‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 2)Chapitre 22 sur 117 · DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

DÉCEMBRE

PAR Tennui chassé de ma chambre, J'errais le long du boulevard :

Il faisait un temps de décembre, Vent froid, fine pluie et brouillard ;

Et là je vis, spectacle étrange, Échappés du sombre séjour.

Sous la bruine et dans la fange.

Passer des spectres en plein jour.

Pourtant c'est la nuit que les ombres, Par un clair de lune allemand, Dans les vieilles tours en décombres, Reviennent ordinairement ;

C'est la nuit que les Elfes sortent Avec leur robe humide au bord.

Et sous les nénuphars emportent Leur valseur de fatigue mort;

C'est la nuit qu'a lieu la revue Dans la ballade de Zedlitz, Où l'Empereur, ombre entrevue, Compte les ombres d'Austerlitz.

Mais des spectres près du Gymnase, A deux pas des Variétés, Sans brume ou linceul qui les gaze. Des spectres mouillés et crottés l

Avec ses dents jaunes de tartre.

Son crâne de mousse verdi, A Paris, boulevard Montmartre, Mob se montrant en plein midi 1

La chose vaut qu'on la regarde :

Trois fantômes de vieux grognards.

En uniforme de l'ex-garde.

Avec deux ombres de hussards !

On eût dit la lithographie Où, dessinés par un rayon.

Les morts, que RafFet déifie.

Passent, criant : « Napoléon 1 »

Ce n'étaient pas les morts qu'éveille Le son du nocturne tambour.

Mais bien quelques vieux de la vieille Qiii célébraient le grand retour.

Depuis la suprême bataille.

L'un a maigri, l'autre a grossi ; L'habit, jadis fait à leur taille.

Est trop grand ou trop rétréci.

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