‹ Œuvres de Théophile Gautier: Poésies (volume 2)Chapitre 99 sur 117 · L*ESPRIT CHAGRIN · texte numérisé non relu

L*ESPRIT CHAGRIN

Tout cela serait bon dans un pays connu.

Mais aucun Mungo-Park ici n'est parvenu ;

La carte vous relègue aux zones chimériques.

J'ai vu des gens chercheurs et trouveurs d'Amériques,

Qui, l'on ne sait comment, allaient on ne sait où.

Au Kamtchatka, dans l'Inde, au diable, à Tombouctou ;

Mais je n'en ai pas vu, quel que soit leur courage.

Capables de tenter ce périlleux voyage.

L'on part pour l'Odéon tout jeune, et dans Paris

L'on retourne vieillard avec des cheveux gris.

Il vous faut un railway pour vous rendre probable.

LE DIRECTEUR

Vous voilà cependant.

l'esprit chagrin.

Ce fait invraisemblable S'explique : je demeure où finit le chemin, Étant un naturel du faubourg Saint-Germain.

LE directeur.

Remettez au carquois ces flèches émoussées :

Nos armes par vos traits ne seront pas faussées.

Et ne nous criblez plus d'un sarcasme banal

Qui serait dédaigné du plus mince journal.

Qu'importent quelques pas ou quelques tours de roue ?

L'Odéon n'est pas loin quand Lucrèce s'y joue.

Antigone, malgré la route et ses lenteurs.

Attirait au désert deux mille spectateurs;

Et la distance à tous paraissait exiguë,

Quand au bout de la route on trouvait La Ciguë,

Qui se plaint du chemin alors que le but plaît,

Hors les cochers de fiacre et de cabriolet?

Les Deux Mains de Gozlan ont, d'une étreinte adroite.

Uni la rive gauche avec la rive droite.

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