‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 2)Chapitre 78 sur 117 · SCÈ'ME IV GÉRONTE, FRONTIN, MARINETTE · texte numérisé non relu

SCÈ'ME IV GÉRONTE, FRONTIN, MARINETTE

GÉRONTE

Me voilà délivré de ce fieffé vaurien I Il aura beau crier, je ne lui rendrai rien ; Car comment a-t-il pu, même étant économe, Moi ne le payant pas, amasser cette somme ?

FRONTIN

Il vous a détroussé.

MARINETTE

C'est limpide.

FRONTIN

L'argent Du drôle est vôtre. Un maître un peu moins indulgent L'enverrait, sur la mer, écrire avec des plumes De quinze pieds, coiffé, dans la crainte des rhumes, D'un superbe bonnet du rouge le plus vif.

MARINETTE

Vous tromper! c'est affreux 1 Vous si boni si naïfl

GÉRONTE

Je suis assez vengé si je n'ai rien à rendre,

Et j'aime autant qu'il aille ailleurs se faire pendre.

FRONTIN

Très bieni mais vous voilà sans valet maintenant.

Sans valet, tu l'as dit. O revers surprenant I

Un homme comme moi sans valet 1 quelle honte !

FRONTIN

De ses augustes mains, certes, monsieur Géronte Ne peut pas, aux regards des voisins ébaubis, Peindre en noir sa chaussure et battre ses habits.

GÉRONTE

Non ; l'on ferait sur moi cent brocards, cent risées.

MARINETTE

Qui suiffera, le soir, vos boucles défrisées ?

GÉRONTE

Dans quel gouffre de maux suis-je tombé, grand Dieu !

MARINETTE

Qui viendra, le matin, vous allumer du feu?

^ GÉRONTE

Je me sens affaissé..., la tristesse me gagne;

Ah 1 Champagne, mon bon, mon fidèle Champagne, Tu me manques 1

FRONTIN

Un sotl

Un ivrogne 1

FRONTIN

Un voleur I

GÉRONTE

D'accord ; mais s*il volait, j'étais le receleur ; Et désormais le fruit de ses... économies.

Il le déposera dans des mains ennemies.

FRONTIN

C'est vraiment douloureux ; mais, puisqu'il est chassé, N'y pensez plus.

GÉRONTE

Par qui sera-t-il remplacé?

Hélas 1

FRONTIN

Par moi.

MARINETTE

Par moi.

GÉRONTE

Frontin ou Marinette?

Qpel choix embarrassant!

FRONTIN

Monsieur, je suis honnête. Actif, intelligent, mangeant peu, buvant moins.

MARINETTE

Pour un maître, monsieur, j'ai mille petits soins : Je bassine son lit, je chauflê ses pantoufles, Je lui tiens son bougeoir, je lui Êiis...

FRONTIN

Tu t* essouffles.

Ma chère I Laisse-moi la parole un moment.

Si je m'oflre, monsieur, c'est par pur dévouement; Je ne veux rien de vous, rien, ou fort peu de chose: Vingt écusl

GÉRONTE

Ce garçon plaide fort bien sa cause.

Je te prends.

MARINETTE

Quinze écus, et Phonneur d'être à vous.

De mes peines seront un loyer assez doux ; Gir je sers pour la gloire.

GÉRONTE

Elle est, ma foi 1 gentille ; J'aime sa bouche en cœur et son œil qui scintille. Je te prends.

FRONTIN

Dix écus, monsieur, me suffiront.

GÉRONTE

Je te retiens.

MARINETTE

Monsieur, ne soyez pas si prompt.

Je tiens plus, près d'un maître, aux égards qu'au salaire. Donnez-moi cinq écus, et je fais votre affeire.

GÉRONTE

C'est conclu, Marinette.

FRONTIN

Une minute! Moi, Je ne demande rien du tout 1

GÉRONTE

Alors, c'est toi Que je choisis.

MARINETTE

Je Élis de plus grands avantages :

Au lieu de moi, c'est vous qui recevrez des gages. Et je vous donnerai cent pistoles par an!

GÉRONTE

Ce mode est le meilleur. Marinette, viens-t'en.

FRONTIN

J'offre deux cents 1

Trois cents 1

FRONTIN

Les profits !

MARINETTE

La défroque !

GÉRONTE, à part.

Tant de zèle à la fin me parait équivoque 1 Et quel but peut avoir un tel acharnement?

MARINETTE

Ne vous empêtrez pas d'un pareil garnement.

FRONTIN

Par bonté d'âme il faut que je vous avertisse...

MARINETTE

Vous allez, avec lui, prendre à votre service Une collection de penchants dissolus.

FRONTIN

Elle a tous les dé&uts, et quelques-uns de plus 1

GÉRONTE

Au fait, elle a bien l'air d'une franche coquine.

FRONTIN

C'est sa seule franchise.

Et lui, voyez sa mine, Son œil d'oiseau de proie et son teint basané : C'est un coupe- jarret authentique... et signé 1

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