelle, mère perfide.
C'est ici la fin du second cantique, où l'on traite de la contemplation, comme dans le premier on a traité de l'amour. Examinez attentivement ce cantique, et vous verrez comment l'Esprit-Saint nous fait connaître en quelques mots, l'échelle de la contemplation, sa méthode, ses variétés, le caractère de l'âme contemplative, la jalousie de l'Epoux et les soins vigilants des anges.
C cetera desiderantur.