‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 31 sur 104 · JOURS LOINTAINS · texte numérisé non relu

JOURS LOINTAINS

iN ous recevions sa visite assidue; J'étais enfant. Jours lointains! Depuis lors La porte est close et la maison vendue : Les foyers vendus sont des morts.

Quand j'entendais son pas de demoiselle, Adieu mes jeux ! Courant sur son chemin, J'allais, les yeux levés tout grands vers elle. Glisser ma tête sous sa main.

Et quelle joie inquiète et profonde Si je sentais une caresse au front !

Cette main-là, pas de lèvres au monde En douceur ne l'égaleront.

JEUNES FILLES. 8l

Je me souviens de mes tendresses vagues, Des aveux fous que je jurais d'oser, Lorsque, tout bas, rien qu'aux chatons des bagues Je risquais un fuyant baiser.

Elle a passé, bouclant ma chevelure, Prenant ma vie ; et, comme inoccupés.

Ses doigts m'ont fait une étrange brûlure, Par l'âge de mon cœur trompés.

Comme l'aurore étonne la prunelle.

L'éveille à peine, et c'est déjà le jour : Ainsi la grâce au cœur naissant nouvelle L'émeut, et c'est déjà l'amour.

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