‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 2)Chapitre 87 sur 117 · ARLEQUIN, COLOMBINE · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, COLOMBINE

ARLEQUIN

un

motl

COLOMBINE

Nonl

ARLEQUIN

Demeurez.

COLOMBINE

Point.

ARLEQUIN

De grâce I J'ai là certain cadeau qu'il faut que je vous hsse.

COLOMBINE

Un cadeau? Je m'arrête. — Est-ce une chaîne d'or? Une bague? une montre? Y suis-je?

ARLEQUIN

Pas encor.

COLOMBINE

Une pièce bien lourde en bonne argenterie?

Un nœud de diamants?

Fi ! ma galanterie Ne s'en va pas donner dans ces luxes grossiers, Bon pour les parvenus et pour les financiers 1 Je me garderais bien d'humilier les femmes Par l'insultant excès de ces présents infâmes ; Car dans tous les pays, chez les plus gens de goût, On dit qu'en ces régals c'est le choix qui fiit tout.

COLOMBINE

Vous me faites languir ; dépêchez, voyons 1 qu'est-ce ?

ARLEQUIN

Regardez, s'il vous plaît, cette petite caisse.

COLOMBINE

Cette caisse ?

ARLEQUIN

Oui.

COLOMBINE

Grands dieux 1 que vois-je? une souris !

Certes, le don est rare et d'un merveilleux prix 1

ARLEQUIN

Très rare ; une souris plus blanche qu'une hermine, Gaie, alerte, l'œil vif comme une Colombine ; La femme est une chatte, et sa griffe nous tient ; Une souris est donc un présent qui convient.

Un écrin me plaît mieux que trente souricières ; Je vous en avertis, ce sont là des manières A ne réussir point près des cœurs délicats.

Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats.

ARLEQUIN

Cette pauvre souris, tournant dans cette boîte, Représente mon âme allant à gauche, à droite, S'agitant sans repos dans la captivité Où depuis si longtemps la tient votre beauté ; C'est mon cœur : prenez-le, Colombine fantasque. Car je pâlis d'amour sous le noir de mon masque. Je maigris, desséché par le feu des désirs.

Et les moulins à vent tournent à mes soupirs.

COLOMBINE

Arlequin, quoi I c'est vous qui tenez ce langage ? A ma pudicité cessez de faire outrage 1 Renfoncez vos soupirs, n'ajoutez pas un mot, Et respectez en moi la femme de Pierrot I

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