‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 56 sur 104 · PAN · texte numérisé non relu

PAN

J E vais m'asseoir, l'été, devant les plaines vertes,

Solitaire, immobile, enchanté de soleil;

Ma mémoire dans l'air par d'insensibles pertes

Se vide ; et, comme un sphinx aux prunelles ouvertes,

Je dors étrangement, et voici mon sommeil :

Ma poitrine s'arrête et plus rien n'y remue; La volonté me fuit et je n'ai plus de voix; Il entre dans ma vie une vie inconnue, Ma figure demeure et ma personne mue : Je suis et je respire à la façon des bois.

Mon sang paraît glisser en imitant la sève; J'éprouve que ce monde est vraiment suspendu ; duelque chose de fort avec lui me soulève; Le regard veille en moi, mais tout le reste rêve. O Nature, j'absorbe et je sens ta vertu!

MLLAXGES.

Car ]2 suis visité par le même génie Qj-ii court du blé des champs aux ronces des talus; Avec tes nourrissons je bois et communie; L'immense allaitement, source de l'harmonie, Je l'ai goûté, ma mère, et ne l'oublîrai plus.

Oh ! que j'avais besoin de t'embrasser, ma mère, Pour mêler à mon pain ton suc universel, Ton âme impérissable à mon souffle éphémère, Et ton bonheur fatal à ma libre misère. Pour aimer par la terre et penser par le ciel !

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