‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 55 sur 104 · LA CHANSON DE L'AIR · texte numérisé non relu

LA CHANSON DE L'AIR

/\ TAir, le dieu puissant qui soulève les ondes

Et fouette les hivers, A l'Air, le dieu léger qui rend les fleurs fécondes

Et sonores les vers, Salut ! C'est le grand dieu dont la robe flottante

Fait le ciel animé; Et c'est le dieu furtif qui murmure à l'amante :

« Voici le bien-aimé. »

C"est lui qui fait courir le long des oriflammes

Les frissons belliqueux, Et qui fait voltiger sur le cou blanc des femmes

Le ruban des cheveux.

C'est par lui que les eaux vont en lourdes nuée:

Rafraîchir les moissons,

Qu'aux lèvres des rêveurs s'élèvent remuées

Les senteurs des buissons.

Il berce également l'herbe sur les collines,

Les flottes sur les mers ; C'est le breuvage épars des feuilles aux poitrines,

L'esprit de l'univers.

Il va, toujours présent dans son immense empire

En tous lieux à la fois, Renouveler la vie à tout ce qui respire,

Hommes, bétes et bois ; Et dans le froid concert des forces éternelles.

Seul il chante joyeux.

Errant comme les cœurs, libre comme les ailes,

Et beau comme les yeux!

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