‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 2)Chapitre 83 sur 117 · III · texte numérisé non relu

III

MARINETTE

Ah 1 quelle peur horrible , Monsieur, vous m*avez &ite 1

GÉRONTE

Allons 1 rassure-toi; Je vais, en quatre mots, dissiper ton effroi : Ce chapeau, qu*il suffit d'ôter et de remettre, Me fait à volonté paraître et disparaître 1

MARINETTE, à /W*.

Feignons d'être timide et jouons l'embarras.

GÉRONTE

La place que tu veux, mon en&nt, tu l'auras.

MARINETTE

Vous étiez là, monsieur? Vous m'avez entendue?... Le trouble..., la pudeur... Ahl je suis confondue 1

GÉRONTE

Ton dévouement pour moi s'est Êùt connaître ainsi.

FRONTIN

Pendant que nous voilà, si nous tentions aussi,

Avec ce talisman, une autre expérience,

Pour savoir ce qu'Inez sur votre compte pense?

GÉRONTE

Pourquoi &ire, Frontin ? Je ne suis pas aimé 1

FRONTIN

Si, vous l'êtes. Le cœur est un livre fermé ;

Il faut qu'il soit ouvert pour qu'on y puisse lire.

MARINETTE

Voulez-vous qu'une femme aille d'abord yous dire Les feux dont en secret elle brûle pour vous?

GÉRONTE

Mais elle m'a vingt fois refusé pour époux I

FRONTIN

Et vous vous arrêtez à de telles vétilles?

Le véritable sens du non des jeunes filles, C'est oui/

MARINETTE

Monsieur, je suis de l'avis de Frontin :

Mademoiselle Inez vous aime, c'est certain.

GÉRONTE

Prends ma clef, Marinette ; ouvre, entre, et fais en sorte. Sous un prétexte en l'air, que ma pupille sorte.

Marinettt entre dans la maiton.

SCÈn.E XII GÉRONTE, FRONTIN.

FRONTIN

Grâce à votre chapeau, triomphant et vainqueur. Vous lirez votre nom dans ce cher petit cœur.

GÉRONTE

Je tremble d*y trouver Valère en toutes lettres I

FRONTIN

Les femmes n*aiment pas ces frêles petits-maîtres.., Mais les voici... Mettez vite votre chapeau.

SCE'N.E XIII Les Mêmes, INEZ, MARINETTE.

MARINETTE, à Ine^.

Faisons deux ou trois tours dehors. Il fait si beaul

INEZ

Je le veux bien ; je sors si rarement I

MARINETTE

Valère Est peut-être par là.

INEZ

Luil s'il voulait me plaire, Il devrait bien cesser ses importunités ; Il est, pour ses soupirs, assez d'autres beautés.

MARINETTE

J'avais jusqu'à présent pensé, mademoiselle, Que vous récompensiez son feu d'une étincelle.

INEZ

Je faisais à ses soins un accueil assez doux. Faut-il se gendarmer et se mettre en courroux Pour les e£Forts que £ait à nous être agréable Un jeune homme galant et de figure aimable ?

GÉRONTE, à lui-même.

Certainement.

FRONTIN, bas.

Monsieur, ne criez pas si fort.

INEZ

Il me plaisait assez.

GÉRONTE, à FronU'n.

Soutiens-moi, je suis mortl

INEZ

Mais, depuis, j'ai bien vu que ses galanteries N'étaient que faux semblants et pures tromperies.

GÉRONTE, à part.

Je renais 1

INEZ

J'ai compris, en le connaissant mieux.

Que c'était à mon bien qu'il faisait les doux yeux.

FRONTIN, bas, à Géronte.

Qpe vous avais-je dit?

MARINETTE

Fi I l'âme intéressée I

INEZ

Et vers un autre amour j'ai tourné ma pensée. Un homme...

FRONTIN, de même.

Écoutez bien.

GÉRONTE

J'écoute.

INEZ

D'âge mur...

FRONTIN

C'est vous.

GÉRONTE

Tais-toi I

INEZ

Brûlait pour moi d'un feu plus pur.

MARINETTE

Son nom ?

INEZ

Je n'ose pas...

Le cramoisi me monte A la figure 1

MARINETTE

Allons 1

GÉRONTE

Je frissonne 1

INEZ

Gérante I

GÉRONTE

Je suis au paradis 1 aux anges I

FRONTIN

Est-ce clair?

Cent écus... Trouvez-vous que mon chapeau soit cher?

GÉRONTE

FrontinI mon seul amil

FRONTIN, à part.

Je vais dire à mon maître Q]ie pour jouer son rôle il est temps de paraître.

INEZ

Géronte, mon tuteur, qui sera mon mari.

Et qui, seul, maintenant règne en mon cœur guéri.

Pauvre petit bouchon, va 1

MARINETTE

La chose est certaine, On ne sait pas aimer avant la soixantaine.

Où l'aurait-on appris ? au collège ?

GÉRONTE

Bien dit, Ma fille I... Qjii vient là? C'est Valèrel Ahl bandit I

FRONTIN

Calmez-voos I

GÉRONTE

Mais il va parler à ma pupille I

FRONTIN

Eh bien?

GÉRONTE

Comment I eh bien ? Tu m'échaufFes la bile 1

FRONTIN

Vous parlez en tuteur, et vous êtes Tamant; Les rôles sont changés 1

SCÈ7LE XIV Les Mêmes, VALÉRE.

Valëre, en ce moment,

Ici?

VÂLÈRE, feignant de ne pas voir GironU pendant toute

la schu.

Rassurez-vous ; je ne suis plus le même ; Je ne viens pas vous dire, Inez, que je vous aime I Mon cœur est revenu de 'ces frivolités.

INEZ

En me parlant ainsi, monsieur, vous m'enchantez.

VALÈRE

Je ne veux pas lutter contre un oncle adorable...

INEZ

Adoré I

FRONTIN, à Gérante.

Vous voyez I

VALÈRE

Mille fois préférable A son neveu...

GÉRONTE

C'est vrai.

VALÈRE

dui n'a que ses vingt ans...

MARINETTE

Mérite qui décroît et passe avec le temps.

GÉRONTE, à Frontin.

Cette fille a du sens.

FRONTIN, à Gironte.

Continuons l'épreuve.

VALÈRE

Vous épousez Gérontel

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