‹ Œuvres de Sully PrudhommeChapitre 75 sur 104 · A UN TRAPPISTE · texte numérisé non relu

A UN TRAPPISTE

IViox corps, vil accident de l'éternel ensemble; Mon cœur, fibre malade aux souffrantes amours; Ma raison, lueur pale où la vérité tremble; Mes vingt ans, pleurs perdus dans le torrent des jours :

Voilà donc tout mon être ! et pourtant je rassemble Ma volonté, ma force, et mes instants si courts. Pour illustrer ma vie, et la gloire me semble Un rempart où la mort s'arrêtera toujours.

Et vous, vous ne voyez, mon frère, dans la gloire Que d'un mérite vain la palme dérisoire. Caprice de la foule et du temps et du lieu.

Dédaigneux des vertus que le monde renomme. Vous dites que la gloire est l'estime de l'homme, Et que la paix de l'âme est l'estime de Dieu,

184 STAXCES.

SOXXET

4 JOSEPH DE LAEORDE

Il X ce moment, peut-être, un fils de l'Italie Maudit l'égalité d'un firmament trop pur; Il désire la France, où la femme est jolie, Où le vol du nuage égayé un tiède azur.

Et moi, ]-; suis en France et je songe à Tibur; Je hais nos jours troublés, le bruit de notre vie; La femme est belle à Rome, et je me meurs d'envie De fuir nos froids soleils et notre ciel obscur.

Ainsi vont se croisant les vains soupirs des hommes. Nous nous plaindrons toujours de la place où nous sommes. Nos pieds ont leur patrie et nos rêves la leur.

La jeune fantaisie est féconde en merveilles, Mais où l'on doit aimer les peines sont pareilles : On quitte son pays, on emporte son cœur.

MÉLAXGES. 185

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